COVID-19 : le retour de la chloroquine ?

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Les caractéristiques de l'épidémie COVID-19 évoluent si vite que les positions des experts doivent s'y adapter, parfois en renonçant à des choix thérapeutiques ou de santé publique préexistants ou, à l'inverse, en révisant leurs premiers avis négatifs. C'est aujourd'hui la chloroquine qui semble faire son retour. Le Dr François Trémolières, anciennement infectiologue réanimateur à l'hôpital Claude-Bernard et membre du Comité scientifique de VIDAL Recos, a décrypté pour VIDAL les premiers résultats obtenus.  

Un antiparasitaire qui est aussi un antiviral


La recherche d'un traitement efficace contre le SARS-CoV2 a un double objectif, accélérer la guérison des malades et diminuer la durée du portage viral de façon à limiter la transmission.
Par ailleurs, le repositionnement médicamenteux, c'est-à-dire l'emploi d'une molécule déjà commercialisée et utilisée dans d'autres indications, permet d'économiser beaucoup de temps puisque l'on connaît déjà l'effet de certaines posologies, les interactions médicamenteuses, la tolérance, etc.

L'intérêt du repositionnement médicamenteux
Pour exemple, la piste suivie avec l'association anti-VIH lopinavir/ritonavir (KALETRA et génériques) obéit à cette stratégie, même si article publié dans le New England Journal of Medicine du 19 mars ne conclut pas à un résultat clinique très favorable.
Une autre molécule a déjà été citée comme une piste intéressante au début de l'épidémie COVID-19 : la chloroquine. Toutefois, la rareté des données disponibles l'a, de prime abord, écartée des choix des autorités françaises. Le recours à cet antipaludéen (qui avait déjà été repositionné il y de nombreuses années dans le traitement de maladies auto-immunes) pourrait tout de même avoir lieu, à la lueur des premiers résultats obtenus à l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille.

Pourquoi étudier cette molécule contre le SARS-CoV-2 ?
Ces premiers résultats sont en cours de publication, mais il est utile de les commenter rapidement, car ils sont déjà fortement médiatisés !
L'équipe du Pr Didier Raoult qui a mené une étude, que l'on pourrait qualifier de pilote, s'est appuyée sur le fait que la chloroquine exerce in vitro une inhibition de la croissance du SRAS-CoV-2 et sur les résultats d'un essai chinois ayant porté sur des malades infectés qui a montré des bénéfices à la fois cliniques et sur la clairance virale. De plus, l'IHU Méditerranée Infection de Marseille a une grande et longue expérience d'un dérivé de la chloroquine, mieux toléré, l'hydroxychloroquine.  

Des premiers résultats remarquables
Ces spécialistes ont donc cherché à savoir quel pouvait être l'effet de l'hydroxychloroquine sur la charge virale de patients infectés par le SARS-CoV-2, dans le cadre d'une étude préliminaire ayant inclus 36 patients : 20 recevant de l'hydroxychloroquine et 16 un traitement de support des symptômes (groupe témoin). Six malades du groupe hydroxychloroquine ont aussi reçu en association un antibiotique, l'azithromycine.  
 
S'il est clair, pour le Dr Trémolières, que les résultats en cours de publication doivent être considérés avec réserve, ils n'en sont pas moins remarquables. En effet, la guérison virologique (déterminée par une PCR nasopharyngée négative) est constatée, à J6 après l'inclusion, chez :
  • 12,5 % des patients du groupe témoin,
  • 57,1 % des patients du groupe chloroquine seule,
  • 100 % des patients du groupe chloroquine-azithromycine.

Certes, le dernier groupe ne comporte que six patients et "on ne peut encore considérer qu'une démonstration soit faite".
Bien évidemment ces premières données, si prometteuses soient-elles, doivent être confirmées par des études de plus grande ampleur, mais elles sont suffisamment inédites pour être rapportées et commentées. Quant à la corrélation avec un effet clinique favorable, "elle n'est pour l'instant pas faite du tout".

Propos recueillis par Patricia Thelliez

Commentaires (29)

Le 27/03/2020 à 10:30
avatar endotelon43
endotelon43 Profession non médicale / Autre
Merci au docteur François Trémoliéres pour cet article clair et assez synthétique pour que la simple patiente que je suis comprenne les débats actuels . Trouvera t'on un jour un anti viral contre le virus politique qui nuit à la bonne circulation de l 'information scientifique dans les cerveaux?
Immense reconnaissance pour le corps médical !

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Le 26/03/2020 à 15:36
avatar GGN
GGN Interne en médecine
Le temps nous est compté

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Le 22/03/2020 à 16:54
avatar Laboetie33
Laboetie33 Dentiste - Chirurgien dentiste
Compte tenu du [censuré] ambiant, d’accord avec walterellis. Le Général Bigeard disait « Face à un problème, il y a 2 solutions : la bonne et celle de l’école de guerre ». Je me permet d’ajouter que, selon l’étude publiée, l’intérêt de la prise "Hydroxychloroquine + Azitrhromycine" est de négativer la PCR. Donc à donner aux personnes PCR+ et pas uniquement aux malades en phase terminale. Ceci veut dire tester tout le monde. Vous voyez le problème? Compte tenu de ce que l’on sait à cette heure, Covid-19 semble être moins un problème médical qu’un problème logistique c’est à dire politique. Portez vous bien

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Le 21/03/2020 à 23:16
avatar maryse Médecin retraitée ms
maryse Médecin retraitée ms "reconvertie "
Pourquoi ne parle t'on pas de la sérothérapie qui ne nécessite pas l'attente hypothétique vaccinale ? Pourquoi a t'on limité l'accès du plaquénil dès Mi janvier au même moment où notre ministre annonçait la "mascarade" à venir ? Enfin : il y aurait peut-être aussi un autre anti palu à tester : la doxy (l'exemple Raoult donne chloroquine + zythomax° Confraternellement

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Le 21/03/2020 à 14:40
avatar U
U Infirmier/Infirmière
Merci Vidal

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Le 21/03/2020 à 13:43
avatar gulla
gulla Médecin - Pédiatrie
Pourquoi ne pas adopter ce protocole azythromycine-hydroxychloroquine dans les cas sévères dès maintenant???

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Le 20/03/2020 à 20:58
avatar azert69
azert69 Médecin - Médecine générale
Le Plaquenil est-il actuellement disponible en pharmacie, comme l'est l'Azithromycine?

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Le 23/03/2020 à 08:40
avatar Modérateur
Modérateur
Bonjour
Cela peut varier, mais il est souvent en rupture, du fait de prescriptions intempestives.

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Le 20/03/2020 à 18:59
avatar walterellis
walterellis Médecin - Anesthésie
Pourquoi toutes ces palabres hésitations effets secondaires peut être indésirables devant des malades graves en danger de mort pour qui c'est peut être la guérison, et au pire pas d'aggravation par le médicament dont on connait parfaitement les contre indications depuis au moins 30 ans .Celui qui va mourir stupidement en raison d'une infection pourtant attendue et très mal anticipée par les pouvoirs public n'en a rien à faire de ces pertes de temps pour etre orthodoxe avec les études scientifiques! c'est une urgence vitale:appliquons/... cette molécule d’emblée si le malade guéri,super ! sinon il ne sera pas aggravé et on aura tout fait en continuant bien sur le traitement . de réa .On pourra alors redevenir orthodoxe avec les études,avec des patients peut étre sauvés.

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Le 20/03/2020 à 16:28
avatar Brunobourbon262
Brunobourbon262 Profession non médicale / Autre
Ici à La REUNION lors des épidémies de chikungugna , un médecin libéral du Sud sauvage (Saint Philippe) avait déja alerté sur l'éfficacité des dérivés de la quinine. Pour l'heure et malgré l'épidemie de DENGUE en cours , l'ARS ne préconise RIEN !

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Le 20/03/2020 à 15:17
avatar loumoussu
loumoussu Médecin - Médecine générale
si l'effet de négativité du PCR est résilient à 15 à 20 jours et si une étude avec un panel correct de plus de patients multi-centres ou mieux, multi-pays, confirme ces résultats - les prostics pourront être plus optimistes !

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