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Prévention secondaire du risque cardiovasculaire : l’intérêt d’une supplémentation en Oméga-3 reste encore flou

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En cas d’antécédents cardiovasculaires, l'American Heart Association recommande en prévention secondaire de manger au moins deux portions de poisson par semaine et d'envisager des suppléments d'acides gras oméga-3 lorsque ce n'est pas possible.
 
Chez les personnes ayant des antécédents coronariens, des recherches antérieures ont effectivement établi un lien entre la prise d'oméga-3 et l’amélioration de l’hypertension artérielle, des triglycérides et la réduction de la morbidité et de la mortalité cardiovasculaires. Mais d’autres études n’ont pas trouvé de tels résultats positifs.
 
Afin d‘en savoir plus sur l’utilité éventuelle d’une telle supplémentation en prévention cardiovasculaire secondaire, une équipe britannique a effectué une méta-analyse portant des 10 essais cliniques regroupant 77 917 participants ayant déjà subi une crise cardiaque, un AVC ou ayant des antécédents à risque comme un diabète.
 
Les résultats, publiés en février 2018 dans la revue JAMA Cardiology 1, montrent que la prise d’une supplémentation en oméga-3 ne semble pas aider significativement à prévenir le risque cardiovasculaire chez les patients ayant déjà subi un évènement coronarien.
 
En raison de limites méthodologiques et de la publicaiton en 2017 de deux études ne montrant pas les mêmes résultats, ces données sont cependant à relativiser.

Ces résultats et conclusions ne devraient donc pas remettre en cause les recommandations officielles, du moins pas tant que les quatre nouvelles études à grande échelle en cours aboutissent et permettent d’en savoir davantage sur l’intérêt, ou non, de cette supplémentation en prévention cardiovasculaire secondaire.

Suppléments d'oméga-3 (illustration).


Intérêt d'une supplémentation en oméga-3 : des analyses antérieures difficiles à interpréter
Jusqu'à présent, plusieurs essais cliniques ont évalué l'intérêt d'une supplémentation en oméga-3 chez des patients présentant une cardiopathie congénitale, un antécédent d'accident vasculaire cérébral ou un risque élevé de maladie cardiovasculaire.
 
Des méta-analyses  de ces essais suggèrent un bénéfice significatif de la supplémentation en oméga-3 sur la mortalité coronarienne, mais pas sur le risque d'évènement non mortel.

Ces résultats ont cependant été limités par l'inclusion d'études sur la consommation de poisson ou sans comparaison avec un placebo.
 
C'est dans ce contexte que l'équipe de Aung a mené la première méta-analyse basée sur tous les grands essais cliniques randomisés ayant comparés la supplémentation en oméga-3 à un placebo 1 dans la prévention des maladies cardiovasculaires chez des patients cardiaques, que ce soit la mortalité et la morbidité par infarctus du myocarde, les accidents vasculaires cérébraux, les événements vasculaires majeurs ou la mortalité toutes causes confondues.
 
Plus de 77 000 participants supplémentés pendant plusieurs années
L'équipe de Aung a donc analysé les résultats de 10 essais cliniques dont huit étaient randomisés contre placebo et deux essais ouverts, portant sur total de 77 917 participants supplémentés pendant un à six ans. Le risque de biais des essais inclus était faible, à l'exception des deux essais ouverts.
 
Aucune dose minimale d'oméga-3, que ce soit d'acide eicosapentaénoïque (EPA) ou d'acide docosahexanoïque (DHA) n'était spécifiée comme critère d'inclusion (NDLR : ce qui constitute d'emblée une limite à cette étude).
 
Les doses quotidiennes d'EPA allaient de 226 à 1800 mg/jour, et de 0 à 1700 mg/jour pour le DHA.
 
Pas de différence significative sur le risque cardiovasculaire
Dans l'ensemble, les participants étaient âgés de 64 ans en moyenne et ont été suivis pendant 4,4 ans.
 
Pendant le suivi, 2 695 personnes (3,5 %) sont mortes d'une maladie cardiaque, 2 276 (2,9%) ont subi une crise cardiaque non mortelle, 1 713 (2,2%) ont eu un AVC et 6 603 (8,5%) ont subi une intervention pour artères obstruées.
 
Malgré une petite baisse non significative constatée dans les groupes "Oméga-3" du risque d'évènements cardiovasculaires (- 3 % : passage de 10 % à 7 %) et du risque de mortalité toute cause confondue, les résultats sont restés statistiquement comparables avec ou sans supplémentation en oméga-3, que ce soit avec la prise d'EPA seul ou combiné avec le DHA.
 
Deux études publiées en 2017 ont trouvé une réduction cette fois-ci significative du risque d'événements cardiovasculaires majeurs…
La supplémentation en oméga-3 apporte donc ici une diminution non significative du risque d'évènements cardiovasculaires de seulement 3 %. Il est donc impossible de savoir si cette baisse est due à l'intervention (supplémentation en oméga-3) ou au hasard…
 
Notons les résultats d'une méta-analyse de la Clinique Mayo 2 publiée en 2017, associant EPA et DHA avec une réduction non statistiquement significative de 6 %, ainsi que ceux d'une méta-analyse publiée en 2017 dans le Journal of Clinical Lipidology 3, qui a constaté une réduction significative de 8 % du risque avec une supplémentation en oméga-3.
 
Devant ces résultats contradictoires, il est difficile de conclure… D'où l'importance des vastes essais en cours
Même si la supplémentation en Oméga-3 semble associée, dans la méta-analyse objet de cet article et dans les deux étgudes publiées en 2017, à un risque légèrement moindre de décès par maladie cardiaque, les différences sont trop faibles pour exclure la possibilité qu'il soit dû au hasard.
 
De plus, le manque de données sur la consommation de tabac et les antécédents de cancer ont limité les résultats de cette méta-analyse.
 
Cependant quatre grands essais en cours (VITAL, ASCEND, FORCE et REDUCE-IT), dont les résultats devraient être publiés l'année prochaine, devraient permettre de doubler le nombre de sujets pouvant être inclus en méta-analyse et renforcer les données sur le possible intérêt, ou non, d'une supplémentation régulière en Oméga-3 dans la prévention secondaire des maladies cardiovasculaires.
 
Pas d'impact sur les recommandations officielles, donc pas d'interruption du traitement
En conclusion, les auteurs soulignent l'absence d'association non statistiquement significative mais insistent sur le manque de données disponibles à l'heure actuelle pour changer les recommandations.

Même s'il n'existe pas encore de preuves robustes sur la supplémentation en oméga-3 dans la prévention des maladies cardiovasculaires, il est possible de considérer que cette supplémentation reste un choix raisonnable (possible intérêt pour la mémoire, la cognition, peu coûteux et sans effets secondaires graves pour les patients).

Il n'est donc a priori pas nécessaire d'interrompre une supplémentation au vu de cette seule étude, mais de la combiner avec une alimentation équilibrée, une activité physique régulière et un arrêt du tabac.
 
Les avantages d'une consommation régulière de poissons et de fruits de mer sont quant à eux bien documentés, cette consommation doit donc toujours être encouragée.
 
En savoir plus :
  1. Aung T, et al. Associations of Oméga-3 Fatty Acid Supplement Use With Cardiovascular Disease RisksMeta-analysis of 10 Trials Involving 77?917 Individuals. JAMA Cardiol. Published online January 31, 2018.
  1. Alexander, Dominik D. et al.A Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials and Prospective Cohort Studies of Eicosapentaenoic and Docosahexaenoic Long-Chain Oméga-3 Fatty Acids and Coronary Heart Disease Risk. Mayo Clinic Proceedings, Volume 92, Issue 1, 15 - 29., janvier 2017
  1. Maki, Kevin C. et al.Use of supplemental long-chain Oméga-3 fatty acids and risk for cardiac death: An updated meta-analysis and review of research gaps. Journal of Clinical Lipidology, Volume 11, Issue 5, 1152 - 1160.e2, septembre 2017

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VIDAL Reco “Risque cardiovasculaire : prevention"

Commentaires (1)

Le 21/03/2018 à 19:38
avatar Flo
Flo Médecin - Médecine générale
Une petite réflexion concernant les effets secondaires graves considérés comme absents.
L'OMS émet des restrictions quant à la consommation de poissons gras pour les femmes enceintes et les enfants du fait de leur contamination par le methylmercure (https://www.anses.fr/...). Les compléments alimentaires sont, sauf erreur de ma part, faits à base de gras de poisson. Sont-ils contaminés? Les quantités sont-elles négligeables?

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Le 29/03/2018 à 19:54
avatar Modérateur
Modérateur
Bonsoir Flo,

Il est en effet possible qu'il y ait des traces de mercure sur les compléments élaborés à partir de poissons gras, mais je n'ai pas trouvé d’information sur les taux et les éventuels risques associés. En tout cas les études sont menées avec des compléments standards, et des risques spécifiques du mercure (neurotoxicité par exemple) ne ressortent pas...

Bien à vous

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