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Vaccination universelle contre les HPV : la HAS lance une consultation publique

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Jusqu’au 27 novembre 2019, la Haute autorité de santé (HAS) soumet à consultation publique un projet de recommandation en faveur d’une vaccination contre les Human Papillomavirus (HPV) élargie à tous les garçons de 11 à 14 ans.

Cette vaccination universelle de tous les adolescents pourrait permettre d’augmenter le taux global de couverture vaccinale (faible en France avec seulement 24 % de la cible féminine) et ferait disparaître l’obstacle, pour les jeunes garçons, de devoir se prononcer sur leur orientation sexuelle pour pouvoir éventuellement bénéficier de cette vaccination (au titre de l’indication relative à l’homo- et bisexualité).

Mais la HAS insiste sur le fait que la vaccination universelle "n’aura de sens que si les pouvoirs publics mettent en œuvre une politique vaccinale plus engagée visant à une proposition vaccinale systématique de la part des professionnels de santé et à restaurer de la confiance vis-à-vis de cette vaccination auprès du public et des professionnels de santé".

Vaccination de tous les garçons contre les HPV : la HAS lance une consultation publique


Depuis 2008, une vaccination recommandée pour toutes les jeunes filles
La vaccination contre les papillomavirus humains (HPV) est destinée à prévenir l'apparition de cancers du col de l'utérus, de la vulve et du vagin, mais aussi de certains cancers de la sphère ORL (oropharynx).
Elle est recommandée pour toutes les jeunes filles entre 11 et 14 ans, afin de leur assurer une protection avant le début de leur vie sexuelle. Dans le cadre d'un rattrapage, cette vaccination peut être également proposée aux jeunes filles jusqu'à 19 ans révolus.
 

Depuis 2017, la vaccination des jeunes hommes homo- ou bisexuels
Depuis 2017, la vaccination contre les HPV est également recommandée pour les jeunes hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH).
Cette recommandation repose sur la volonté de faire baisser la circulation des virus HPV impliqués dans les lésions anales précancéreuses et cancéreuses.
Elle doit également permettre de prévenir les verrues génitales. Dans ce cas, la vaccination est recommandée jusqu'à l'âge de 26 ans révolus.
 

La question de la vaccination des jeunes hommes hétérosexuels
La vaccination des jeunes hommes hétérosexuels (ou ne s'identifiant pas comme HSH) est en question depuis plusieurs années.
En effet, 25 % des cancers liés au HPV surviennent chez les hommes, y compris ceux ne s'identifiant comme HSH, en particulier les cancers de la sphère ORL.
De plus, une vaccination contre les HPV élargie à tous les hommes, quelle que soit leur orientation sexuelle, bénéficierait non seulement à leur santé, en les protégeant directement, mais améliorerait aussi la protection des jeunes filles et femmes non vaccinées.
Cette hypothèse de la protection indirecte semble être confirmée par l'expérience des pays qui ont obtenu une couverture vaccinale élevée chez les jeunes filles et qui constatent aujourd'hui les bénéfices de la vaccination chez les garçons indirectement protégés.


En France, une couverture vaccinale largement insuffisante
Plus de 10 ans après les premières recommandations de vaccination contre les HPV, seulement 24 % des jeunes filles âgées de 16 ans se sont faites vacciner selon un schéma complet, un pourcentage bien en dessous de l'objectif de 60 % fixé à l'horizon 2019 dans le cadre du Plan Cancer.
Selon la HAS, les professionnels de santé ont du mal à faire accepter ce vaccin, tant du fait de la méfiance antivaccinale qui sévit actuellement, que de la difficulté à expliquer cette vaccination à des adolescents qui n'ont pas encore commencé leur vie sexuelle.
De plus, pour les garçons, l'indication restreinte aux HSH oblige à évoquer le sujet de l'homosexualité avec des adolescents qui n'ont pas forcément identifié leur orientation sexuelle.

 
La vaccination restreinte, un problème éthique d'égalité d'accès à la prévention
Selon la HAS, la vaccination contre les HPV ciblant les filles et les HSH pose des questions d'égalité d'accès à la vaccination vis-à-vis des autres hommes. Ces derniers peuvent être infectés par les HPV, il apparaÏt donc juste de leur proposer le vaccin.
De plus, parce que la santé des femmes concerne également les hommes, l'élargissement de la vaccination à tous les jeunes garçons responsabiliserait l'ensemble des adolescents face à la santé sexuelle (y compris au-delà des HPV).
 

Une attitude favorable à l'extension de la vaccination à tous les jeunes gens
A l'instar de la quinzaine de pays européens qui ont déjà mis en place une vaccination universelle contre les HPV (ainsi que les États-Unis, l'Australie et le Canada), la HAS considère que la vaccination de tous les adolescents, avant le début de leur activité sexuelle et sans distinction des préférences sexuelles, favoriserait la couverture vaccinale et la prévention des maladies induites par les HPV.
En cela, elle rejoint les conclusions de l'Académie de médecine qui, le 18 septembre 2019, a publié un rapport qui parvient aux mêmes conclusions. L'Académie insiste sur le fait qu'une vaccination universelle supprimerait la nécessité pour les jeunes patients masculins d'avoir à définir leur orientation sexuelle entre 11 et 14 ans : "Vacciner tous les garçons représenterait de plus une "non-stigmatisation" du comportement sexuel puisqu'ainsi tous les futurs HSH seraient protégés avant même le début de leur activité sexuelle".

 
Une consultation de toutes les parties prenantes
La HAS a décidé de soumettre à consultation publique un projet de recommandation en faveur d'une vaccination élargie à tous les garçons de 11 à 14 ans. Cette consultation se poursuivra jusqu'au 27 novembre 2019.
Elle permettra de recueillir l'avis de tous les acteurs concernés par la politique vaccinale : associations de patients et d'usagers du système de santé, collèges nationaux professionnels, sociétés savantes, institutions publiques, industriels, etc.
Toutes les contributions seront ensuite analysées et discutées par les membres de la Commission technique des vaccinations (CTV) qui en tiendront compte pour établir la version finale de la recommandation de la HAS.
 

Un impact conditionné à une politique vaccinale plus engagée
Dans son communiqué de presse sur cette consultation, la HAS estime que l'élargissement de la vaccination contre les HPV aux garçons est une condition nécessaire? mais pas suffisante pour atteindre l'objectif de protection de la population, estimant que la couverture vaccinale des garçons resterait au mieux similaire à celle des filles sans autre mesure.
Pour la HAS, "cette extension de la vaccination n'aura de sens que si les pouvoirs publics mettent en œuvre une politique vaccinale plus engagée visant à une proposition vaccinale systématique de la part des professionnels de santé et à restaurer de la confiance vis-à-vis de cette vaccination auprès du public et des professionnels de santé, tout en poursuivant les efforts sur le dépistage du cancer du col de l'utérus".
Une conclusion partagée par l'Académie de médecine qui souhaite, de son côté, "la mise en place d'une véritable campagne d'information en milieu scolaire sur ces infections et leur prévention par l'intermédiaire des Comités d'éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC)".

 
Pour aller plus loin 
Le communiqué de presse de la HAS sur la consultation publique relative à la recommandation de vaccination universelle contre les HPV, 30 octobre 2019

Le calendrier des vaccinations et recommandations vaccinales 2019 (HPV, pages 24-25), mars 2019

Drolet M, Bénard E, Pérez N et al. « Population level impact and herd effects following the introduction of human papillomavirus vaccination programmes: updated systematic review and meta analysis. » Lancet. 2019 Aug 10;394(10197):497-509.

Le rapport de l'Académie de médecine sur la vaccination contre les HPV, 18 septembre 2019

Commentaires (2)

Le 11/11/2019 à 10:26
avatar lac73
lac73 Médecin - Pédiatrie
complément: les pédiatres demandaient à vacciner pour la visite de 11 ans et demi époque des rappels plutôt qu'à 14 ans où la plupart des jeunes filles étaient censées consulter un gynéco.. encore une réduction de l'importance de la pédiatrie, car lorsqu'une maman vient d'accoucher,dans la minute qui suit elle n'a d'attention que pour son bébé (logique, non?) et le malaise naît entre l'accoucheur et le médecin de l'enfant.. sans compter que d', introduire la vaccination dans une maternité.. ça change vraiment doucement. Dommage

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Le 11/11/2019 à 10:18
avatar lac73
lac73 Médecin - Pédiatrie
pays de vaccin, on prend du retard.. et ceci "grâce" à la pénurie de médecins organisée et voulue par l'administration, et "grâce^à la disparition des pédiatres organisée et activement favorisée par les Syndicats de généralistes un peu jaloux. On a le résultat actuel.. et il y a plus de 12 à 15 ans que vacciner les garçons est une évidence.. Le développement du SIDA était un modèle, mais les raisonnements sont un peu, limités.. Dommages, nous pédiatres connaissions notre boulot, et rien n'a comblé le vide laissé..: la confiance se mérite, et nous l'avions réussissant à stopper la Tuberculose, la coqueluche, rubéole, oreillons, rougeole, .. etc et même les mères d'enfants qui n'avaient pas accès au pédiatres demandaient à leur généraliste. Cela remonte aux années 1975. Un pédiatre retraité qui continue à s'informer sur les problèmes de santé publique dans lequel les vaccinations occupent uns place de choix, la première dans la prévention.

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