Se préparer à une deuxième vague... qui aura lieu ou pas

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Un freinage saisonnier de la circulation du SARS-CoV-2 est très possible pendant l'été, mais il faut se préparer à toutes les éventualités, dont celle d'une deuxième vague, notamment en pratiquant de façon large les tests PCR chez les sujets symptomatiques. Telle a été la position du Pr Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l'Institut de santé globale de l'université de Genève, lors de son intervention, aux côtés du Dr François Trémolières, infectiologue et interniste, au cours du Vidal Live du 10 juin dernier, consacré aux "scénarios de demain". La population est aujourd'hui largement sensibilisée à l'importance des mesures barrières et un reconfinement strict paraît une solution de dernier recours en cas de deuxième vague. 

Un nouvel épisode de COVID-19 est un scénario désormais envisagé (illustration).


Au 10 juin 2020, 7 342 333 cas de COVID-19 avaient été rapportés dans le monde, 414 123 décès et 3 619 739 guérisons. En France, la COVID-19 a entraîné près de 30 000 décès. Aujourd'hui, l'épidémie est sous contrôle, mais tout n'est pas fini : on dénombre encore de 20 à 50 décès quotidiens, soit un chiffre bien supérieur à celui de l'accidentologie routière par exemple (8 décès par jour).

Un certain degré de freinage saisonnier probable
À quoi s'attendre dans les prochaines semaines ? La plupart des virus respiratoires sont sujets à un freinage saisonnier, ce qui se traduit, par exemple dans les régions tempérées, par une absence d'épidémie de grippe en été. "Mais freinage ne veut pas dire blocage total ", insiste le Pr Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale de l'université de Genève.
Donc, selon la force de ce frein estival, le déconfinement pourrait être opportunément accompagné et sécurisé durant l'été.
Cela ne doit pas nous faire baisser la garde, en particulier les autorités sanitaires doivent poursuivre les campagnes de test (RT-PCR) chez tous les patients symptomatiques, et rechercher leurs contacts à risque afin de prendre des mesures d'isolement et de quarantaine des sujets porteurs de virus. La maîtrise de l'épidémie en Allemagne ou en Suisse tient à la pratique précoce et large de tests chez les sujets symptomatiques qui, ainsi informés et de ce fait responsabilisés, se sont le plus souvent auto-confinés. Plus généralement, dans les pays qui ont mis en œuvre cette approche précocement, cela a permis de casser rapidement un grand nombre de chaînes de transmission et de limiter l'extension de l'épidémie.

Tests RT-PCR chez les sujets symptomatiques

La pratique de tests RT-PCR dans la population non symptomatique n'a, en revanche, que peu d'intérêt. Les données montrent que la proportion de sujets COVID-19 strictement asymptomatiques est en réalité relativement faible, la plupart des asymptomatiques étant en fait des personnes présymptomatiques.
En dehors, des situations de traçage de cas contacts et des EHPAD, où le nombre de sujets asymptomatiques pourrait être plus important, les tests RT-PCR doivent être réservés aux sujets présentant des symptômes évocateurs de la COVID-19. Cependant, cette stratégie pourrait évoluer avec l'arrivée de tests salivaires, plus faciles et moins pénibles à réaliser.  
Quant à la sérologie, peu performante à l'échelon individuel, elle paraît aujourd'hui surtout utile pour mener des études de séroprévalence au sein de la population ou dans certains groupes sociaux comme les soignants.
 
De la prohibition à la responsabilisation
Si l'on devait bénéficier d'un frein saisonnier puissant, la plupart des mesures d'interdiction pourraient être levées pendant l'été, car la circulation virale deviendrait très faible. Mais, même si nous devions continuer d'enregistrer une circulation virale tout au long de l'été, des clusters peuvent émerger : "Il faut donc être pragmatique et passer de la prohibition, des interdictions, à des mesures plus responsabilisantes, plus participatives, recommandant la réduction du risque", a proposé le Pr Flahault.
Si l'on n'est pas capable de prédire l'avenir, l'important, aujourd'hui, est de se préparer aux scénarios pessimistes, notamment à celui de la survenue d'une deuxième vague à l'automne, voire de vagues répétées comme cela a été le cas lors de pandémies grippales antérieures. 
Pour autant, l'option d'un nouveau confinement devra être un instrument de dernier recours, après avoir essayé préalablement toutes les autres options, puisqu'aujourd'hui nous sommes mieux informés des risques, de leur développement et des possibilités de contrôle.
Le confinement strict, tel qu'imposé en France, devant l'urgence de la situation, au premier semestre 2020, s'est certes montré très efficace pour réduire la circulation virale, raboter le pic épidémique et éviter l'engorgement des hôpitaux, mais il n'a peut-être pas eu une très grande valeur ajoutée par rapport aux semi-confinements mis en place dans les pays nordiques, la Suisse, l'Autriche ou l'Allemagne. Et, comme l'a souligné le Dr François Trémolières, infectiologue et interniste, "en cas de 2e vague, les Français auront compris l'importance majeure des mesures barrières élémentaires, ce qui permettra de l'affronter sans mettre au ralenti tout un pays".

Une stratégie mieux adaptée
Au total, alors que nous nous préparons à une deuxième vague, qui pourrait être importante et prolongée, dès l'automne prochain, nous devons songer à recourir à des stratégies plus proches de celles de Singapour, associant des approches de testing de masse, de traçage des contacts et d'isolement des porteurs de virus, et aussi des mesures barrières, en particulier le port du masque en milieu clos et en cas de forte promiscuité.
En derniers recours, nous devons garder à l'esprit que, si la situation devenait incontrôlable, il n'est pas impossible de reprendre des mesures de confinement, en veillant à impacter le moins possible la vie sociale et économique déjà fortement affectée par les premiers mois de cette pandémie.
L'objectif prioritaire est donc de casser les chaînes de transmission le plus en amont possible, en s'appuyant sur l'application StopCovid, associée aux modalités plus classique de traçage des contacts par les enquêteurs de l'assurance maladie et des agences régionales de santé.

©vidal.fr

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