Naître en pleine épidémie de COVID-19

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L'épidémie de COVID-19 modifie les conditions de la naissance et celles de la prise en charge des nouveau-nés qui sont hospitalisés en néonatalogie. Les organisations et les fonctionnements de ces services sont bouleversés.  

La question de la transmission verticale n'est pas tranchée (illustration).


"Pour les enfants de maternité nés à terme et sans pathologie particulière, nous suivons les recommandations du CNGOF (Collège national des gynécologues et obstétriciens français) et de la Société française de néonatalogie, qui précisent les modalités de la naissance selon que la mère est ou non infectée par la COVID-19", rapporte le Dr Fanny Autret, qui dirige le service de néonatologie du Groupe hospitalier Paris-Saint Joseph.
La Haute autorité de Santé vient d'émettre des recommandations sur le suivi des femmes et de leur enfant à la sortie de la maternité, dans le cadre de l'épidémie COVID-19. Si la femme n'est pas infectée par le COVID-19, la HAS recommande une sortie précoce de la maternité, l'hôpital étant considéré comme un cluster de COVID-19. Ces sorties précoces peuvent se faire sous réserve d'un suivi étroit en ville (sage-femme et pédiatre) et en expliquant bien aux parents les modalités de surveillance de l'enfant et la conduite à tenir en cas de symptômes. Certains centres de PMI sont fermés et le renfort par la médecine de ville se met en place.

En cas d'infection maternelle
Lorsque la mère est infectée par le SARS-CoV-2, l'accouchement se déroule, si possible, dans une salle dédiée, qui répond à des critères d'hygiène spécifiques. Le personnel qui intervient doit être le plus limité possible. "Dans notre maternité, un accompagnant est autorisé à assister à l'accouchement et à rester ensuite en salle d'accouchement. Cet accompagnant doit être complètement asymptomatique. Lorsque la mère et son bébé sortent de la salle d'accouchement, l'accompagnant doit également les quitter. C'est difficile, mais les parents comprennent, je crois ", indique le Dr Autret.
"La mère, qui doit porter un masque, reste par la suite confinée avec son enfant dans une chambre de suites de naissance. À cet effet, nous avons organisé une partie de la maternité dédiée aux femmes COVID-19".
Cela nécessite des aménagements et des organisations pour respecter au maximum les conditions de sécurité pour la surveillance des accouchées et des nouveau-nés. Tous les soins sont faits dans la chambre, tout le matériel (balance, etc.) reste dans la chambre. L'allaitement est autorisé. Les règles d'hygiène doivent être particulièrement strictes, expliquées et respectées.
La sortie précoce n'est, en revanche, pas recommandée pour ces couples mère-enfant.  
"Même si les premières études sont plutôt rassurantes, la question de la transmission verticale de la COVID-19 n'est pas tranchée, alors que la transmission post-natale de la mère, ou de l'entourage, du nouveau-né est possible. Et c'est cette transmission post-natale qui semble entraîner des symptômes respiratoires chez les nouveau-nés ou les petits nourrissons. C'est ce que commence à rapporter quelques séries chinoises", note le Dr Autret.
Il n'y a pas aujourd'hui de recommandations de nos sociétés savantes pour faire ou non un test PCR au nouveau-né d'une mère infectée par le SARS-CoV-2. L'utilité pratique du résultat n'est en effet pas évidente dans la mesure où le nouveau-né va, de toute façon, rester confiné avec sa mère et qui va probablement transmettre la COVID-19 à son nouveau-né.
Après la sortie, le port permanent du masque est préconisé à la mère. Mais, en pratique, c'est un conseil difficile à respecter, en raison de l'absence de disponibilité de masques. En revanche, il est utile de rappeler aux mères de ne pas mettre de masque à leur enfant, comme cela a pu être rapporté.
Il est par ailleurs préconisé de décaler le berceau du lit de la mère qui doit, si possible, se "surconfiner" à son domicile, de surveiller activement la température et les symptômes (de la mère et de l'enfant) et de consulter aux urgences au moindre signe. Une consultation en présentiel avec un pédiatre ou un médecin généraliste est recommandée, 2 jours et 8 jours après la sortie de la maternité pour ces nouveau-nés de mère COVID-19 positive.

L'enfant en néonatalogie
Lorsqu'un nouveau-né de mère infectée par le SARS-CoV-2 est hospitalisé en néonatalogie, la mère ne peut pas lui rendre visite. "De façon générale, nous avons limité les visites en néonatalogie. Nous avons pour l'instant décidé de n'autoriser qu'une visite par jour et par enfant. Cette visite n'a pas de durée limitée dans le temps, mais le parent visiteur s'engage à prévenir les soignants en cas de symptôme évocateur de COVID-19 et les soignants ont la charge de s'assurer que les parents ne sont pas symptomatiques. Si la mère est COVID-19 positive, elle ne peut pas venir dans le service. C'est très douloureux pour elle et pour son nouveau-né, et aussi pour les soignants. La mise en place du lien parent-enfant est mise à mal par les précautions imposées par cette pandémie", souligne le Dr Autret. "Cette épidémie bouleverse nos modes de fonctionnement et nos organisations qui, depuis plusieurs années, essaient de proposer des soins individualisés aux nouveau-nés et mettent les parents au cœur des soins de leur enfant. Nous devons nous efforcer de garder notre philosophie de bienveillance envers nos patients et leurs parents malgré nos inquiétudes et les nombreuses précautions que nous nous devons de respecter. C'est une souffrance pour les parents, mais, là encore, j'ai le sentiment qu'ils comprennent assez bien le sens de la démarche. Les soignants du service inventent des solutions magnifiques pour maintenir les liens, comme des soins en FaceTime, des vidéos, des messages vocaux, des appels téléphoniques plus fréquents, etc., et ça c'est chouette".

L'allaitement sous conditions
La mère peut, si elle le souhaite, allaiter son enfant en utilisant un tire-lait et en respectant des règles d'hygiène avec une vigilance particulière. Le don de lait personnalisé (de la mère pour son propre enfant) reste autorisé, mais le don de lait anonyme ne l'est pas pour les femmes infectées ou à risque d'être exposées, selon l'avis de l'association des lactariums de France. À cet égard, de nombreuses femmes n'osent plus donner leur lait au lactarium de peur d'infecter des nouveau-nés et un problème de pénurie de lait pasteurisé pourrait survenir, alors qu'il constitue, pour les services de néonatologie, un produit indispensable, au même titre qu'un médicament pour les enfants les plus prématurés.
 
Des questions encore sans réponse
Les connaissances sur les conséquences d'une infection maternelle sur le nouveau-né sont encore limitées, en particulier chez les enfants nés prématurément. Ils ont souvent, du fait de leur prématurité, des difficultés d'adaptation respiratoire à la naissance. Les données chinoises sont parcellaires et semblent rassurantes.
À ce sujet, le Dr Fanny Autret rapporte le cas d'un nouveau-né, dont la mère était COVID-19 positive au terme de 33 SA. Il a présenté une détresse respiratoire à la naissance qui ressemblait aux détresses respiratoires souvent constatées à ce terme. Un prélèvement à la recherche du COVID a été réalisé chez cet enfant au troisième jour de vie qui s'est révélé négatif.
Enfin, les services de néonatologie d'Île-de-France semblent, pour l'instant, peu impactés par cette épidémie, en termes d'activité. Mais cela est susceptible d'évoluer avec l'augmentation du nombre des cas. On peut d'ailleurs s'attendre à une augmentation des naissances prématurées, spontanées ou induites pour sauvetage maternel. Mais, là aussi, il s'agit plus de spéculations que de certitudes.

 
Encadré - Le rappel des pédiatres
Les pédiatres de l'Association française de pédiatrie ambulatoire soulignent que l'épidémie de COVID-19 n'a pas éteint les autres maladies, que les enfants doivent être toujours être suivis et conseillent aux parents d'appeler un médecin au moindre souci.
Les enfants ne sont pas plus contaminants que les autres et une consultation présentielle au cabinet peut être réalisée, selon les recommandations de la Haute Autorité de santé dans le respect strict des mesures barrière, pour :
  • l'examen de sortie de maternité en cas de sortie précoce ;
  • l'examen du nouveau-né à 8-10 jours ;
  • toute consultation pour nouveau-né quel que soit le motif ;
  • l'examen du premier mois ;
  • les examens avec vaccination à 2/4/5/11/12 et 16 mois,
  • toutes les autres consultations sur décision du pédiatre après téléconsultation.
 
Les pédiatres rappellent qu'il ne faut pas se rendre au cabinet du médecin sans avoir préalablement pris rendez-vous par téléphone.

©Vidal.fr
 
Pour en savoir plus
CNGOF Assistance des accompagnants à l'accouchement

Propositions de la société française de néonatalogie & de la société française de pédiatrie concernant les nouveau-nés dans le contexte d'épidémie à covid-19 avec le concours du groupe de pathologies infectieuses pédiatriques (GPIP).

 

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