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Médicaments : les propositions de Marine Le Pen et d'Emmanuel Macron

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Vente à l’unité, évaluation et promotion du médicament, formation, place du pharmacien… Ces derniers mois, Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont régulièrement avancé des propositions sur le médicament.
 
Voici un résumé de l’ensemble de leurs prises de position sur ce sujet, élaboré grâce aux réponses données au site securite-sanitaire.org et au travail de veille sur les déclarations des candidats effectué par le LEEM et publié sur le site lasantecandidate.fr, complété d’explications et liens sur les mesures phares proposées par les candidats et d’éléments contextuels.

(photographies issues des sites officiels de Marine Le Pen et d'Emmanuel Macron).


Débat du 3 mai : le médicament brièvement évoqué
Lors du débat télévisé du 3 mai 2017, Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont brièvement résumé leurs propositions santé : Madame Le Pen a mentionné notamment la vente de médicaments à l'unité (à la 43e minute), tandis que M. Macron a souligné l'impact qu'aurait la taxation à l'importation, prônée par Madame Le Pen, sur le prix des médicaments, ces derniers étant fabriqués à 80 % en dehors de France (46e minute).
 
Voici davantage de détails sur leurs propositions dans le domaine du médicament, cette campagne électorale ayant été marquée, pour une fois, par la prise en compte et l'avancée de propositions sur un des principaux sujets de préoccupation des Français : la santé.
 
La vente de médicaments à l'unité plébiscitée par les deux candidats pour "lutter contre le gâchis" et la iatrogénie médicamenteuse
Pour vendre des médicaments à l'unité, comme c'est expérimenté actuellement en France pour les antibiotiques (voir notre article), les pharmaciens déconditionnent les médicaments, puis les reconditionnent dans un emballage en y mentionnant les informations de traçabilité et en incluant la notice. Aux Etats-Unis, tous les médicaments sont vendus ainsi, dans des flacons en plastique orange sur lesquels le pharmacien appose des étiquettes (cf. illustration ci-contre).
 
Les deux candidats au deuxième tour de l'élection présidentielle, de même que Benoît Hamon, ont proposé de déployer une telle mesure en France, pour certains traitements et non tous.
 
"Qui n'a pas chez soi une boîte à pharmacie remplie de médicaments ?", interroge Emmanuel Macron dans son discours de Nevers (janvier 2017). Le candidat souligne le risque de iatrogénie que cela comporte, en particulier avec les prescriptions de courte durée mais suivies d'une délivrance de boîtes contenant davantage de médicaments, éventuellement à risques d'effets secondaires en cas de prise prolongée ou inadaptée.
 
Le candidat veut donc accélérer l'expérimentation actuelle et encourager les changements nécessaires côté industriels et pharmaciens ("automatisation des doses individuelles avec surconditionnement" permettant de renforcer l'identification et la traçabilité, précise-t-il dans une interview début avril au Moniteur des pharmacies). Il espère aussi des économies importantes liées à ce changement de distribution des médicaments (économies qu'il oppose à celles effectuées avec les déremboursements).
 
Marine Le Pen veut "imposer" la restructuration des chaînes de production de l'industrie pharmaceutique et équiper les pharmacies des machines nécessaires pour généraliser cette vente à l'unité (engagement 71 de son programme). Marine Le Pen avance aussi l'argument de la lutte contre la iatrogénie médicamenteuse en diminuant le risque d'erreurs de prise par cette mesure. La candidate estime également qu'une telle vente à l'unité limiterait le risque de trafics.
 
Une proposition commune, régulièrement répétée, mais qui interroge
Les deux candidats ont plusieurs fois décliné cette proposition, y compris lors du débat houleux du 3 mai 2017. Mais cette mesure est-elle vraiment prioritaire pour lutter contre la iatrogénie et le gaspillage ?

Si une telle mesure était mise en œuvre par le nouveau président, elle poserait en tout cas plusieurs questions :
  • Quelle organisation et rémunération pour les pharmaciens qui vont devoir prendre beaucoup plus de temps pour préparer chaque ordonnance ?
  • Les laboratoires vont-ils devoir livrer en vrac les médicaments, alors que des informations peuvent ou doivent figurer sur la boîte (exemple du pictogramme pour le valproate de sodium ou les gels de ketoprofène) ?
  •  La délivrance dans des flacons identiques, certes avec étiquette personnalisée, pour de nombreux médicaments diminuera-t-elle vraiment le risque de confusion entre les médicaments, en particulier pour les personnes âgées et/ou polymédiquées, risque réel et déjà complexe aujourd'hui du fait des génériques qui peuvent changer de forme et de couleur par rapport au médicament d'origine (voir notre article) ?
  • Quid de l'action de l'association française Cyclamed, qui incite au retour des médicaments non utilisés pour recyclage non polluant ?
  • Enfin, l'ensemble du dispositif entraînera-t-il vraiment des économies et une baisse du risque iatrogène ?
 
Les résultats de l'expérimentation en cours et la consultation des acteurs du secteur apporteront peut-être des éclairages précieux pour le futur ministre de la santé qui devra mettre en œuvre cette proposition.
 
Rôle du pharmacien sur le médicament : pharmacovigilance pour Le Pen, qualité des soins pour Macron
Outre la vente à l'unité, les deux candidats ont évoqué de nouvelles évolutions du rôle des pharmaciens.

Pour Marine Le Pen, les pharmaciens d'officine doivent être associés à la déclaration des effets secondaires "indésirables", en sus du "premier pas franchi avec la plateforme de déclaration en ligne" (voir notre article sur cette plateforme).
 
Emmanuel Macron souhaite lui renforcer le rôle du pharmacien, "acteur de santé publique incontournable", sur la qualité des soins et le service clinique rendu aux patients, comme il le mentionne, à nouveau, au Moniteur des Pharmacies : analyse pharmaceutique de la prescription, bilan médicamenteux optimisé, conciliation médicamenteuse [voir notre article sur ce sujet], consultation d'observance, entretiens pharmaceutiques avec remise de plans de prise aux patients". Emmanuel Macron préconise une collaboration renforcée entre les pharmaciens, les médecins et les infirmiers.
 
Promotion des médicaments : Macron veut renforcer les contrôles, Le Pen propose de l'interdire complètement
La promotion du médicament a largement évolué depuis 20 ans avec, en particulier, la mise en place d'un contrôle des publicités, remis et supports de visite médicale par l'ANSM.

Les Assises du médicament, tenues en 2011 après le constat de retards de prise en compte des risques dans l'affaire du Mediator, ont été suivies de la mise en ligne progressive des prestations et rémunérations versées par l'industrie pharmaceutique aux professionnels de santé, accroissant la transparence sur ce sujet.
 
Emmanuel Macron, en réponse au questionnaire de securite-sanitaire.org, souhaite prolonger ces efforts d'encadrement et de transparence en contrôlant davantage "la promotion médicale à l'hôpital", "trop négligée par les pouvoirs publics jusqu'à aujourd'hui". 

Il préconise aussi un contrôle de la promotion médicale par le CEPS (Comité économique des produits de santé) afin de vérifier "le respect des référentiels élaborés par la HAS" et de sanctionner, si nécessaire, le non respect de ces règles de bonnes pratiques. Emmanuel Macron veut également "lancer un grand chantier pour que le financement des formations et congrès [NDLR : faisant partie des sources d'informations sur le médicament pour les professionnels] soit demain un financement public, pourquoi pas via une taxation du chiffre d'affaire de l'industrie du médicament".
 
Marine Le Pen veut, en réponse au même questionnaire, "interdire la publicité pour les médicaments, notamment par le biais des visiteurs médicaux. Ces pratiques pouvaient se justifier à une époque où les sources d'informations des médecins étaient restreintes. Cependant, à l'heure actuelle, les canaux d'informations sont multiples et les praticiens jouissent d'une pléthore de recommandations thérapeutiques, y compris d'autorités publiques. Nous nous opposons donc au marketing opéré par les firmes pharmaceutiques dans les cabinets médicaux".
 
Prix des médicaments coûteux et/ou innovants demandés par les industriels : positions divergentes
Les thérapies innovantes permettent aujourd'hui de guérir de l'hépatite C, de survivre plus longtemps à certaines leucémies, lymphomes, et autres cancers. De nombreuses recherches sont en cours, notamment dans le domaine de la génétique, la robotique et toujours l'immunothérapie pour franchir de nouveaux paliers contre des maladies actuellement incurables.
 
Ces innovations ont un coût répercuté plus ou moins fidèlement sur le prix de vente du médicament concerné en fonction des pays, de la concurrence et d'autres facteurs, suscitant parfois la polémique. Le cas récent du prix des antiviraux d'action directe contre l'hépatite C, vendus à des prix plus ou moins élevés dans les pays occidentaux, a par exemple suscité une polémique (en France et ailleurs) et a donc logiquement entraîné l'interrogation des candidats sur le modèle économique du médicament.
 
Pour Marine Le Pen, "le prix des médicaments innovants doit être jugulé et le généricage des molécules facilité pour permettre des économies" (discours, décembre 2016). La candidate précise ensuite qu'"il faut engager un bras de fer avec les laboratoires pharmaceutiques. Le prix de certains médicaments est déterminé non pas en fonction de leur coût de production, mais par rapport au niveau de remboursement appliqué dans les pays où ils sont commercialisés".

En réponse au questionnaire securite-sanitaire.org, Marine Le Pen précise tout de même qu'il faut que le prix des médicaments permette "une juste rémunération de la recherche et développement, mais ne pas en arriver à des tarifs extrêmement élevés comme on a pu le voir avec l'exemple du SOLVADI (…), baissé de manière importante après négociations", ce qui montre que "les marges de manœuvre existent".
 
Emmanuel Macron estime qu'"il faut payer les médicaments au juste prix quand il y a derrière des innovations, quand il y a des investissements pour avoir une grande industrie pharmaceutique". M. Macron préconise pour cela d'"ouvir un dialogue sincère et exigeant" avec les industriels, de leur "donner une visibilité sur plusieurs années", de les inciter à produire en France, de "faire des économies justes" et de "récompenser l'innovation".
 
Médicaments déremboursés et remboursés : Le Pen veut tout revoir, Macron veut une stabilisation
Le déremboursement de certains médicaments suscite parfois de l'incompréhension, voire de la colère, comme dans le cas des médicaments et dispositifs médicaux utilisés dans l'arthrose (voir notre article).
 
Emmanuel Macron regrette que les laboratoires soient utilisés comme une "variable d'ajustement" des changements tous les 6 mois ou tous les ans de la politique de remboursement ou déremboursement des médicaments. Il souhaite donc leur donner davantage de visibilité pour qu'ils puissent pérenniser leurs activités industrielles en France.
 
Marine Le Pen souhaite "impulser une nouvelle politique du médicament qui sortira des logiques purement comptables et examinera avec beaucoup plus de discernement les médicaments réellement efficaces et inefficaces" [NDLR : rappelons le rôle majeur de l'agence européenne du médicament et de la Haute Autorité de Santé sur cette question, rôles non mentionnés par la candidate]. La candidate avance même que "certains médicaments déremboursés pourront de nouveau être remboursés par la sécurité sociale au taux normal", sans plus de précisions.  Elle annonce aussi qu'elle refusera "les nouveaux déremboursements de médicaments" proposés par la Haute Autorité de Santé.
 
Mentionnons aussi ici que Marine Le Pen veut supprimer l'Aide Médicale de l'Etat, qui permet aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier de l'accès aux soins et du remboursement des médicaments à service médical rendu modéré ou important. Une mesure discriminatoire contraire au Serment d'Hippocrate ("Je donnerai mes soins à l'indigent et à quiconque me le demandera"), comme l'ont rappelé 171 médecins  dans un appel initié par le Pr André Grimaldi.
 
Sécurité du médicament : M. Macron propose de la faciliter en interagissant davantage avec l'Agence européenne du médicament
Suite au Brexit, l'Agence européenne du médicament, actuellement située à Londres, devrait déménager d'ici 2019 – 2020.

M. Macron souhaite qu'elle s'installe dans notre pays, ce qui facilitera, selon lui, les interactions, en particulier sur la question essentielle de la sécurité du médicament : " Je souhaite que la France retrouve un rôle important auprès de l'agence européenne pour porter la parole des patients et de leurs préoccupations en matière de sécurité, et que la France porte ces sujets dans les instances communautaires pour faire évoluer la réglementation européenne en matière de sécurité et d'efficacité. Je souhaite qu'à travers cette politique l'Europe illustre la protection qu'elle accorde à ses citoyens".
 
En conclusion : des divergences sur le médicament moins flagrantes que sur d'autres sujets
Madame Le Pen et Monsieur Macron portent une conception radicalement différente de la politique sociale, économique, culturelle et géopolitique, comme l'a montré, entre deux invectives, le débat du 3 mai 2017.
 
Ces différences se retrouvent dans certaines des mesures énumérées ci-dessus, en particulier sur les rapports avec l'industrie pharmaceutique et les autorités de santé en charge du prix et du remboursement, ou non, des médicaments. Néanmoins deux annonces sont assez proches, sur la vente de médicaments à l'unité et l'élargissement des fonctions du pharmacien.
 
Rappelons enfin que ce sont des annonces et propositions pré-électorales…. Qui sait ce qu'il en restera après les élections présidentielles et législatives, d'autant que le domaine de la thérapeutique évolue très vite actuellement ? Nous aurons sûrement l'occasion de faire le point lorsque les premières mesures seront annoncées par le prochain ministre de la santé !
 
En savoir plus :
Propositions de Marine Le Pen sur le médicament, La santé candidate, LEEM, 2017
Propositions d'Emmanuel Macron sur le médicament, La santé candidate, LEEM, 2017
Le site Securite-sanitaire ;org, avec le questionnaire, les réponses de Marine Le Pen, celles d'Emmanuel Macron, les commentaires sur leurs réponses des auteurs du site (le groupe des 7 : Gérard DUBOIS, Irène FRACHON, Claude GOT, Serge HERCBERG, Catherine HILL, Albert HIRSCH et Chantal PERRICHON).
Emmanuel Macron : « La dispensation à l'unité est une réforme nécessaire » , Moniteur des Pharmacies, 7 avril 2017 (abonnement)
Présidentielle : 171 médecins appellent à voter Macron, Le Parisien, 3 mai 2017

Commentaires (2)

Le 01/06/2017 à 02:00
avatar Marinella70
Marinella70 Pharmacien
Propositions nulles

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Le 31/05/2017 à 03:09
avatar Noctran
Noctran Autre professionnel de santé
Je pense que les médicaments vendus à l'unité peuvent devenir plus chers car travail supplémentaire pour le pharmacien et aussi est un risque important de voir se vendre des médicaments à l'unité sur internet, avec des provenances plus que douteuses voir dangereuses ... je suis contre

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