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Fièvre et/ou douleur : risques de complications infectieuses graves associées à la prise d’AINS

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Suite aux signalements de complications infectieuses graves survenues avec des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) utilisés en traitement de la fièvre et/ou de la douleur, une enquête nationale de pharmacovigilance à été menée afin d'évaluer le rôle des deux AINS les plus utilisés dans ces indications : l'ibuprofène et le kétoprofène.

Selon les conclusions de cette enquête, confiée par l'Agence du médicament (ANSM) aux centres de pharmacovigilance (CPV) de Tours et de Marseille, ces AINS joueraient un rôle aggravant en cas d'infection.

Les experts considèrent que les données actuelles, conjuguées à celles de cette enquête (résumées dans l'article ci-dessous), apportent un niveau de preuve suffisant pour prendre des mesures de réduction du risque (lister l'ibuprofène et le kétoprofène, contre-indiquer leur utilisation dans les situations à risque grave et informer les médecins, pharmaciens, patients, parents sur ces situations).

A ce titre, l'ANSM met en garde les professionnels de santé, les patients et les parents sur ces risques de complications infectieuses graves, aux conséquences potentiellement sérieuses pour la santé des patients (hospitalisation, séquelles, voir décès).
Elle rappelle la conduite à privilégier en cas d'infection courante (angine, rhinopharyngite, otite, toux, etc.) et les règles de bon usage des AINS en cas de douleur et/ou de fièvre.

L'utilisation du paracétamol doit être privilégiée en cas de douleur et/ou de fièvre, notamment dans un contexte d'infection courante, en particulier en automédication (illustration).


Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) utilisés dans la prise en charge de la douleur et/ou de la fièvre (Cf. Encadré 1) font l'objet de signalements de pharmacovigilance portant sur des complications infectieuses graves.
 
Encadré 1 - AINS ayant une indication antalgique et/ou antipyrétique
(hors indication rhumatologique)

A ce titre, l'Agence du médicament (ANSM) a confié en juin 2018, aux Centres régionaux de pharmacovigilance de Tours et de Marseille, la réalisation d'une enquête nationale visant à investiguer le risque de complications infectieuses graves associé à la prise des deux AINS les plus utilisés dans le traitement de la fièvre et/ou de la douleur, l'ibuprofène et le kétoprofène.

Dans un point d'information en date du 18 avril 2019, l'ANSM rend compte des résultats de cette enquête dont l'objectif était de "déterminer si ces complications infectieuses étaient favorisées par la prise d'AINS ou si elles traduisaient l'évolution de la pathologie infectieuse".

Quelles complications infectieuses graves ?
Depuis l'année 2000, le nombre de cas rapportés de complications infectieuses les plus graves survenues chez des enfants ou des adultes (souvent jeunes) sans facteur de risque, ni comorbidités, a été de 337 avec l'ibuprofène et de 49 avec le kétoprofène.

Essentiellement à streptocoques ou à pneumocoques, ces infections étaient :
  • des infections sévères de la peau et des tissus mous (dermohypodermites, fasciites nécrosantes, etc.) : 158 cas (131 ibuprofène, 27 kétoprofène), pour moitié des adultes jeunes (âge médian 46 ans) et des enfants (34 % de nourrissons) après une courte durée de traitement (3 jours),
  • des sepsis : 44 cas (38 ibuprofène, 6 kétoprofène), pour moitié des adultes jeunes (âge médian 39 ans pour le kétoprofène, 53 ans pour l'ibuprofène) et des enfants (36 % de nourrissons), après une courte durée de traitement (médiane 2 jours),
  • des infections pleuro-pulmonaires (pneumonies compliquées d'abcès, de pleurésie) : 124 cas (113 ibuprofène, 11 kétoprofène) pour la moitié chez des adultes jeunes sans facteurs de risque (âge médian 37 ans) ou des enfants (30 % de nourrissons), après une courte durée de traitement (ibuprofène : 4 jours, kétoprofène : 2 jours),
  • des infections ORL compliquées (mastoïdites, ethmoïdites, cellulites, médiastinites, etc.) : 35 cas (34 ibuprofène, 1 kétoprofène), dont 2/3 d'enfants souvent jeunes (30 % des nourrissons) et 1/3 d'adultes jeunes (âge médian 31 ans), après une courte durée de traitement (médiane 3 jours),
  • des infections neurologiques (empyèmes, méningites, méningo-encéphalites bactériennes, abcès cérébraux, etc.) : 27 cas (23 ibuprofène, 4 kétoprofène), la moitié des enfants (souvent > 2 ans), après une durée médiane de traitement de 5 jours.

Ces infections graves ont été à l'origine d'hospitalisations, de séquelles, voire de décès.

Dans quelles circonstances ?
Selon les données recueillies, ces complications infectieuses graves sont survenues pour des durées de traitement très courtes, de l'ordre de 2 à 3 jours, "y compris lorsque l'AINS était associé à une antibiothérapie". 

L'ibuprofène ou le kétoprofène était prescrit, ou pris en automédication, en raison d'une fièvre, mais aussi dans de nombreuses autres circonstances comme :
  • des atteintes cutanées bénignes d'aspect inflammatoire : réaction locale, piqûre d'insecte, etc.
  • des signes respiratoires : toux, infection pulmonaire, etc.
  • des manifestations ORL : dysphagie, angine, otite, etc.

L'enquête a révélé par ailleurs que la prescription d'AINS persiste en cas de varicelle (Cf. VIDAL Reco "Varicelle"). L'ANSM rappelle que les AINS peuvent être à l'origine de complications cutanées bactériennes graves, telles des fasciites nécrosantes, lorsqu'ils sont utilisés au cours de la varicelle. Leur utilisation doit donc être évitée dans ce cas.

Mises en garde de l'ANSM

Dans ce contexte, l'ANSM souhaite rappeler aux professionnels de santé, aux patients et aux parents la conduite à tenir en cas de douleur et ou de fièvre, ainsi que les règles de bon usage des AINS dans ces situations :
  • Privilégier l'utilisation du paracétamol en cas de douleur et/ou de fièvre, notamment dans un contexte d'infection courante comme une angine, une rhinopharyngite, une otite, une toux, une infection pulmonaire, une lésion cutanée ou la varicelle, en particulier en automédication.
  • Prescrire et utiliser les AINS à la dose minimale efficace, pendant la durée la plus courte.
  • Arrêter le traitement dès la disparition des symptômes.
  • Eviter les AINS en cas de varicelle.
  • Ne pas prolonger le traitement au-delà de 3 jours en cas de fièvre.
  • Ne pas prolonger le traitement au-delà de 5 jours en cas de douleur.
  • Ne pas prendre deux médicaments AINS en même temps.

Recommandations du Comité technique de pharmacovigilance
S'agissant de pathologies graves, parfois compliquées de décès, le Comité technique de pharmacovigilance recommande, en conclusion de son rapport d'expertise :
  • de lister l'ibuprofène et le kétoprofène,
  • de contre-indiquer leur utilisation dans les situations à risque d'infection invasive de la peau et des tissus mous à S. pyogènes comme la varicelle, les lésions cutanées inflammatoires, les situations à risque de pneumonie aiguë communautaire (à savoir toute manifestation respiratoire fébrile ou non),
  • d'informer les médecins, les pharmaciens, les patients et les parents sur les circonstances à risque élevé qui doivent conduire à ne pas prendre, prescrire ou donner de l'ibuprofène.

L'ANSM précise que ces signaux ont été communiqués à l'Agence européenne du médicament (EMA) afin qu'une analyse collective soit engagée.

Pour aller plus loin
Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et complications infectieuses graves - Point d'Information (ANSM, 18 avril 2019)
Infections bactériennes graves (de la peau et des tissus mous, pleuro-pulmonaires, neurologiques et ORL) rapportées avec l'ibuprofène ou le kétoprofènedans le traitement symptomatique de la fièvre ou de douleur non rhumatologique - Rapport CRPV Tours- Marseille (18 avril 2019)
Fièvre et douleur chez l'enfant atteint de varicelle : l'utilisation d'anti-inflammatoires non stéroïdiens n'est pas recommandée - Point d'information (ANSM, 15 juillet 2014)
Rappel des règles de bon usage des AINS (ANSM, 21 août 2013)
Prise en charge de la fièvre chez l'enfant (HAS)
Rappel : Jamais d'AINS à partir du début du 6ème mois de grossesse - Point d'information (ANSM, 26 janvier 2017)
 "Je prends des médicaments antidouleurs à bon escient" (OFMA, 2018)

Sur VIDAL.fr
Première analyse sur 10 ans de l'évolution de l'utilisation des antalgiques en France (15 mars 2018)

Commentaires (3)

Le 19/04/2019 à 20:43
avatar Benoitg
Benoitg Médecin - Médecine interne
La vente libre de l'ibuprofene a été, dês le départ un pur scandale..
Les comprimés dosés à 400mg etaient au tableau C
Et les comprimés doses à 2oomg beaucoup moins dangereux, puique en vente libre...
Grossesse.Insuffisance renale, diuretiques associés...attention! Pensez vous que le medecin traitant, s'il existe, connait les medicaments "grand public" achetes par le patient ?
Azit-on si les effets secondaired dzns lr cas present sont dose-dependants?
Merci
Dr G Benoit medecine interne (retraité)

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Le 19/04/2019 à 12:05
avatar Carriere09
Carriere09 Médecin - Chirurgie générale, viscérale et digestive
Je partage les mises en garde du confrère.c’est une des raisons pour les quelles je reste très réservé sur le fait que tous ces AINS soient délivrés sans ordonnance et qu’une publicité déjantée soit faite sur nombre de médias.

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Le 19/04/2019 à 10:50
avatar docwilk67
docwilk67 Médecin - Chirurgie générale, viscérale et digestive
Cela fait des années que les "douleurs dentaires", qui sont à peu près toujours liées à une infection bactérienne de l'apex dentaire, sont traitées par l'ibuprofène (et les molécules de la même famille) SANS antibiothérapies ce qui favorise la propagation de l'infection et la fistulisation vers les parties molles. La recrudescence des cellulites dentaires est frappante dans les services de stomatologie, et votre conseil d'utiliser plutôt le paracétamol est judicieux. L’automédication favorisée par une publicité lancinante pour l'ibuprofène, très efficace il est vrai sur ces douleurs dentaires, en est la cause principale! Il ne faudrait jamais oublier qu'à part la douleur instantanée à la morsure d'un aliment sucré qui témoigne d'une simple carie, les douleurs dentaires prolongées sont des infections!

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