En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts. En savoir plus et gérer ces paramètres. ×

Accident ischémique transitoire : bénéfices d’une administration immédiate d’aspirine revus à la hausse

1
2
3
4
5
(aucun avis, cliquez pour noter)
vu par 2720 lecteurs
À ce jour, il est communément admis que l’administration d’aspirine après un accident ischémique transitoire (AIT) ou un accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique mineur réduit le risque de récidive de 13 % environ, d'où la recommandation de ce traitement en prévention secondaire (en l'absence de contre-indication).  

Mais une équipe anglaise vient de publier dans The Lancet une méta-analyse de 12 études randomisées sur ce type d’intervention qui suggère que cette réduction du risque de récidive a été fortement sous-estimée.

En effet, selon leur analyse, l’administration rapide d’aspirine après un AIT est associée à une réduction de 60 % du risque de récidive dans les 6 semaines qui suivent, et de 70 % du risque d’AVC handicapant ou fatal. Cette réduction du risque atteint même 80 à 90 % pendant les 2 semaines qui suivent l’AIT.

Les auteurs de cette méta-analyse insistent sur le fait que ces résultats justifient l'administration immédiate d'aspirine en cas de suspicion d'AIT ou d'AVC non massif (même en cas de doute sur une hémorragie). Ils estiment aussi indispensable la mise en place de campagnes d’éducation visant à ce que les personnes atteintes d’un problème neurologique soudain (perte de la vue d'un oeil, trouble du langage, déviaiton de la bouche, etc.) s’automédiquent immédiatement avec de l’aspirine (100 à 300 mg), en attendant de consulter un médecin en urgence.

[édit 17/6] Rappelons, en particulier pour nos lecteurs non médecins, que tout signe d'allure neurologique d'apparition brutale est une urgence, ce qui nécessite un appel  immédiat, du 15 ou du médecin traitant, indépendamment de cette prise d'aspirine [/édit].

L'administration rapide d’aspirine après un AIT associée à une forte réduction du risque de récidive (illustration).


AIT / AVC : un risque de récidive élevé, agravé par les retards diagnostiques et thérapeutiques
Après un accident ischémique transitoire (AIT) ou un accident vasculaire cérébral (AVC) mineur, le risque de récidive dans la semaine qui suit est estimé à 10 % (voir Johnston SC et al, 2007).

Un traitement médical approprié et rapide réduit ce risque encore plus largement (voir étude EXPRESS, 2010) ,mais de nombreux patients ne consultent pas assez rapidement et la moitié des récidives surviennent avant cette première consultation.

Une réduction du risque de récidive d'AIT estimée à 13 % dans les études randomisées...
Les essais randomisés comparant l'aspirine au placebo dans la prévention secondaire post-AIT ont montré une réduction du risque de récidive de 13 %. Ce pourcentage a été également retrouvé dans les études qui ont exploré le suivi médical hospitalier des patients atteints d'AVC (voir revue par PM Rothwell en 2011).
 
... mais des études observationnelles suggèrent une réduction du risque de récidive de 80 %, et une baisse importante de la sévérité
Les études observationnelles sur les bénéfices de l'aspirine après un AIT suggèrent une réduction plus importante du risque de récidive, de l'ordre de 80 %, mais également une réduction importante de la sévérité des éventuelles récidives.

Une méta-analyse pour mieux cerner les bénéfices de l'aspirine dans cette situation
C'est pour éclaircir cette éventuelle sous-estimation des bénéfices de l'aspirine que l'équipe de Peter Rothwell, au Biomedical Research Centre du National Institute of Health Research d'Oxford, a publié dans The Lancet une méta-analyse de 12 études randomisées, en reprenant les données individuelles de 15 778 patients.

Cette équipe a également essayé de déterminer si les bénéfices de l'aspirine évoluaient dans les semaines suivant l'AIT à l'origine de sa prescription.
 
Une réduction du risque de récidive (AIT ou AVC) bien supérieure aux valeurs habituellement admises
Grâce à cette méta-analyse, et en particulier à une analyse des données au cours du temps, l'équipe d'Oxford a montré que l'administration rapide d'aspirine (immédiate ou dans les 48 heures) après un AIT ou un AVC mineur est associée à une réduction de 60 % du risque de récidive dans les 6 semaines qui suivent l'AIT.

Globalement, le nombre de récidives passait de 2,3 % des patients à 1 % sous aspirine, avec une meilleure protection après un AIT plutôt qu'après un AVC mineur.

Lorsque l'analyse se concentre sur les 2 semaines après l'AIT, cette réduction du risque atteint 80 à 90 % :

L'importance de cette réduction du risque de récidive était indépendante de la dose d'aspirine, de l'étiologie de l'accident vasculaire ou des caractéristiques des patients.
 

Mais un effet protecteur de l'aspirine qui ne dure que 12 semaines
Les auteurs ont constaté que les effets de l'aspirine sur le risque de récidive n'étaient décelables que pendant les 12 premières semaines qui suivent l'AIT. Au-delà, aucun différence n'est mesurable entre les patients qui ont pris de l'aspirine et ceux qui n'en ont pas pris.

L'ajout de dipyridamole pourrait présenter un intérêt pour prévenir les récidives tardives
En analysant des essais comparant aspirine, dypiridamole (CLERIDIUM, PERSANTINE) et l'association des deux, les auteurs ont mis en évidence que, pendant les 12 premières semaines après un AIT, l'association aspirine + dypiramidole ne fait pas mieux que l'aspirine seule, mais que, passé ces 12 semaines, le dypiramidole apportait un bénéfice supérieur à celui de l'aspirine.

Pour expliquer cet effet dans le temps, les auteurs émettent l'hypothèse que l'aspirine serait surtout bénéfique lorsque les plaquettes sanguines sont activées (dans les semaines qui suivent l'AIT) ou que les plaquettes puissent développer une sorte d'adaptation aux effets de l'aspirine. 
 
Un effet protecteur de l'aspirine plus important sur la sévérité des récidives
La méta-analyse présentée dans l'article du Lancet montre également que l'administration rapide d'aspirine est associée à une réduction de 70 % du risque de récidive sévère (handicapante ou fatale).

Un rôle protecteur sur la micro-circulation sanguine ? Sur les plaquettes ?
Pour essayer d'expliquer cette réduction du risque de sévérité plus importante que celle des récidives en général, les auteurs évoquent la possibilité d'un effet neuroprotecteur de l'aspirine, peut-être via une action au niveau de la microcirculation sanguine (médiée par des prostaglandines), et/ou au niveau des plaquettes.
 
Les limites de cette méta-analyse sur les bénéfices de l'aspirine après un AIT
Les auteurs exposent les limites de leur travail et précisent que la plupart des essais analysés ont eu lieu dans les années 1980 et 1990. Depuis des progrès ont été faits dans la prise en charge des AVC.

Cependant ces progrès concernent essentiellement la prise en charge des AVC majeurs et, en particulier, leur prise en charge hospitalière. Peu d'évolutions ont marqué la prise en charge précoce des AIT.

De plus, la plupart des études sur les AIT recrutaient des patients ayant eu un AIT dans les jours précédents et, donc, dans des conditions peu optimales pour évaluer les effets d'un traitement d'urgence.

Cette limite joue contre les conclusions de leur analyse et il se pourrait donc que l'aspirine, prise le plus rapidement possible après un AIT, entraîne une réduction du risque de récidive encore supérieure à celle observée dans l'article du Lancet.
 
Pas d'aggravation liée à l'aspirine en cas d'AVC secondaire majeur nécessitant une thrombolyse ou thrombectomie
L'équipe d'Oxford rappelle dans son article que même sous aspirine, les hémorragies sont rares après un AVC mineur (moins de 5 %) ou après un AIT.

[édit 17/6] Les auteurs précisent également qu"il n'a pas été mis en évidence qu'une administration préalable d'aspirine aggraverait les résultats de la petite proportion de patients ayant eu par la suite un AVC majeur nécessitant une thrombolyse ou une thrombectomie", citant 2 études étayant cette affirmation : Lancet 2012, essai randomisé contrôlé, et Lancet Neurology 2013 [/édit].

Ces bénéfices et le faible risque hémorragique secondaire devraient inciter à administrer le traitement urgent par aspirine, y compris en automédication
A la lumière de leur méta-analyse, les auteurs estiment qu'il serait possible de recommander aux personnes qui présentent des signes d'AIT de prendre de l'aspirine en attendant une consultation en urgence, sans pour autant leur faire courir de risque de complication ou de récidive hémorragique.

Si le patient consulte aux urgences, les auteurs recommandent de lui administrer immédiatement de l'aspirine, et non de lui faire une ordonnance pour qu'il en prenne une fois rentré chez lui. 
 
En conclusion : promouvoir l'importance de la prise urgente d'aspirine, et réaliser d'autres études pour affiner les résultats
Les bénéfices immédiats de l'aspirine en cas d'AIT ou d'AVC léger devraient faire l'objet de campagnes d'information, préconisent les auteurs. 

En effet, si les campagnes destinées à informer le grand public sur les symptômes de l'AVC semblent porter leurs fruits et permettent une prise en charge médicale plus rapide des AVC majeurs, de nombreux patients négligent de consulter rapidement après un AIT. Leur proposer un moyen d'intervention immédiat avec l'aspirine en cas de survenue brutale d'un problème d'ordre neurologique (perte de la vue d'un oeil, paralysie d'un côté du corps avec déviation visible de la bouche, troubles du langage, etc.) pourrait à la fois réduire le risque de récidive et les sensibiliser sur la nécessité de consulter rapidement.

Les auteurs concluent leur étude en insistant sur le fait que leur méta-analyse, et en particulier l'analyse des effets de l'aspirine au cours du temps, remet en question la manière dont ont été interprétés de nombreuses études sur la prévention des récidives d'AVC avec d'autres substances (clopidogrel, cilostazol ou ticagrelor par exemple). Ils invitent les futurs investigateurs à rechercher systématiquement des variations d'activité de l'aspirine en fonction du délai écoulé depuis l'AIT ou l'AVC.
 
Pour aller plus loin
 
La méta-analyse sur les bénéfices de l'aspirine après un AIT
Rothwell PM et al.: « Effects of aspirin on risk and severity of early recurrent stroke after transient ischaemic attack and ischaemic stroke: time-course analysis of randomised trials. » Lancet. 2016 May 18.
 
L'état des connaissances sur les bénéfices de l'aspirine avant cette méta-analyse
Rothwell, PM, Algra, A, and Amarenco, P. « Medical treatment in acute and long-term secondary prevention after transient ischaemic attack and ischaemic stroke. » Lancet. 2011; 377: 1681–1692
 
Les connaissances sur le risque de rechute après un AIT
Johnston, SC, Rothwell, PM, Nguyen-Huynh, MN et al. « Validation and refinement of scores to predict very early stroke risk after transient ischaemic attack. » Lancet. 2007; 369: 283–292
 
Les résultats de l'étude EXPRESS sur les traitements d'urgence des AIT
Luengo-Fernandez, R, Gray, AM, and Rothwell, PM. « Effect of urgent treatment for transient ischaemic attack and minor stroke on disability and hospital costs (EXPRESS study): a prospective population-based sequential comparison. » Lancet Neurol. 2009; 8: 235–243
 
Sur VIDAL.fr : 
Arbre décisionnel de la VIDAL Reco "AIT"
Arbre décisionnel
de la VIDAL Reco "AVC"
 

Commentaires (4)

Le 03/07/2016 à 11:51
olwen9 Profession non médicale / Autre
Article nécessaire à tous les âges, les AVC peuvent frapper aussi des trentenaires en âge de travailler avec un crédit sur les bras...Très utile aussi après une chute sur la tête en vélo avec perte de connaissance, une perte de connaissance chez un sujet non sujet aux vertiges. Pour les accidentés de la route (moto, piéton, vélo, auto, camion...) avant le scanner cérébral pour limiter tout risque d'AVC ou AIT majeur...

0 0
Le 03/07/2016 à 11:47
olwen9 Profession non médicale / Autre
excellent article, d'utilité publique, partagé sur FB, merci

0 0
Le 20/06/2016 à 22:01
Fabien GATOGATO
merci pour les éclaircissements mais c'est à quelle dose et à quel rythme?C'est 75mg ou 500mg?

3 0
Le 21/06/2016 à 19:58
Modérateur
Bonjour,

La dose utilisée dans les différentes études varient entre 100 et 350 mg. Il faut prendre tout de suite une dose (par exemple, 250 mg), puis en reprendre ensuite une fois par jour, en l'absence de contre-indication (par exemple, traitement anticoagulant par AVK).

2 0
Le 17/06/2016 à 10:26
Bernadette MARECHAL Profession non médicale / Autre
en effet j'ai lu dejà cette information aussi j'ai chez moi en reserve une boite d'aspirine au cas où,
je suis déjà agée et je vis seule mieux vaut se tenir au courant
merci

3 1