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Nette augmentation de l'usage détourné de prométhazine et de codéine : mise en garde de l'ANSM

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Depuis les premiers signalements à l'Agence du médicament (ANSM) en 2013, l'usage détourné de médicaments à base de codéine et de prométhazinepersiste et augmente rapidement.

Ces médicaments, pour la plupart disponibles en pharmacie sans ordonnance, sont utilisés pour fabriquer une boisson dénommée purple drank, dans laquelle ils sont généralement mélangés à du soda.

Cette boisson est consommée à des fins récréatives ou de défoncemajoritairement parmi les adolescents, en raison des propriétés psychoactives de ces substances, de type somnolence, confusion ou euphorie.

Dans ce contexte préoccupant, l'ANSM appelle les professionnels de santé concernés à la vigilance "face à toute demande de médicaments contenant un dérivé opiacé ou un anti-histaminique qui leur semblerait suspecte et émanant en particulier de jeunes adultes ou d'adolescent".

La codéine et la prométhazine sont utilisées sous différentes formes (comprimé, sirop, solution buvable) pour la fabrication du "purple drank" (illustration @Stickpen sur Wikimedia).


Dans un courrier mis en ligne sur son site le 10 mars 2016, l'ANSM alerte les professionnels de santé et les professionnels intervenant auprès adolescents et des jeunes adultes sur le risque d'usage détourné de la prométhazine et de la codéine.

Ces substances sont les ingrédients principaux d'une boisson dénommée purple drank, généralement mélangés à du soda.

En raison des propriétés psychoactives de ces substances de type somnolence, confusion ou euphorie, cette boisson est consommée à des fins récréatives ou de défonce, majoritairement parmi les adolescents.

A propos du purple drank 
Le purple drank, boisson pourpre en français, est apparue aux Etats-Unis à la fin des années 90. Selon un rapport présenté lors d'une séance de la Commission des stupéfiants et psychotropes en septembre 2015, ce soda arrangé serait mis en valeur par des groupes de rap mais aussi par le milieu sportif. 

En France, l'enquête du CEIP (Centre d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance) a montré que cette boisson est majoritairement composée de prométhazine et de codéine
Quatre formes atypiques ont par ailleurs été notifiées : 
  • 2 associations de dextrométhorphane et de prométhazine, 
  • 1 association de dextrométhorphane et de codéine 
  • 1 cas de codéine et de soda.

La codéine, un opiacé potentiellement euphorique
La codéine est un opiacé (agoniste morphinique faible) indiqué comme antitussif et comme antalgique dans les douleurs d'intensité modérée à intense.
Son utilisation peut produire une euphorie, qui motive son utilisation à des fins récréatives.

Récemment, en raison des risques liés à la variabilité du métabolisme de la codéine, le périmètre de prescription des spécialités de codéine a été restreint en pédiatrie. Ces médicaments sont contre-indiquées chez l'enfant de moins de 12 ans, et doivent être utilisés comme antalgique de seconde intention chez les enfants de 12 à 17 ans (notre article du 13 mai 2015). 

La codéine entre dans la composition de nombreuses spécialités antalgiques, en association avec le paracétamol, et de spécialités antitussives (PADERYL, CODEDRILL, NEOCODION, EUPHON sirop, POLERY, PULMOSERUM, TUSSIPAX) pouvant être délivrées sans ordonnance médicale par le pharmacien.

La prométhazine orale, un anti-H1 de prescription médicale facultative 
La prométhazine est un antihistaminique H1 qui entre dans la composition de plusieurs spécialités de prescription médicale facultative :
  • des spécialité antitussives, indiquées en cas de toux gênante non productive à prédominance nocturne, en association avec d'autres substances : FLUISEDAL sirop, TUSSISEDAL sirop, RHINATHIOL PROMETHAZINE sirop ;
  • des spécialités indiquées en cas d'hypersécrétion nasale au cours de affections aiguës rhinopharyngées avec maux de tête et/ou fièvre, en association avec le paracétamol : ALGOTROPYL suppositoire ;
  • des spécialités indiquées dans le traitement symptomatique des manifestations allergiques et en cas d'insomnies occasionnelles (prométhazine seule) : PHENERGAN 0,1 % sirop, PHENERGAN 25 mg comprimé enrobé. La forme topique, en crème, est indiquée dans le traitement symptomatique local du prurit, en particulier piqûres d'insectes.
En terme d'effets indésirables, la prométhazine expose à une dépression du système nerveux central, avec d'éventuels troubles de la vigilance voire un coma, des convulsions, ou un effet de dépression respiratoire.

Les adolescents et les jeunes adultes, principaux utilisateurs 
L'enquête demandée par l'ANSM et dont les résultats ont été présentés en septembre 2015 par le CEIP permet de mieux identifier les profils d'utilisateurs.

L'usage détourné est observé dans les deux sexes.
L'âge moyen des patients est de 15 ans. Les adolescents constituent la population majoritaire, suivis des jeunes adultes (moins de 25 ans). Un cas a été signalé chez un sujet de 12 ans.

Un décès a été rapporté chez un homme de 30 ans, dont les résultats toxicologiques ont montré la présence de prométhazine, de dextrométorphane et de pseudo-éphédrine.

Une augmentation nette depuis 2013
Le constat de l'ANSM repose sur les données d'hospitalisation et les remontées des pharmaciens d'officine suite à des demandes réitérées et non justifiées de spécialités contenant une substance psychoactive.

En juillet 2014 par exemple, l'ARS Martinique a signalé une augmentation des ventes de NEO-CODION à partir des informations fournies par les grossistes répartiteurs.

Selon l'enquête du CEIP, les ventes des médicaments contenant de la prométhazine et de la codéine en France montrent : 
  • qu'il n'y a pas d'augmentation (un léger recul même) des ventes spécialités de prométhazine sauf pour PHENERGAN comprimé et sirop (prométhazine seule). Ces spécialités sont les médicaments les plus cités dans les signaux d'usage détourné de la prométhazine ;
  • pour la codéine, les ventes des spécialités EUPHON sirop  et NEOCODION sirop apparaissent stables.
D'autres substances sont également utilisées pour un usage détourné, comme le dextrométorphane (notre article de novembre 2014), ou l'association paracétamol/codéine. 

Une vigilance accrue sur le terrain et une invitation à signaler les cas suspects
Dans le courrier adressé aux pharmaciens, médecins généralistes, urgentistes, addictologues, pédiatres, service de santé de la médecine scolaire, planning familial, services de Protection Maternelle Infantile (PMI) et associations de prévention de drogues pour jeunes, l'ANSM appelle à la plus grande vigilance face à toute demande, attitude ou constatation d'usage qui semblerait suspecte, en particulier si elle émane de jeunes adultes ou d'adolescents".

Il est recommandé :
  • aux pharmaciens et aux médecins de vérifier, lors d'une prescription ou d'une délivrance, qu'il n'y a pas d'antécédents d'abus, de dépendance ou de comportement douteux. Cette recommandation apparaît fragile étant donné le manque de moyen, autre que le questionnement, pour identifier des antécédents d'abus ou de dépendance. L'ANSM rappelle aux pharmaciens qu'ils sont autorisés à refuser de dispenser un médicament lorsque l'intérêt pour la santé du patient leur paraît l'exiger (article R.4235-61 du Code de la Santé publique) ;
  • aux professionnels accueillant des jeunes dans des structures de prévention d'être vigilants face à toute constatation d'usage ou toute attitude qui pourrait faire suspecter une consommation abusive de ces médicaments.
Pour l'ANSM, l'usage détourné de ces substances peut également être une porte d'entrée dans l'addiction pour les jeunes.

Enfin, l'ANSM invite tous les professionnels concernés à déclarer tout cas d'abus ou de pharmacodépendance au CEIP le plus proche (rubrique « Déclarer un effet indésirable » sur le site l'ANSM).

Pour aller plus loin
Usage détourné de médicaments antitussifs et antihistaminiques chez les adolescents et les jeunes adultes - Point d'Information (ANSM, 10 mars 2016)
Mise en garde - courrier de l'ANSM aux pharmaciens, médecins généralistes, urgentistes, addictologues, pédiatres, service de santé de la médecine scolaire, planning familial, services de Protection Maternelle Infantile (PMI) et associations de prévention de drogues pour jeunes (ANSM, mars 2016) 
Compte-rendu du Comité technique des Centres d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance du 17 septembre 2015 (ANSM, 18 janvier 2016)
Compte-rendu de la Commission des stupéfiants et psychotropes du 17 décembre 2015 (ANSM, 12 février 2016)

Sur Vidal.fr
Codéine chez les enfants dans le traitement de la toux : les restrictions d'utilisation sont applicables au niveau européen (13 mai 2015)
Mise en garde contre l'usage détourné des médicaments à base de dextrométorphane (27 novembre 2014)
 

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