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Cancer : recommandations de l'INCa pour repérer et traiter précocement les souffrances psychiques

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L’Institut national du cancer (INCa) vient de publier un référentiel organisationnel sur le repérage et le traitement précoce de la souffrance psychique chez les personnes souffrant de cancer.

Ce document est destiné à l’ensemble des acteurs impliqués dans le suivi de ces patients, afin de les sensibiliser à l’importance d’évaluer régulièrement leur détresse psychique.
 
Le référentiel précise des moments de plus grande vulnérabilité au long du parcours de soins, ainsi que des facteurs de risque personnels. Il propose des outils d’évaluation rapide et insiste sur la nécessité d’identifier dès que possible, dans le Programme personnalisé de soin (PPS), les professionnels de soins psychiques disponibles en cas de besoin.
 
Le médecin généraliste est identifié comme un acteur clé du repérage de la souffrance psychique dans le contexte du cancer. Une fiche pratique spécifique détaille son rôle et lui donne des éléments de prise en charge.

En cas de cancer, la souffrance psychique doit être repérée et traitée dès que possible (illustration)


Souffrance psychique : des symptômes polymorphes
La souffrance psychique est un état de mal-être dont les symptômes sont très variables selon les patients, en particulier selon leur capacité à reconnaître et verbaliser leur vie émotionnelle, voire simplement selon leur contexte socioculturel.

Les symptômes anxieux ou dépressifs sont les plus fréquents, mais leur absence ne doit pas faire conclure à l'absence de souffrance psychique. En effet, celle-ci peut également s'exprimer dans la vie relationnelle (hypersensibilité ou irritabilité, par exemple), les comportements (agressivité, inobservance thérapeutique, etc.) ou prendre une forme somatique (apparition de symptômes atypiques : vertiges, palpitations, troubles digestifs, par exemple).

La confrontation au diagnostic de cancer implique un important travail d'adaptation psychique qui peut s'accompagner d'une souffrance psychique majeure. L'état de souffrance psychique peut également être préexistant et être alors aggravé par la maladie.
 
La souffrance psychique impacte l'observance et l'accès aux soins
Anxiété et dépression, tous types confondus, sont la traduction la plus fréquente de la souffrance psychique (près de 40 % des patients). La dépression avérée est diagnostiquée chez environ 15 % des patients quelle que soit la phase de la maladie.

Elle peut être à l'origine d'un risque de mauvaise observance multiplié par deux, ainsi qu'un accès aux soins suboptimal ou une mauvaise hygiène de vie.

De fait, l'existence d'un retard au diagnostic ou d'une mauvaise observance du suivi ou des soins peut représenter un marqueur de vulnérabilité psychique.
 
Un référentiel organisationnel pour tous les professionnels impliqués
Le document publié par l'INCa propose un référentiel de détection, d'évaluation, d'orientation et d'accompagnement des patients atteints de cancer en souffrance psychique. Son objectif est :
  • d'aider les professionnels (pratiquant en établissement ou en ville, spécialistes des soins psychiques ou non) à détecter et évaluer les besoins des patients en situation de souffrance psychique présente ou potentielle ;
  • de renforcer la qualité de l'organisation de ces soins psychiques.

Ce référentiel se compose d'un tronc commun et de deux fiches pratiques spécifiques destinées aux professionnels de santé hors soins psychiques et à ceux des soins psychiques.
 
Des moments critiques lors du parcours de soins
Le référentiel de l'INCa identifie des moments du parcours de soins où les patients atteints de cancer sont plus vulnérables à la souffrance psychique :
  • période d'attente ou de confirmation du diagnostic ;
  • annonces : du diagnostic, d'un risque génétique, d'un changement de traitement, d'un échappement thérapeutique, de l'arrêt ou de la limitation des traitements spécifiques, du passage en soins palliatifs, de la guérison, etc. ;
  • décision thérapeutique ;
  • traitement mutilant, provoquant des douleurs ou séquelles ;
  • retour à domicile ;
  • fin de traitement ;
  • bilans de surveillance ;
  • rechute ;
  • reprise du travail.
 
Certains patients sont plus vulnérables à la souffrance psychique
Le document de l'INCa identifie également des facteurs de risque de souffrance psychique qui vulnérabilisent certaines populations de patients :
  • un âge inférieur à 50 ans ;
  • les antécédents psychiatriques personnels : dépression, troubles de la personnalité, tentative de suicide, pathologie psychiatrique chronique (schizophrénie, trouble bipolaire de l'humeur)
  • des antécédents psychiatriques familiaux : suicide, dépression
  • la présence d'une ou plusieurs addictions ;
  • l'isolement social, un deuil ou des évènements traumatiques récents ;
  • le handicap physique ou l'existence d'une maladie chronique intercurrente ;
  • des charges financières, familiales ou sociales importantes.
 
Tous les acteurs des soins doivent être sensibilisés au repérage de la souffrance psychique
Selon les experts de l'INCa, si le traitement de la souffrance psychique relève de professionnels spécialisés, psychologues ou psychiatres, ainsi que du médecin généraliste, l'implication de tous les professionnels de santé (y compris les pharmaciens ou les professionnels de soins de support) est nécessaire pour la repérer précocement.

Pour cela, l'INCa préconise que :
  • les professionnels non spécialisés en soins psychiques connaissent ses facteurs de risques et ses symptômes ;
  • les professionnels de soins primaires soient précocement et constamment informés de l'évolution de la situation de leur patient afin de pouvoir les soutenir efficacement lors des périodes difficiles ;
  • les relais vers les professionnels de soins psychiques soient repérables, accessibles et disponibles ;
  • l'ensemble des acteurs des soins interviennent en concertation, coordination et complémentarité.
 
Les outils de repérage de la souffrance psychique
Pour les experts de l'INCa, le repérage de la souffrance psychique repose avant tout sur les compétences relationnelles des soignants, notamment sur la qualité de leur écoute, et sur la prise en compte de la parole du patient et de son entourage.

L'évaluation de la sévérité de la souffrance psychique nécessite une démarche structurée qui vise, par le dialogue avec le patient, à :
  • analyser sa situation actuelle ;
  • identifier ses représentations de la maladie ;
  • repérer ses facteurs de risque mais aussi ses ressources ;
  • appréhender sa demande en termes de besoin psychique ;
  • rechercher les difficultés psychopathologiques majeures qui nécessiteraient une évaluation d'emblée.

Des guides d'entretien semi-structuré existent, notamment le PO-Bado, mais qui nécessitent un temps de formation préalable et un temps d'entretien suffisant.

De plus, plusieurs outils de dépistage existent à l'étranger, mais peu d'entre eux sont validés en français en cancérologie :
 
Les professionnels des soins psychiques doivent être clairement identifiés
Pour l'INCa, il est essentiel que les professionnels des soins psychiques soient clairement identifiés dans le PPS (Programme personnalisé de soins) afin que professionnels et patients puissent les mobiliser si nécessaire.

Les éventuelles difficultés d'accès géographique, culturel ou financier (notamment le reste à charge) doivent absolument être considérées dans cette démarche.

Lorsque le patient a déjà un réseau de soins de proximité, il peut être invité, en collaboration avec son médecin généraliste, à les identifier (médecin généraliste, pharmacien d'officine, infirmière libérale, kinésithérapeute, etc.). Leurs coordonnées pourront être intégrées au programme personnalisé de soin (PPS), tout au long du parcours.

Le développement des plateformes territoriales d'appui et l'évolution des réseaux de santé devraient permettre à terme d'apporter au médecin généraliste un soutien pour l'aider à orienter son patient vers les professionnels de soins psychiques de proximité les mieux à même de répondre aux besoins des patients atteints de cancer.
 
Pour aller plus loin
 
Le référentiel publié par l'INCa
« Repérage et traitement précoce de la souffrance psychique des patients atteints de cancer », Institut national du cancer, janvier 2018.
 
Sur le guide d'entretien PO-Bado
Stadelmaier N et al. « Formation au dépistage des difficultés psychosociales en cancérologie : apport d'un guide d'entretien (PO-Bado) sur la pratique des soignants du dispositif d'annonce », Psycho-Oncol. (2014) 8:45-51.
 
Sur le Distress Thermometer
Dolbeault S et al. « Screening for psychological distress in two French cancer centers : feasibility and performance of the adapted distress thermometer », Palliative Support Care, 2008 Jun;6(2):107-17.

Le Distress Thermometer (en anglais)
 
Les autres questionnaires d'évaluation de la souffrance psychique
 
 

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