Prévention des événements cardiovasculaires chez le coronarien : la piste de la colchicine se précise

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L’étude COLCOT, publiée fin 2019, avait déjà montré une diminution des complications cardiovasculaires de la colchicine en post-infarctus. Les résultats de l’essai LoDoCo2, récemment rapportés dans le New England Journal of Medicine et présentés au cours du dernier congrès de la Société européenne de cardiologie, viennent également de montrer un effet bénéfique important de ce médicament, cette fois-ci chez des patients ayant une maladie coronarienne stable.

Un anti-inflammatoire extrait de la colchique d'automne, déjà utilisé dans l'antiquité (illustration).


Le rôle important de l'inflammation dans la progression de la coronaropathie est aujourd'hui bien connu. Parmi les anti-inflammatoires étudiés dans cette pathologie, la colchicine a récemment montré son efficacité en post-infarctus du myocarde (IDM).


Des premiers résultats en post-infarctus
L'étude COLCOT, publiée en novembre 2019 (et résumée dans les actualités VIDAL), menée chez près de 5 000 patients, a en effet mis en évidence que cette molécule, à la posologie de 0,5 mg une fois par jour, entraînait une réduction d'un peu plus de 20 % des événements cardiovasculaires au cours des 30 jours suivant la survenue d'un IDM.
En 2013, SM Nidorf et coll. avaient quant à eux rapporté, dans un essai ouvert (LoDoCo pour Low-Dose Colchicine) ayant inclus 532 sujets, des résultats similaires chez des patients ayant une atteinte coronarienne. L'heure était donc de conforter ces dernières données par un essai plus puissant : LoDoCo2.

Un nouvel essai dans la maladie coronarienne stable
Dans ce cadre, 6 528 patients ayant une coronaropathie stable depuis au moins 6 mois et prouvée par imagerie ont été inclus. L'essai a comporté une première phase d'une durée de 1 mois, réalisée en ouvert, au cours de laquelle les malades ont reçu 0,5 mg de colchicine par jour.
À ce terme, 5 522 patients ont été randomisés pour recevoir, soit la même dose de colchicine, soit un placebo. Chez ceux n'ayant pas participé à cette 2e phase de l'étude (15,4 %), la raison la plus souvent invoquée était la survenue d'effets secondaires gastro-intestinaux.
La plupart des participants avaient des antécédents de syndrome coronarien aigu et recevaient plusieurs médicaments (antiplaquettaire ou anticoagulant, hypolipémiant, bêtabloquant, inhibiteur du système rénine-angiotensine). La durée médiane du suivi a été de près de 28,6 mois.

Une baisse des événements cardiovasculaires d'environ 30 %
Comme dans l'étude COLCOT, le critère principal d'efficacité était composite, réunissant les décès d'origine cardiovasculaire, les IDM spontanés, les accidents vasculaires cérébraux ischémiques et les revascularisations coronaires pour ischémie.
Ces événements sont survenus chez 187 patients sous colchicine (6,8 %) et 264 (9,6 %) du groupe placebo, le hazard ratio étant de 0,69 (IC95% : 0,57-0,83 ; p < 0,001).
Lorsque les composants du critère principal ont été analysés séparément, la même tendance en faveur de la colchicine a été constatée avec, notamment, une fréquence significativement moindre des infarctus du myocarde et des revascularisations coronaires.

Peu de sorties d'étude et d'interactions
En termes de tolérance, le taux de sorties d'étude a été bas (environ 10 %) et similaire dans les deux groupes. De même, neutropénies et myotoxicités ont été rares et pas plus fréquentes avec la colchicine qu'avec le placebo. Parmi les autres effets secondaires, seule a été remarquée une incidence plus élevée, mais non significative, des décès d'origine non cardiovasculaire dans le bras colchicine : taux d'incidence pour 100 personnes-années de, respectivement, 0,7 et 0,5 événements (hazard ratio = 1,51 ; IC95% : 0,99 -2,31).

Vers une nouvelle option thérapeutique ?
SM Nidorf a ainsi conclu, lors du congrès de la Société européenne de cardiologie 2020, que la colchicine, administrée à faible dose dans cette population, était bien tolérée et qu'elle conduisait à une diminution significative, de près de 30 %, du risque d'événement cardiovasculaire.
De plus, il a précisé que les bénéfices apparaissaient rapidement et continuaient à s'accroître au fil du temps. Ces derniers ont par ailleurs été observés chez des patients déjà traités par d'autres molécules, en particulier des statines à haute dose, sans interaction cliniquement importante constatée.
Pour cet auteur, l'essai LoDoCo2 montre ainsi que la colchicine est probablement une nouvelle option thérapeutique dans la prévention à long terme des événements cardiovasculaires chez les coronariens stables. Et ce d'autant que la colchicine, utilisée dans la goutte, est connue de longue date, facilement accessible et peu onéreuse.

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Pour en savoir plus
- Tardif JC et et al. Efficacy and safety of low-dose colchicine after myocardial infarctionN Engl J Med 2019 ; 381 : 2497-2505.

- Thelliez P. La colchicine en post-infarctus : les résultats d'une vaste étude multicentrique. Actualités VIDAL. 21 novembre 2019.

- Nidorf SM et al. Low-dose colchicine for secondary prevention of cardiovascular disease. J Am Coll Cardiol 2013 ; 61 : 404-410.


- Nidorf SM et al. Colchicine in patients with coronary disease. N Engl J Med. 31 août 2020.

- Hot Line : Low-dose colchicine for secondary prevention of CVD – Does it work ? ESC Congress. 29 août-1er septembre 2020.

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