Coronavirus 2019-nCoV : le point sur la situation en France et dans le monde

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Un nouveau coronavirus (2019-nCoV) proche du virus du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et du virus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) a été découvert début janvier dans la ville de Wuhan en Chine. À ce jour, près de 6 000 cas ont été signalés en Chine, un peu moins d’une centaine dans le reste du monde. La réaction rapide des autorités de santé chinoises, ainsi que leur transparence, ont permis aux autres pays de déployer des plans stratégiques préparés depuis la crise du SRAS.

Les symptômes de cette nouvelle infection à coronavirus sont similaires à ceux de la grippe saisonnière, du SRAS ou du MERS. La transmission et la durée d’incubation semblent également similaires à celles des autres coronavirus. Le coronavirus 2019-nCoV semble un peu plus contagieux que le virus de la grippe saisonnière et son infection un peu plus sévère pour les personnes fragilisées.

Les personnes de retour de Chine qui développeraient des signes d’infection respiratoire aiguë dans les 2 semaines suivant leur retour sont invitées à appeler le 15, à ne pas se déplacer et à porter un masque chirurgical. Les autorités de santé françaises ont mis en ligne des ressources sur ce nouveau coronavirus destinées aux professionnels de santé et au grand public.

 

Une épidémie due à un nouveau coronavirus (2019-nCoV) a débutée début janvier dans la ville de Wuhan en Chine (illustration).


Un nouveau coronavirus, très proche de ceux des chauve-souris
Un nouveau coronavirus (nommé 2019-nCoV), proche du virus du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et du virus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), a été découvert dans la ville de Wuhan, province de Hubei en Chine. Une étude publiée en ligne, portant sur 7 patients, a montré que le génome de 2019-nCoV possède un taux de similitude de 96,2 % avec le génome du coronavirus BatCoV RaTG13, présent chez les chauve-souris (Peng Zhou, Xing-Lou Yang et al., 2020). La situation est donc assez proche de celle vécue avec le SRAS en 2003 (probablement transmis par des civettes) et le MERS en 2010 (probablement transmis par des dromadaires).

Un point de départ de l'épidémie clairement identifié
Le 31 décembre 2019, les autorités chinoises ont signalé un épisode de cas groupés de pneumonie ayant tous un lien avec un marché d'animaux vivants dans la ville de Wuhan, le Huanan South China Seafood Market. Parmi les 41 premiers cas détectés à Wuhan, la plupart travaillaient ou avaient fréquemment visité ce marché où des animaux vivants sont vendus. Le marché a été fermé et désinfecté le 1er janvier, ce qui a rendu plus difficile, voire impossible, l'identification de la source de l'infection.

Grâce au dispositif de vigilance mis en place en Chine à la suite de l'épidémie de SRAS (8 464 cas probables et 799 décès), le 2019-nCoV a été identifié dès le 9 janvier 2020 comme étant la cause de cet épisode. Au moment de la publication de cet article, plus de 6 000 cas ont été signalés dans le monde, dont 5 974 en Chine, avec un nombre total de 132 décès.

À ce jour (29 janvier 2020 - 12:00), quatre cas d'infection par le coronavirus 2019-nCoV sont confirmés en France : un cas à Bordeaux et trois cas en Ile-de-France. Ces quatre personnes avaient séjourné dans la province de Hubei. Tous ont été pris en charge dans des établissements de santé de référence et, alors que trois d'entre eux ne présentent pas de signes de gravité, le 4e patient, un touriste chinois âgé, se trouve actuellement en réanimation dans un "état clinique sévère", selon le directeur général de la santé, Jérôme Salomon. Edit du 30 janvier 2020 : un cinquième cas d'infection par le virus 2019-nCoV a été confirmé en France : il s'agit de la fille du quatrième cas identifié. La patiente est hospitalisée en Ile-de-France. /Fin Edit

Un décompte du nombre de cas dans le monde, actualisé en quasi temps réel, peut être consulté sur le site du Center for System Science and Engineering du Johns Hopkins Institute.

EDIT du 30 janvier 2020Point de situation de Santé Publique France au 30 janvier 2020

Chiffres clés au 30 janvier 2020
  • En Chine : 7711 cas confirmés, 170 décès
  • En France : 5 cas confirmés, aucun décès
  • Les autres pays ayant signalé des cas : Thaïlande (14), Taïwan (8), Corée du Sud (8), Singapour (7), Malaisie (7), Japon (7), Australie (5), Etats-Unis (5), Allemagne (4), Canada (3), Vietnam (2), Népal (1), Cambodge (1), Sri Lanka (1) et Emirats Arabes Unis (1)


EDIT du 31 janvier 2020 : En termes de mortalité, le taux est estimé à 2,2 % en l'état actuel des connaissances sur le nombre de personnes infectées et décédées. Ce taux est relativement bas en comparaison de ceux de l'épidémie de Sras de 9,5 % (774 morts pour 8 096 cas) et l'épidémie de Mers, toujours en cours, de 34,5% (858 morts sur 2 494 cas depuis septembre 2012), et encore moindre rapporté aux 290 000 à 650 000 morts par an dans le monde dus à la grippe saisonnière, selon l'estimation de l'OMS. /Fin EDIT

 
Une transmission interhumaine confirmée

Dans une publication de The Lancet, une famille de six patients a été étudiée, dont cinq membres ont été infectés par le virus 2019-nCoV après avoir voyagé à Wuhan. Aucun d'eux n'avait eu des contacts avec les animaux au marché de Wuhan. Le sixième patient a été infecté après avoir été en contact avec les autres membres de la famille (Jasper Fuk-Woo Chan, Shuofeng Yuan et al., 2020).

Le nombre moyen de cas secondaires liés à un cas initial n'est pas encore déterminé. Des simulations évoquent un nombre de cas secondaires de 3 à 5 pour chaque cas index, ce qui serait plus élevé que pour la grippe saisonnière (1 à 2 cas secondaires), mais bien moins que la rougeole (15 à 20 cas secondaires).

Des modes de transmission et une durée d'incubation encore hypothétiques
Pour l'instant, la stratégie de limitation mise en place repose sur l'hypothèse d'un mode de transmission similaire à celui des autres coronavirus : transmission lors de contact direct au moment d'une toux, d'un éternuement ou lors d'une discussion ou après un contact avec des surfaces fraîchement contaminées par ces secrétions. Les coronavirus survivent dans le milieu extérieur de quelques heures à quelques jours, selon le milieu, la température, l'humidité dans lequel ils se trouvent.

En termes de conseils au grand public, comme pour l'épisode actuel de grippe saisonnière, les mesures barrières (tousser dans son coude, utiliser des mouchoirs à usage unique, porter un masque lorsqu'on est malade, se laver régulièrement les mains) sont très probablement efficaces.

Concernant la durée d'incubation, selon la même hypothèse de similitude avec les autres coronavirus, il y aurait un délai moyen d'une semaine entre l'infection et le diagnostic. Les autorités sanitaires estiment que, passés 14 jours après un retour de Chine ou un contact direct avec une personne infectée, il est peu probable qu'une infection respiratoire soit attribuable au coronavirus 2019-nCoV.

Des symptômes typiques des infections respiratoires virales
Les symptômes décrits lors d'infection par 2019-nCoV évoquent principalement une infection respiratoire aiguë (fièvre, toux), mais des difficultés respiratoires et des anomalies pulmonaires détectables radiologiquement sont également décrites, ainsi que des formes plus sévères.

Dans une étude portant sur 41 patients chinois adultes, des chercheurs ont rapporté de la fièvre (chez 98 % des patients), de la toux (76 %), de la fatigue (44 %), des maux de tête (8 %) et, rarement, de la diarrhée (3 %). La durée médiane entre les premiers symptômes et les difficultés respiratoires était de 8 jours (5-13 jours) [Chaolin Huang, Yeming Wang et al., 2020]. Comme pour la grippe, les patients avec des maladies chroniques préexistantes telles que l'hypertension artérielle, les maladies cardiovasculaires, le diabète, les maladies hépatiques, les maladies respiratoires semblent plus susceptibles de développer des formes sévères, de même que les personnes âgées.

Des traitements antirétroviraux comme le remdesivir, le lopinavir et le ritonavir sont testés dans le traitement de cette nouvelle infection. Ils l'avaient déjà été contre les virus du SRAS et du MERS, mais leur efficacité n'a jamais été prouvée.

Des recommandations pour les personnes qui suspectent une infection par ce nouveau coronavirus
Le ministère des Solidarités et de la Santé rappelle, pour les personnes qui auraient séjourné en Chine dans les 14 jours précédant les symptômes, les précautions à prendre en cas de signes d'infection respiratoire (fièvre, toux, difficultés respiratoires) :


  • contacter le 15 en faisant état des symptômes et du séjour récent en Chine ;
  • ne pas se rendre chez son médecin traitant ou aux urgences, pour éviter toute contamination potentielle.


Un cas suspect identifié par un professionnel de santé doit être signalé au 15. À l'issue d'un questionnaire, le cas est classé en possible ou exclu. Si le cas est possible, il est pris en charge et isolé dans un service d'infectiologie. Si le cas exclu, il est pris en charge par son médecin traitant, comme habituellement.

Un test diagnostique spécifique a été développé par les Centres nationaux de référence des virus des infections respiratoires de l'Institut Pasteur afin de détecter ce nouveau virus sur des prélèvements d'origine respiratoire.


Quelle stratégie pour gérer les cas contacts ?
Selon Santé Publique France, "peuvent être considérés comme cas contacts :

  • les personnes ayant partagé le même lieu de vie que le patient malade lorsque celui-ci présentait des symptômes ;
  • des personnes ayant eu un contact direct, en face à face, à moins d'un mètre du patient malade au moment d'une toux, d'un éternuement ou lors d'une discussion ;
  • les flirts, amis intimes ;
  • les voisins de classe ou de bureau ;
  • les voisins du patient malade dans un avion ou un train, ou les personnes restées dans un espace confiné avec lui (voiture individuelle par exemple)".


Les cas contacts doivent :

  • bénéficier d'un suivi médical actif durant 14 jours après le dernier contact avec le cas index ;
  • prendre leur température 2 fois par jour, tous les jours ;
  • appeler le 15 en cas de symptômes, en évitant de se rendre directement chez un médecin ou dans un service d'accueil des urgences ;
  • porter un masque chirurgical dès l'apparition des premiers symptômes de fièvre ou de signes respiratoires.


Des conseils pour les personnes devant se rendre en Chine
Actuellement, l'OMS, dans le cadre du règlement sanitaire international (RSI), ne recommande aucune restriction de voyage ou de commerce vers la Chine. Pour les personnes qui partent en voyage dans les zones touchées par le virus, les recommandations sanitaires sont :

  • d'éviter tout contact avec des animaux, vivants ou morts ;
  • d'éviter de se rendre sur les marchés où sont vendus des animaux vivants ou morts ;
  • d'éviter tout contact rapproché avec des personnes souffrant d'infection respiratoire aiguë ;
  • de ne pas manger de viande non ou peu cuite ;
  • de se laver régulièrement les mains avec de l'eau savonneuse ou avec des solutions hydro-alcooliques.


Sur place, en cas de symptômes d'infection respiratoire, il est recommandé :

  • de porter un masque chirurgical si l'on est en contact avec d'autres personnes ;
  • d'utiliser des mouchoirs jetables et de bien se laver les mains régulièrement ;
  • de consulter rapidement un médecin localement.


Une fiche de conseil aux voyageurs est disponible en ligne sur le site du Ministère des Solidarités et de la Santé.

Des outils pour les professionnels de santé
Les autorités sanitaires ont mis en place un ensemble de ressources relatives à l'épidémie de coronavirus 2019-nCoV, destinées aux professionnels de santé. Santé Publique France propose :


De plus, la mission COREB nationale (Coordination opérationnelle risque épidémique et biologique) a publié, le 10 janvier 2020, la conduite à tenir pour les SAMU et autres soignants de première ligne.

Des outils pour le grand public
Le 28 janvier 2020, le ministère des Solidarités et de la Santé a mis en ligne des pages dédiéeS au point sur la situation de l'épidémie de coronavirus 2019-nCoV. Ces pages contiennent les réponses des autorités sanitaires à une liste de questions fréquemment posées par le grand public.

En conclusion, il semble que l'on soit en présence d'une épidémie de type SRAS, mais apparue dans un contexte local très différent de celui de 2003 : identification du problème et séquençage du virus rapides, transparence des autorités chinoises, mesures d'isolement drastiques – les villes de Wuhan (11 millions d'habitants) et celle de Huanggang (7,5 millions) sont bouclées depuis le 23 janvier 2020, les festivités du nouvel an chinois ont été annulées dans le pays, etc.

Selon le Ministère des Solidarités et de la Santé, "la survenue de (…) premiers cas (en France) ne remet pas en cause l'analyse en faveur d'une diffusion actuellement très peu probable du virus dans la population française".  

Pour aller plus loin

Peng Zhou, Xing-Lou Yang et al. « Discovery of a novel coronavirus associated with the recent pneumonia outbreak in humans and its potential bat origin », Biorxiv, 2020

Jasper Fuk-Woo Chan, Shuofeng Yuan et al. « A familial cluster of pneumonia associated with the 2019 novel coronavirus indicating person-to-person transmission: a study of a family cluster. » The Lancet, publié en ligne, 2020

La carte des cas actualisée, Center for System Science and Engineering du Johns Hopkins Institute

Chaolin Huang, Yeming Wang et al. « Clinical features of patients infected with 2019 novel coronavirus in Wuhan, China. » The Lancet, publié en ligne, 2020.

La page consacrée au coronavirus 2019-nCoV, Institut Pasteur

La page consacrée au coronavirus 2019-nCoV, Santé Publique France

La page consacrée au coronavirus 2019-nCoV, Ministère des Solidarités et de la Santé

La conduite à tenir pour les SAMU et les soignants de première ligne, COREB Mission nationale, 2020

La fiche à destination des voyageurs se rendant en Chine, Ministère des Solidarités et de la Santé, 2020

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