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Interview expert du Dr Geoffroy, docteur en rhumatologie

Interview Rhumatologue : grossesse et rhumatismes inflammatoires

Retrouvez l'interview du Dr Marion Geoffroy, Rhumatologue, Chef de clinique au CHU de Reims.

Quelle contraception utiliser en cas de polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite ankylosante ou rhumatisme psoriasique ?

Pour les femmes qui me posent cette question, on n'a pas de contre-indication. Les femmes sont libres de choisir leur moyen de contraception, que ce soit la pilule, les stérilets, les implants et aussi les moyens mécaniques avec les préservatifs. Il n'y a aucune contraception qui est moins bonne ou qui risque d'altérer le rhumatisme. Il faut juste que la femme ait confiance en son moyen de contraception et qu'elle ait la meilleure observance possible. On lui laisse le choix. Il faut qu'elle le tolère, c'est tout !

Des moyens de contraception sont-ils contre-indiqués en cas de prise de certains médicaments ?

Aujourd'hui, on est vraiment rassurés, même avec le stérilet au cuivre, il n'y a pas de contre-indication, il n'y a pas de lien de perte d'efficacité que ce soit avec une prise d'anti-inflammatoires à côté. Il n'y a vraiment pas de risque qui est prouvé, on peut prendre ce moyen de contraception si c'est le choix de la femme.

La contraception hormonale influence-t-elle l'évolution de ces maladies ?

La prise de la pilule, c’est-à-dire des hormones, n'a pas de lien néfaste sur l'évolution de la maladie. Il y a même une étude assez récente qui montrait que cela aurait un rôle protecteur sur le délai d'apparition des polyarthrites rhumatoïdes. Donc vraiment il n'y a pas de contre-indication.

La PMA semble possible. Y a-t-il des précautions particulières à prendre ?

Pour les femmes qui ont des difficultés..., elles peuvent tout à fait avoir recours à la PMA. Ce qui est important, c'est d'avoir une bonne relation entre le rhumatologue traitant et le gynécologue traitant pour pouvoir mettre les traitements en place au bon moment mais il n'y a aucune contre-indication et a priori les résultats ont l'air possible et correct.

Les rhumatismes inflammatoires chroniques peuvent-ils être transmis aux enfants ?

C'est vrai que l'hérédité est une question qui est souvent posée par le couple qui désire avoir un enfant. Je pense que s'il y a une notion à retenir, c'est que les rhumatismes inflammatoires chroniques, que ce soit la polyarthrite rhumatoïde, la spondyloarthrite ou le rhumatisme psoriasique ne sont pas héréditaires. Il n'y a pas de transmission systématique d'un parent à l'enfant. C'est vrai qu'il y a une composante familiale. On retrouve parfois une notion dans la même famille de plusieurs individus qui peuvent avoir ce type de pathologies. Mais, ce qu'il faut retenir, c'est que ce n'est pas héréditaire et que tout l'environnement qui entoure le patient peut jouer sur le développement de la maladie. Il faut aussi penser : par exemple le tabac, l'obésité, les infections peuvent développer ce type de maladies. Donc un message à retenir : ce n'est pas héréditaire !

La grossesse influe-t-elle sur les rhumatismes inflammatoires chroniques ?

Pour la femme pendant sa grossesse, dans plus de 50% des cas, heureusement c'est une période qui peut être plus facile avec moins de poussées, ou avec des poussées moins douloureuses, moins fréquentes, moins intenses. Donc ça, c'est plutôt positif.
Malheureusement une partie des femmes, environ 1/3, va avoir une recrudescence de ses symptômes. Il faut les rassurer parce que de nos jours, on a le droit d'avoir des traitements pendant la grossesse qui peuvent permettre justement de diminuer ces poussées inflammatoires de leur rhumatisme. Donc en fonction de l'intensité, en fonction du moment de la grossesse, on peut choisir ensemble un traitement pour les soulager.

Est-ce que la maladie doit être sous contrôle en amont de la grossesse ?

Tout à fait, c'est très important d'avoir peut-être un planning de grossesse. C'est une question qu'il faut avoir en amont, le plus tôt possible. Pourquoi ? Parce que plus l'activité du rhumatisme est contrôlée, plus l'activité est faible, plus on aura de chance d'avoir un enfant rapidement, mieux la grossesse pourra se passer et pareil après l'accouchement. Donc ça c'est très important !
Le deuxième point, si on peut préparer cette grossesse, on peut choisir avec la patiente les traitements les plus adaptés et notamment ceux qui sont à moins à risque pour le futur développement du fœtus.
Donc c'est vraiment primordial d'avoir un planning de grossesse et en discuter le plus tôt possible avec votre médecin, votre gynécologue, votre rhumatologue et votre médecin traitant bien sûr.

A partir de quel moment faut-il parler avec son médecin d'un projet de grossesse ?

Je pense qu'il faut en parler le plus tôt possible. Notre rôle de médecin est déjà de vous rassurer, de vous dire que c'est quelque chose de possible, et qu'on va le préparer ensemble. Il faut savoir que pour les traitements qu'il faut retirer ou adapter, c'est quelques semaines à quelques mois avant. Donc si on peut prévenir environ au moins 6 mois avant, c'est très difficile de donner un chiffre... Il faut retenir que dès qu'on y pense, essayez d'en parler autour de vous pour que cela se passe le mieux possible.

Quels traitements sont possibles si la maladie s'aggrave pendant la grossesse ?

Pendant la grossesse si la maladie s'aggrave, il y a différents traitements qui peuvent être proposés. Déjà on en parle avec son rhumatologue, son médecin traitant, son gynécologue. Mais il faut être rassuré, il y a bien sûr les antalgiques, par exemple le paracétamol, les traitements pour la douleur qui peuvent être proposés pendant la grossesse, les corticoïdes sont proposés et possibles tout au long de la grossesse. Et puis maintenant dans les rhumatismes inflammatoires, il y a les nouveaux médicaments, les biomédicaments. Et certaines classes ont l'autorisation d'être poursuivies pendant la grossesse. Donc ça c'est toujours uniquement si c'est nécessaire, justifié, avec une décision de plusieurs médecins. Mais en tout cas c'est important de savoir que c'est possible si on en a besoin.

Des traitements des rhumatismes inflammatoires sont-ils risqués pour la contraception ? Et chez l'homme ?

En effet, certains traitements doivent être arrêtés avant le début de la grossesse, à la fois chez la femme mais aussi chez l'homme. Il faut y penser. Il y a un traitement en particulier, le méthotrexate, qui peut avoir un risque de malformation pour le fœtus. Il faut donc arrêter ce traitement chez l'homme 3 mois avant, en utilisant bien sûr un moyen de contraception mécanique comme le préservatif.
Alors que par exemple chez la femme, on peut ne l'arrêter qu'un mois avant, parce que cela correspond à l'ovulation chez la femme. Alors que 3 mois avant, cela correspond au temps de formation des spermatozoïdes.

Après l'accouchement, comment prévenir la possible augmentation des poussées ?

Souvent, 6 à 12 semaines après l'accouchement, on peut avoir de nombreuses, de nouvelles, poussées de la maladie. Là, il n'y a pas de secret pour les prévenir : le meilleur moyen est d'avoir une maladie très bien contrôlée avant la grossesse, pendant la grossesse, pour protéger ou limiter cette période.

Et si des poussées intenses surviennent tout de même après l'accouchement ?

Il faut prendre contact, je pense, le plus rapidement possible avec son rhumatologue pour pouvoir à nouveau adapter les traitements.

Des médicaments sont-ils contre-indiqués en cas d'allaitement ?

Oui en effet, il y a des médicaments qui sont contre-indiqués avec l'allaitement. C'est vrai que le plus souvent possible on limite, on peut comprendre en tant que jeune maman, on n'a pas forcément envie de transmettre des médicaments. Il y en a qui, par contre, sont autorisés. Donc, ça on peut en discuter ensemble en fonction du besoin par rapport au rhumatisme et au risque de transmission par rapport à l'enfant. Donc, on en discute conjointement avec la patiente et le rhumatologue.

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