COVID-19 et maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, pas de panique

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Les patients atteints de maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI), maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique, sont-ils plus à risque de développer une COVID-19, ou une infection plus sévère ? Faut-il modifier leur traitement ?
 

Ne pas interrompre les traitements immunomodulateurs à titre préventif (illustration).


Les sujets  atteints de maladie inflammatoire chronique de l'intestin (MICI) se posent naturellement beaucoup de questions face à l'épidémie d'infections à SARS-CoV-2. Questions auxquelles il est parfois difficile de répondre avec précision, compte tenu du peu de recul et des  données encore parcellaires aujourd'hui disponibles. L'une des premières interrogations porte sur le risque de contracter l'infection.
 "À l'heure actuelle, il n'y a pas de raison de penser que nos patients atteints de MICI sont plus à risque d'infection COVID-19", rapporte le Dr Michael Collins, gastro-entérologue à l'hôpital Saint-Camille de Bry-sur-Marne
"L'information qui pourrait nous inquiéter concernant la susceptibilité à l'infection, est le lien entre le taux de CD4 bas et le caractère prolongé de l'infection et sa transmissibilité", poursuit le Dr Collins. "Ces données émanent d'une étude chinoise, qui ne s'intéressait pas qu'aux patients atteints de MICI. Mais ceci 
incite à la prudence dans l'instauration d'un traitement immunosuppresseur par azathioprine, qui a le potentiel de faire baisser le taux de lymphocytes, tout comme les anti-JAK, dans la période épidémique actuelle".
 
Une cohorte internationale
Les patients atteints de MICI sont-ils plus susceptibles de présenter des symptômes digestifs ? Les données sont, là encore, peu nombreuses, mais la cohorte Secure-IBD database, qui a été mise en place à l'initiative de l'IOIBD (International organization for the study of inflammatory bowel disease), sous l'égide de l'ECCO (European Crohn's and colitis organization) apporte quelques éléments de réponse.
Dans cette cohorte internationale, qui s'intéresse uniquement aux cas documentés de COVID-19 chez des patients atteints de MICI, 41 infections ont été rapportées en date du 20 mars 2020. Les symptômes digestifs concernent 20 % des patients, alors que cette proportion n'est que de 5 à 10 % dans la cohorte chinoise. "S'il semble y a voir une plus grande propension à présenter des troubles digestifs en cas de MICI, les effectifs sont très différents et il est difficile de faire la part entre ce qui revient au COVID-19 et ce qui relève de la maladie intestinale sous-jacente", souligne le Dr Collins. Quelque 20 % de ces patients ont été hospitalisés, pour une durée médiane de 5 jours. Il n'y a pas eu d'hospitalisation en réanimation, mais deux des malades inclus dans cette cohorte sont décédés. L'un était âgé de 30 ans et traité par infliximab et méthotrexate pour une rectocolite hémorragique. Le second, un homme de 81 ans, était traité par mésalazine et souffrait par ailleurs d'une pathologie cardiaque et de la maladie d'Alzheimer.  
 
La position de la SNFGE et du GETAID
Faut-il modifier les traitements ? La SNFGE (Société nationale française de gastro-entérologie) et le GETAID (Groupe d'étude thérapeutique des affections inflammatoires du tube digestif) ont fait, en date du 11 mars dernier, un certain nombre de recommandations, qui sont bien sûr susceptibles d'évoluer.
Mais, dans l'état actuel de la situation et des connaissances, les experts recommandent de ne pas interrompre les traitements immunomodulateurs à titre préventif en l'absence de symptômes évocateurs d'une infection COVID-19. Cela exposerait en effet à une reprise évolutive de la maladie, avec une perte de chance. Ils préconisent, en revanche, de suspendre les traitements immunomodulateurs chez les patients infectés et de discuter au cas par cas, avec les médecins spécialistes, de l'éventuelle interruption d'un traitement immunomodulateur chez les patients contacts.
"En pratique, le traitement par azathioprine doit être maintenu, car son arrêt exposerait à une récidive dans la moitié des cas. Les stéroïdes d'action locale peuvent être poursuivis, mais le recours aux suppositoires de prednisolone évité, du fait d'un passage systémique non négligeable. Les biothérapies doivent être poursuivies chez les patients indemnes d'infection et de symptômes et interrompues chez les patients suspects d'infection COVID-19, résume le Dr Michael Collins. "De façon globale, nous devons nous interroger sur la nécessité de maintenir ou non les traitements non indispensables"

Pour en savoir plus

Ling et al, Persistence and Clearance of Viral RNA in 2019 Novel Coronavirus Disease Rehabilitation Patients. Chin Med J (Engl). 2020 Feb 28.
Secure-IBD database.
COVID-19 et pathologies inflammatoires chroniques. GETAID et SNFGE. 11 mars 2020.

 

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