Une autre piste thérapeutique contre le SARS-CoV-2 : la sérothérapie

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En marge du développement d'un traitement pharmacologique, du repositionnement d'un médicament déjà existant ou de la mise au point d'un vaccin, une autre approche pourrait permettre de traiter la COVID-19 et surtout la prévenir : la sérothérapie, autrement dit l'administration d'anticorps dirigés contre le SARS-2. Trois protocoles vont bientôt débuter à New York.

Les patients au secours des patients (illustration).


L'administration d'anticorps pour combattre une infection n'est pas une procédure nouvelle puisqu'elle date de 1890. Avant l'ère de l'antibiothérapie, soit avant les années 1940, c'était en effet la seule façon d'espérer guérir les maladies infectieuses. Au début du XXe siècle, la sérothérapie a été utilisée contre plusieurs infections virales comme la poliomyélite, la rougeole, les oreillons ou la grippe. Rappelons également que l'apport d'immunoglobulines a été employé chez les sujets exposé au virus de l'hépatite B et dans certains cas d'infection à virus respiratoire syncytial. C'est aussi un traitement connu contre la rage. Plus récemment, la sérothérapie a été testée dans la grippe H1N1 et la fièvre Ebola, ainsi que chez des patients atteints de SRAS ou de MERS. Cependant, la plupart des études étaient de petite taille et/ou avaient porté sur des malades à un stade avancé.

Une efficacité a priori plus prophylactique que thérapeutique
Ces premières expériences ont montré que la sérothérapie était plus efficace lorsqu'elle était administrée en prophylaxie, ou au tout début de l'apparition des symptômes, que quand elle était prodiguée dans des cas déjà évolués. La raison exacte de cette différence n'est pas bien connue, mais on peut faire l'hypothèse que les anticorps injectés sont plus actifs lorsque l'inoculum viral est plus petit. Une autre explication serait que les anticorps administrés modifient la réponse inflammatoire.
Quoi qu'il en soit, pour obtenir une efficacité, il est nécessaire d'injecter une dose suffisante d'anticorps qui permette d'assurer une protection contre le virus pendant des semaines, voire des mois.
La sérothérapie n'est par ailleurs pas dénuée de risques. Si la transmission d'un autre agent infectant ou l'apparition de réactions immunologiques constituent aujourd'hui une menace très faible, d'autres inconvénients existent, comme la possibilité d'une atténuation de la réponse immunitaire rendant les patients plus vulnérables à une infection ultérieure.
Malgré ces réserves, l'administration d'anticorps spécifiques du SRAS-CoV-2 issus de malades ayant guéri de COVID-19 pourrait constituer une option thérapeutique beaucoup plus rapide à mettre en œuvre que ne le permettent un médicament ou un vaccin, qui nécessitent des semaines et même des mois avant de pouvoir être utilisés.
C'est donc la voie qu'a suivie une équipe new-yorkaise après la publication des premières données chinoises. Le 23 mars 2020, le gouverneur de New York a ainsi annoncé officiellement la mise en place de ce nouvel essai, la FDA ayant en effet autorisé l'utilisation en urgence de plasma de malades guéris, le considérant comme un authentique médicament. Au moins deux hôpitaux new-yorkais (Mount Sinai et Albert Einstein College) espèrent ainsi pouvoir bientôt recourir au sérum de patients en convalescence après avoir été infectés par le SARS-CoV-2.


Trois protocoles à l'essai
Trois protocoles ont pour l'instant été soumis à la FDA. L'un concerne des patients au début de l'infection, un autre doit inclure des malades à un stade sévère et, dans le troisième essai, la sérothérapie sera évaluée en tant que traitement prophylactique chez des sujets exposés à des personnes infectées (comme le personnel soignant).
Pour l'instant, les essais reposent sur l'emploi de sérum issus de patients ayant été infectés et qui sont guéris, mais des recherches sont en cours pour produire, via le recours à la biotechnologie, des anticorps contre le SARS-CoV-2 hautement purifiés et en grande quantité. Mais, là encore, ces produits ne seront pas disponibles avant un "certain" temps.



Pour en savoir plus
Maxmen A. How blood from coronavirus survivors might save lives. Nature briefings. 24 mars 2020.
Casadevall A et Pirofski L. The convalescent sera option for containing COVID-19 J Clin Invest 13 mars 2020.
 

Commentaires (3)

Le 31/03/2020 à 22:34
avatar maryse Médecin retraitée ms
maryse Médecin retraitée ms "reconvertie "
Enfin! Il y a un bon bout de tps que je posais ma question ts azimuts ms : omerta! Je faisais pourtant un sérum antitetanique systématique aux Urg en garde « autrefois « !

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Le 31/03/2020 à 12:10
avatar Paul
Paul Pharmacien
Existe-t-il des données scientifiques sur l’action de la chloroquine sur le covid19?

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Le 31/03/2020 à 14:14
avatar Modérateur
Modérateur
Bonjour
Une étude a été prébubliée ce jour https://www.medrxiv.org/...

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Le 31/03/2020 à 09:50
avatar Mimite
Mimite Médecin - Pédiatrie
peur de rien!!!

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