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Cancer : évaluation de l'impact du recours aux thérapies complémentaires en sus du traitement classique

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Lors de cancers, le recours exclusif aux thérapies dites "complémentaires" (ou "alternatives", "douces", "parallèles") est lié à une diminution du taux de survie à 5 ans.

Mais qu’en est-il du recours à ces thérapies chez des patients qui ont accepté une modalité de traitement conventionnelle (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie ou hormonothérapie) ?
 
Pour répondre à cette question, une équipe de la Yale School of Medicine a comparé la survie à 5 ans de patients traités uniquement par un traitement conventionnel à celle de patients recevant un traitement conventionnel et ayant également recours aux thérapies complémentaires.
 
Cette étude, publiée dans JAMA Oncology 
1 montre une moindre survie à 5 ans des patients ayant recours aux "thérapies complémentaires", essentiellement chez les patientes atteintes de cancer du sein, marginalement chez les patients atteints de cancer colorectal.

Cette réduction de la survie à 5 ans est directement liée au délai ou refus de l’ajout d’une deuxième modalité thérapeutique conventionnelle (la première modalité étant la chirurgie pour la grande majorité des patients).
 
Cette étude met en lumière le fait que le recours aux médecines alternatives, même chez des patients ayant accepté une modalité conventionnelle, signale une réticence aux traitements conventionnels qui peut se traduire en perte de chance thérapeutique et en décès prématuré.

Les professionnels de santé devraient donc systématiquement aborder frontalement le sujet des médecines alternatives avec leurs patients afin d'anticiper d'éventuelles réticences et de tenter de les apaiser.

Le recours aux thérapies complémentaires en cas de cancer nécessite une vigilance des soignants (illustration).


Les "thérapies complémentaires", fréquemment utilisés par les personnes atteintes de cancer
Selon 5 études effectuées entre 2000 et 2008 et mentionnées par les auteurs de l'étude faisant l'objet de cet article 1, 48 à 88 % des patients atteints de cancer ont recours aux médecines dites "complémentaires" (ou "douces", "parallèles", "alternatives") au cours de leur maladie.

 
Pour mémoire, l'Académie de médecine recommande d'utiliser le terme "thérapies complémentaires" et non "médecine douce ou autre", car ces approches ont souvent un rapport éloigné avec la médecine au sens occidental, qui est basée sur des organes et des preuves scientifiques (voir notre article sur cette recommandation de l'Académie).

Pour deux tiers d'entre eux, ces pratiques sont perçues comme pouvant prolonger la survie, et un tiers espèrent qu'elles pourront les guérir (Richardson MA,et al., J Clin Oncol. 2000 2).

Si certaines "thérapies complémentaires" ont montré un bénéfice en terme de qualité de vie chez ces patients (acupuncture, yoga, massages, méditation par exemple), la plupart (phytothérapie, suppléments nutritionnels, homéopathie, naturopathie, régimes alimentaires spécifiques, médecine traditionnelle chinoise, etc.) n'ont pas montré d'effets positifs dans la prise en charge du cancer.
 
Le recours exclusif aux médecines alternatives diminue la survie à 5 ans après un cancer
Une étude d'une équipe de la Yale School of Medicine, publiée début 2018 dans le Journal of the National Cancer Institute
 3, a montré que le recours exclusif à ces thérapies complémentaires dans le contexte du cancer diminue significativement l'espérance de vie à 5 ans (risque de décès multiplié par 2,5, IC9 5% de 1,88 à 3,27) (voir notre article sur la pré-publication en août 2017 de cette étude).

Mais qu'en est-il de leur usage en complément des traitements anticancéreux conventionnels ?
 
Une étude chez des patients recevant à la fois traitements conventionnels et alternatifs
La même équipe de la Yale School of Medicine vient d'apporter un début de réponse à cette question dans une étude publiée dans JAMA Oncology 1.

Elle s'est intéressé à l'espérance de vie chez des personnes atteintes de cancer (à l'exclusion des cancers de stade IV au diagnostic) qui recevaient au moins un traitement conventionnel (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie ou hormonothérapie) et avaient également recours aux thérapies complémentaires.

Pour cela, cette équipe a comparé les données médicales de 258 personnes (cancers du sein, du poumon, de la prostate et colorectal) recevant à la fois au moins un traitement conventionnel et signalant l'usage de thérapies complémentaires aux données de 1 032 patients contrôles appariés choisis parmi 1,9 million de patients à travers les États-Unis (données saisies dans la National Cancer Database) et n'ayant pas recours à des thérapies complémentaires.
 
Les patients adeptes des thérapies complémentaires sont plutôt des femmes
Les données démographiques des 258 patients identifiés sont similaires à celles d'autres études sur le sujet.

Dans le contexte du cancer, les personnes les plus enclines à avoir recours aux thérapies complémentaires sont des femmes (80 % des deux groupes de l'étude), jeunes, bénéficiant d'un statut socio-économique et éducatif élevé, et atteintes de cancer du sein ou colorectal.

Dans l'étude du JAMA Oncology, elles ne présentaient pas de comorbidités et leur maladie avait été le plus souvent diagnostiquée au stade III.
 
Une probabilité plus élevée d'avoir refusé un deuxième traitement conventionnel
Première constatation de l'équipe de Yale, le recours aux thérapies complémentaires ne semble pas être associé à un retard dans la mise en place d'un traitement conventionnel.

Deuxième constatation, les patients qui avaient signalé l'usage de thérapies complémentaires étaient plus enclins à avoir refusé un deuxième traitement conventionnel : p < 0,001 quel que soit le type de traitement proposé, la plus grande différence portant sur la radiothérapie, 53,0 % vs 2,3 %, et la plus faible concernant la chirurgie, 7,0 % vs 0,1 %.

De fait, le refus d'un deuxième traitement conventionnel portait essentiellement sur la radiothérapie, la chimiothérapie et l'hormonothérapie.
 
Une survie à 5 ans réduite dans le groupe ayant recours aux traitements alternatifs
Dans l'étude du JAMA Oncology 1, la survie à 5 ans était de 82,2 % dans le groupe Conventionnel + Alternatif vs 86,6 % dans le groupe Conventionnel (p = 0,001).

L'analyse par type de cancer montre que cette différence se retrouve pour le cancer du sein, marginalement pour le cancer colorectal, mais pas pour le cancer de la prostate ni pour celui des poumons.

Le risque de décès au cours des 5 années de suivi était deux fois plus important pour le groupe Conventionnel + Alternatif (HR 2,05, IC95% de 1,50 à 2,90).

Courbe de Kaplan-Meyer de la survie globale des patients ayant ou non recours aux médecines complémentaires en plus d'une modalité thérapeutique conventionnelle
(abcisse : délai depuis le diagnostic (mois), ordonnée : Pourcentage de patients en vie)

Des effets dus au délai ou au refus d'un traitement conventionnel additionnel
L'ajustement des données pour le délai ou le refus d'un deuxième traitement conventionnel annule les effets observés, ce qui indique clairement que la réduction de la survie à 5 ans est due au délai ou à l'absence de mise en place de cette deuxième modalité de traitement conventionnel (et non à un effet délétère des traitements alternatifs eux-mêmes).
 
Une étude qui soulève deux questions intéressantes
L'étude publiée dans le JAMA Oncology soulève deux questions :
  • Pourquoi la plupart des personnes ayant recours à un traitement alternatif ont-elles été diagnostiquées au stade III (le stade IV était écarté d'emblée) ? Retard au diagnostic du fait d'un usage palliatif de traitements alternatifs ou de méfiance envers la médecine conventionnelle ? Plus grand intérêt pour les traitements alternatifs du fait de la gravité de la maladie au diagnostic ? La réponse à cette question pourrait avoir influencé la décision de certains patients de refuser (ou retarder) un deuxième traitement conventionnel.
  • Quelles sont les raisons qui ont poussé les patients de cette étude à accepter un premier traitement conventionnel et à en refuser un deuxième ? Nous sommes là en présence de patients qui ne sont pas totalement réfractaires à la médecine conventionnelle. Le faible taux de refus d'une intervention chirurgicale (7,0 %) indique une réticence aux traitements médicamenteux (chimio et hormonothérapie, respectivement refusées par 34,1 et 33,7 % des patients), de mauvaise réputation en termes d'effets indésirables, mais surtout une réticence à la radiothérapie (53,0 % de refus), pourtant moins marquée négativement.
 
Une étude qui appelle à la vigilance des oncologues et des médecins traitants
L'étude de l'équipe de Yale rappelle aux professionnels de santé qui côtoient des personnes atteintes de cancer que le recours aux traitements alternatifs doit être synonyme de vigilance en termes d'acceptance et d'observance des traitements conventionnels.

Ce recours peut, même chez des patients qui ont accepté une modalité conventionnelle de traitement, être le signe d'une réticence qui peut donc négativement impacter l'observance (des chimiothérapies par voie orale ou de l'hormonothérapie par exemple).

Le dialogue devrait être renforcé, lorsqu'il y a lieu, pour identifier la source de ces réticences, qu'elles relèvent d'une mauvaise information ou de croyances erronées. Mais également pour corriger des représentations négatives issues de l'expérience du patient ou de ses proches.

Les auteurs en concluent logiquement que ce dialogue est indispensable pour prévenir les pertes de chances thérapeutiques que cette étude met en lumière.
 
 
En savoir plus
  1. L'étude du JAMA Oncology sur les effets d'un recours aux traitements alternatifs chez des patients recevant un traitement conventionnel, Johnson SB, Park HS, Gross CP, Yu JB. « Complementary Medicine, Refusal of Conventional Cancer Therapy, and Survival Among Patients With Curable Cancers. » JAMA Oncol. 2018 Oct 1;4(10):1375-1381.
  2. Richardson MA et al. Complementary/alternative medicine use in a comprehensive cancer center and the implications for oncology. J Clin Oncol. 2000;18 (13):2505-2514.
  3. L'étude portant sur les patients atteints de cancer qui ont exclusivement recours aux traitements alternatifs, Johnson SB, Park HS, Gross CP, Yu JB. Use of Alternative Medicine for Cancer and Its Impact on Survival. J Natl Cancer Inst. 2018 Jan 1;110(1)

Commentaires (3)

Le 23/11/2018 à 10:02
avatar ddmf17
ddmf17 Vétérinaire
La différenciation entre traitement complémentaire et de substitution semble faite mais ce n'est pas certain. Les thérapeutiques dites alternatives ne peuvent être bénéfiques qu'en complément des thérapeutiques classiques, jamais en s'y substituant. Même l'effet placebo n'est pas négligeable et il ne présente aucun risque d'aucune sorte s'il est utilisé en complémentarité et non en substitution. En médecine aussi, les intégristes sont dangereux.

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Le 23/11/2018 à 09:49
avatar lucmariepierre
lucmariepierre Profession non médicale / Autre
Pourtant les compléments sont à privilégier en milieux carcéraux plutôt que la radiothérapie
Je pense car eux ne votent pas

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Le 23/11/2018 à 09:34
avatar JD974
JD974 Médecin - Chirurgie générale, viscérale et digestive
Bonjour,

Trois raisons de vous écrire : 1- Dans les années 70, le Pr Simon SCHRAUB devenu chef du centre anticancéreux de STRASBOURG (Centre Paul Strauss) avait réalisé une enquête sur les thérapies complémentaires utilisées par les patients qui avaient eu des traitements dans son centre. De mémoire 100 % de ces patients avaient acheté en Suisse de tels médicaments. 80 % de ces patients, parlant de leur affection, attribuaient leur bon état à ces traitements suisses sans mentionner leur traitement médical classique. 2- Je lis votre étude sur la testostérone. 3-Je vois que vous êtes vétérinaire. Or les vétérinaires, dès 1929, mentionnent que le cancer de la prostate du chien est rarissime sans en donner l'explication. Le vétérinaire DENUZIERES, en retraite à St-Pierre, m'a expliqué que, lors des perceptions olfactives des chiennes en chaleur, les chiens mâles du voisinage avaient un énorme pic de testostérone. Et, de ce fait, une aromatisation en 17 bét

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