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Cancer : le jeûne et les régimes restrictifs non recommandés faute de démonstration de leur utilité

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Le jeûne et les régimes restrictifs font l'objet d'un engouement du grand public, en raison d'effets supposés sur le bien-être, la réduction des risques de cancer ou encore pour améliorer la prise en charge.

Cet engouement est-il justifié ? Non, selon l'analyse du réseau National Alimentation Cancer Recherche (NACRe), qui vient de publier, avec le soutien de l'INCA, un rapport sur la pratique du jeûne et les régimes restrictifs dans le contexte de la prévention et du traitement du cancer.
 
Ce travail pluridisciplinaire, à la fois revue d’études scientifiques et cliniques et analyse socio-anthropologique, a fait le point sur les connaissances actuelles en terme d’efficacité de ces pratiques dans la réduction de l’incidence du cancer et dans son traitement.
 
Les auteurs ont constaté que ces connaissances sont encore insuffisantes ou contradictoires.

I
l n’est donc pas recommandé de pratiquer le jeûne ou un régime restrictif en cas de cancer : ni dans le but de prévenir le cancer, ni au cours de la prise en charge d’un cancer, en particulier en cas de dénutrition ou de risque important de dénutrition, ou en cas de diabète.

Ces pratiques exposent en effet à un risque, cette fois-ci avéré, de dénutrition, de sarcopénie (diminution de la masse musculaire) et, donc, de fragilisation.
 
Le réseau NACRe propose en complément une série de recommandations dans les domaines de la recherche scientifique et clinique, de la santé publique et de la prise en charge médicale.

Enfin, il propose des conseils aux patients qui souhaiteraient explorer les restrictions alimentaires dans le cadre de la prise en charge d’un cancer.

Le jeûne et les régimes restrictifs ne sont pas recommandés pour prévenir ou guérir le cancer (illustration).


Un rapport pluridisciplinaire sur le jeûne et les régimes restrictifs
Le réseau National Alimentation Cancer Recherche (NACRe) est une émanation de l'Institut national de recherche agronomique (INRA) soutenue par l'Institut national du cancer (INCa). Les experts de ce réseau viennent de publier un rapport pluridisciplinaire sur la place du jeûne et des régimes restrictifs dans la prévention et la prise en charge des cancers.

Épidémiologistes, spécialistes de la recherche expérimentale et clinique, chercheurs en sciences humaines sociales, les experts du réseau NACRe ont dressé une analyse socio-anthropologique du jeûne et un état des lieux des connaissances sur l'efficacité des restrictions alimentaires dans le cadre du cancer.
 
Le jeûne à visée médicale, une recherche de purification née au XIXe siècle
Les pratiques liées au jeûne dans un contexte sanitaire, dont le jeûne intermittent est la plus courante, sont nés en Europe à la fin du XIXe siècle, en réaction à l'essor de la médecine allopathique.

Promues à l'origine dans un souci d'hygiène et de purification, elles sont aujourd'hui de plus en plus présentes dans les médias et les discussions du grand public, portées notamment par le concept du « détox » censé aider notre corps à se protéger des excès de nos modes de vie.
 
Le jeûne en France, une pratique moins développée qu'en Europe du Nord
Selon une étude sociologique menée en 2010 dans le cadre du jeûne à visée spirituelle, il y aurait chaque année en France entre 4 et 5 000 jeûneurs occasionnels, dont 71 % de femmes, 54 % de 45-60 ans et 59 % de bac+3 et au-delà. Ces chiffres placent la France bien en deçà des pays d'Europe du Nord ou de la Russie où le jeûne est pratiqué dans de nombreux centres spécialisés.

En Allemagne, ce serait entre 500 000 et… 8 millions de personnes qui jeûneraient occasionnellement chaque année, dans plus de 500 centres dédiés. En Scandinavie, la pratique de la randonnée en état de jeûne a considérablement gagné en popularité ces dernières années.
 
Les régimes restrictifs à visée préventive ou curative
Au-delà du jeûne, le travail du réseau NACRe concerne également les régimes restrictifs les plus couramment rencontrés dans la prise en charge de maladies chroniques (hors recherche d'amaigrissement) :
  • les régimes de restriction calorique (souvent pauvres en lipides) ;
  • les régimes de restriction protidique (moins de 10 % des calories ingérées issues des protéines) ;
  • les régimes de restriction glucidique ou « régimes cétogènes » (moins de 10 % des calories ingérées issues des glucides).

Dans son rapport, le réseau NACRe fait le point des connaissances sur les effets du jeûne et de ces régimes dans le cadre de la prévention et du traitement des cancers.
 
Des études animales nombreuses, mais contradictoires
Globalement, l'analyse de la bibliographie faite par le réseau NACRe montre que de très nombreuses études animales ont été publiées sur régimes restrictifs et prévention des cancers, dont les conclusions vont soit dans le sens de bénéfices (diminution de l'incidence des cancers et augmentation de la survie), soit dans le sens d'effets délétères (augmentation de l'incidence et de la mortalité).

En terme de traitement du cancer animal, le réseau NACRe a identifié 24 études dont 12 semblent indiquer que les restrictions alimentaires augmentent l'efficacité des traitements anticancéreux, 10 ne montrent aucun effet et 2 montrent une aggravation et une diminution de la survie.
 
Jeûne et régimes restrictifs dans la prévention des cancers : pas de preuves suffisantes
Chez l'homme, les études cliniques sur les régimes restrictifs souffrent toutes d'effectifs trop réduits (quelques dizaines de patients au mieux), ainsi que de l'absence de randomisation et de groupes contrôles.

[édit 7/12] En termes de prévention du cancer, deux études cliniques portant sur la restriction calorique (Fontana et coll., 2006 et Habermann et coll., 2015) retrouvent un effet sur des marqueurs sanguins du risque (IGF-1 en particulier) mais, pour Habermann et coll., aucun effet sur les capacités de réparation de l'ADN.


Une étude de restriction protidique (Levine et coll., 2014) semble indiquer une diminution du risque de tumeur ou de décès dû au cancer chez les 45-65 ans mais pas chez les personnes de plus de 65 ans. [/édit 7/12] 



Jeûne et régimes restrictifs dans la prise en charge du cancer : pas de preuves suffisantes non plus
[édit 7/12] Le réseau NACRe a identifié deux études cliniques portant sur les effets du jeûne intermittent pendant la chimiothérapie (De Groot et coll., 2015 et Safdie et coll., 2012) qui rapportent une diminution de la fatigue et une moindre diminution des globules rouges et des plaquettes trois semaines après la chimiothérapie. De nouveau, ces études ne portent que sur quelques patientes atteintes de cancer du sein.[/édit 7/12] 


Deux études de restriction calorique chez des patients en surpoids n'ont rapporté qu'une perte de poids et une amélioration de la qualité de vie.

Enfin, seulement trois études portant sur les régimes cétogènes, sur neuf recensées, signalent des effets positifs en terme d'évolution tumorale, au prix d'une perte de poids, de masse musculaire et de qualité de vie.
 


Des risques de fragilisation liés aux restrictions alimentaires lors de cancer
Le rapport du réseau NACRe met en garde les personnes atteintes de cancer contre les effets délétères des régimes restrictifs et du jeûne en termes de dénutrition et de sarcopénie (diminution importante de la masse musculaire).

Ces deux complications des régimes sont connues pour être des facteurs de fragilité, y compris chez les personnes de plus de 50 ans sans symptômes.


Des recommandations de santé publique relative au jeûne et aux régimes restrictifs
Le réseau NACRe propose également des recommandations concernant la recherche animale et clinique, mais également en santé publique.

En terme de prévention :
  • Informer le grand public qu'en l'état actuel des connaissances scientifiques, il n'est pas justifié de pratiquer le jeûne ou un régime restrictif dans un objectif de prévention des cancers.
  • Faire connaître au grand public les recommandations officielles pour la prévention nutritionnelle des cancers.

En termes de prise en charge des cancers :
  • Mettre en place des programmes de formation des soignants sur les médecines complémentaires et sur les régimes de restriction glucido-calorique, pour faciliter le dialogue avec les patients.
  • Mettre en place des actions de sensibilisation des patients aux risques des régimes de restriction glucido- calorique.
 
Des conseils pour les patients atteints de cancer
De plus, le réseau NACRe propose des conseils à destination des personnes qui souhaiteraient essayer le jeûne ou un régime restrictif pour lutter contre un cancer :
  • En l'état actuel des connaissances scientifiques, il est recommandé de ne pas pratiquer le jeûne ou un régime restrictif au cours de la prise en charge d'un cancer, en particulier en cas de dénutrition ou de risque important de dénutrition, ou en cas de diabète.
  • Si, malgré cette recommandation, vous souhaitez pratiquer le jeûne ou un régime restrictif, informez de votre projet votre médecin traitant et votre oncologue référent.
  • Une évaluation diététique et nutritionnelle est un préalable indispensable à tout régime restrictif.
  • Une surveillance diététique et nutritionnelle régulière pendant toute la durée du régime restrictif est également essentielle.
 
Pour les médecins qui sont fréquemment exposés à des demandes de patients concernant le jeûne, la lecture de l'analyse socio-anthropologique présentée par le réseau NACRe dans son rapport apporte des informations intéressantes pour enrichir le dialogue avec ces personnes.

En particulier, cette analyse apporte des éléments qui permettent de mieux comprendre leurs attentes et leurs représentations de ces pratiques de restriction alimentaire.
 
Si un patient atteint d'un cancer souhaite tout de même faire un jeûne ou un régime restrictif, il faut l'accompagner
Le réseau NACRe propose des modalités d'accompagnement pour le suivi nutritionnel des patients qui souhaitent tout de même pratiquer le jeûne ou un régime restrictif :
  • fixer des limites précises (perte de poids, de masse musculaire ou de force musculaire) ;
  • surveiller le poids toutes les semaines ;
  • évaluer la force musculaire par la mesure de la force de préhension de la main toutes les deux semaines et, idéalement, déterminer la composition corporelle (impédancemétrie) ;
  • vérifier la fonction rénale et l'apparition de carences par un bilan biologique mensuel (ionogramme sanguin, urée, créatinine, numération-formule sanguine, plaquettes, taux de prothrombine, temps de céphaline activée, vitaminémie D, B9, B1) ;
  • faire une évaluation de l'alimentation pendant et en dehors des périodes de restriction.
 
Pour aller plus loin
 
Le rapport du réseau NACRe sur les restrictions alimentaires dans le contexte du cancer
« Jeûne, régimes restrictifs et cancer : revue systématique des données scientifiques et analyse socio-anthropologique sur la place du jeûne en France. » Réseau NACRe, novembre 2017
 
La fiche-repère publiée par l'INCa à partir du rapport du réseau NACRe
« Jeûne, régimes restrictifs et cancer », Fiche-repère Soins, Institut national du cancer, novembre 2017
 
L'étude « Jeûner aujourd'hui, une pratique personnelle et spirituelle »
Barbier-Bouvet Jean-François, « Jeûner aujourd'hui. Une pratique personnelle et spirituelle. Enquête sociologique », Assises du Jeûne, février 2010.
 
Un article sur l'importance de la sarcopénie comme signe précurseur de la fragilité
« Vieillissement : l'Académie de Médecine recommande de dépister la pré-fragilité dès 50 ans », VIDAL News, 21 mai 2014

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