Cancer du pancréas

Mis à jour : Mercredi 21 Juin 2017

Le cancer du pancréas est fréquemment diagnostiqué à un stade avancé, ce qui rend difficile son traitement. Il reste relativement rare (environ 3 % des cancers), mais l'un des plus craints. Lorsque cela est possible, le cancer du pancréas est traité par des mesures chirurgicales associées à un traitement par chimiothérapie. Les cancers non opérables sont traités par une chimiothérapie éventuellement complétée par une radiothérapie.

Qu'est-ce que le cancer du pancréas ?

Dans 90 % des cas, le cancer du pancréas se développe à partir des cellules qui bordent les canaux conduisant le suc pancréatique vers l’intestin (voir encadré) : c’est l’adénocarcinome canalaire du pancréas. Le plus souvent (70 à 80 % des cas), ce cancer naît dans la partie du pancréas qui est proche de l’intestin grêle (la « tête » du pancréas).

D’autres formes plus rares de cancer du pancréas existent. Par exemple :

  • les carcinomes mucineux (cystadénocarcinome et carcinome intraductulaire) qui sont de meilleur pronostic ;
  • l’adénocarcinome acinaire ;
  • les tumeurs endocrines comme le cancer des îlots de Langerhans (qui produisent l’insuline), vingt fois moins fréquentes que l’adénocarcinome canalaire.

Parce qu’ils demeurent longtemps sans symptômes, les cancers du pancréas sont diagnostiqués à un stade tardif dans la très grande majorité des cas (entre 80 et 90 %). Leur traitement est donc souvent difficile.

 

pancréas
Schéma du pancréas

 

Qu'est-ce que le pancréas ?
Le pancréas est une glande de forme allongée et triangulaire qui se trouve derrière l’estomac. Sa partie la plus large, la « tête », est proche de l’intestin grêle et du canal biliaire, canal par lequel la bile passe dans l’intestin. Sa fonction est double : sécréter les enzymes (suc pancréatique) indispensables à la digestion des matières grasses et des protéines (fonction dite exocrine) et de produire l’insuline et le glucagon qui régulent le taux de sucre dans le sang (fonction dite endocrine).
Les sucs pancréatiques se déversent dans l’intestin grêle par le canal pancréatique. L’insuline et le glucagon passent directement dans le sang.

Le cancer du pancréas est-il une maladie fréquente ?

En France, entre huit et dix mille nouveaux cas de cancer du pancréas sont diagnostiqués chaque année, occasionnant à peu près autant de décès. Le cancer du pancréas est un peu plus fréquent chez les hommes. L’âge moyen au moment du diagnostic est de 75 ans chez les hommes et de 80 ans chez les femmes.


Outre l’âge, certains facteurs de risque de cancer du pancréas ont été identifiés.

Le tabac et le cancer du pancréas

Le tabagisme est un facteur de risque important de cancer du pancréas : les fumeurs réguliers multiplient par 2,7 le risque de développer un cancer du pancréas.

L’inflammation chronique du pancréas

Une inflammation chronique du pancréas (pancréatite chronique) due par exemple à l’alcoolisme chronique ou à la mucoviscidose augmente l’apparition de tumeurs du pancréas.

Les prédispositions familiales

Une prédisposition familiale est présente dans 5 à 10 % des cas. Le risque de cancer du pancréas est plus élevé chez les personnes qui ont un antécédent personnel ou familial :

  • de cancer colorectal ou de cancer du sein dans leur forme héréditaire (présence de mutation du gène BRCA2) ;
  • de syndrome de Peutz-Jeghers (une maladie génétique qui provoque la formation de polypes au niveau de l’intestin et de taches foncées sur la peau) ;
  • de syndrome du nævus dysplasique (une maladie génétique qui prédispose à avoir de nombreux grains de beauté anormaux et à développer un mélanome).

Le diabète et l’obésité

Le diabète et l’obésité sont évoqués comme facteurs de risque, mais sans confirmation formelle.


Quelles sont les causes du cancer du pancréas ?

Les facteurs qui conditionnent l’apparition d’un cancer du pancréas ne sont pas identifiés.

Peut-on prévenir le cancer du pancréas ?

Les mesures de prévention du cancer du pancréas sont peu spécifiques et concernent tous les cancers :


Quels sont les symptômes du cancer du pancréas ?

Pendant les premiers mois de la maladie, le cancer du pancréas passe inaperçu. Lorsque la tumeur progresse, le cancer du pancréas peut provoquer :

  • des maux de ventre, en particulier la nuit et en position allongée, qui peuvent également se traduire par des douleurs du dos. Ces douleurs abdominales sont plus fréquentes lorsque le cancer touche la queue du pancréas (à l’opposé de l’intestin grêle).
  • une jaunisse et des démangeaisons. Lorsque la tumeur se situe dans la tête du pancréas, celle-ci compresse le canal qui évacue la bile et gêne son passage vers l’intestin. La bile s’accumule et le patient a les yeux et le teint jaunâtre, ses selles sont pâles et ses urines foncées, et il se gratte sur tout le corps.
  • une perte de poids massive et rapide, sans cause identifiable ;
  • une perte d’appétit, avec des nausées et des vomissements ;
  • une fatigue intense ;
  • une sensation permanente d’estomac plein.

Chez les personnes diabétiques, le cancer du pancréas peut se manifester par une aggravation subite de leur diabète.

Comment évolue le cancer du pancréas ?

Aujourd’hui, en France, environ 5 % des personnes atteintes d’un cancer du pancréas survivent cinq ans après le diagnostic, ce qui fait de ce cancer l’un des plus dangereux. Chez les patients pour lesquels l’ablation complète de la tumeur est possible (suivie d’une chimiothérapie), le taux de survie à cinq ans est d’environ 20 %.

En l’absence de traitement, les cellules cancéreuses vont envahir le pancréas et les organes voisins, puis migrer, via la circulation de la lymphe, dans les ganglions lymphatiques qui drainent cette région du corps. Ces cellules vont ensuite aller s’installer et se multiplier dans d’autres organes. Ces tumeurs secondaires sont appelées « métastases ».

Les stades d'évolution du cancer du pancréas

En fonction des résultats des examens complémentaires, le médecin peut déterminer le stade d’évolution du cancer du pancréas (ce qui conditionne son pronostic et son traitement). Pour cela, il utilise une classification dite « TNM » qui prend en compte les aspects de la tumeur, la présence éventuelle de cellules cancéreuses dans les ganglions, et l’existence éventuelle de métastases. En fonction du résultat de cette classification, le cancer du pancréas est dit :

  • de stade I s’il est limité au pancréas, sans atteinte des ganglions ni métastases ;
  • de stade II si la tumeur a envahi les organes et, éventuellement, les ganglions voisins ;
  • de stade III si la tumeur a envahi les vaisseaux sanguins et, éventuellement, les ganglions voisins ;
  • de stade IV si la tumeur a provoqué des métastases.

Peut-on dépister le cancer du pancréas ?

Il n’existe pas de test de dépistage du cancer du pancréas.

Comment diagnostique-t-on le cancer du pancréas ?

biopsie du pancréas

Lorsque le médecin suspecte la présence d’un cancer du pancréas, il peut faire pratiquer divers examens pour confirmer son diagnostic :

  • une échographie de l’abdomen ;
  • un scanner de l’abdomen (tomodensitométrie) ou une IRM ;
  • une échoendoscopie : une sonde fine est introduite par la bouche jusqu’au duodénum (la première partie de l’intestin grêle après l’estomac). Elle permet de visualiser le canal pancréatique et le canal cholédoque (par lequel la bile passe dans l’intestin). Le médecin peut profiter de cet examen pour injecter des produits dans le canal pancréatique afin d’obtenir de meilleures images par les autres modes d’examen.

Cependant, le diagnostic définitif de cancer du pancréas est confirmé par un examen au microscope d’un petit fragment de pancréas (la biopsie). Cette biopsie peut être pratiquée soit à travers la peau du ventre en s’aidant d’une échographie pour guider le geste, soit lors de l’échoendoscopie, soit lors d’une intervention chirurgicale de l’abdomen.


Comment soigne-t-on le cancer du pancréas ?

Le cancer du pancréas est difficile à traiter. Seule la chirurgie permet actuellement la guérison du patient (si le cancer a été diagnostiqué suffisamment tôt). Les autres traitements ont pour objectif le soulagement des symptômes (notamment combattre la douleur), l’amélioration de la qualité de vie et la prévention des complications.

Outre la chirurgie (pour enlever la tumeur, voire le pancréas), le traitement du cancer du pancréas fait appel à la chimiothérapie anticancéreuse, associée ou non à la radiothérapie (rayons ionisants).

Comme pour les autres cancers, le traitement du cancer du pancréas repose sur un ensemble de protocoles codifiés qui sont adaptés aux particularités du patient. Il est administré dans des centres de lutte contre le cancer accrédités par l’Institut national du cancer (INCa).

Le traitement du cancer du pancréas selon le type de tumeur

Lorsque le cancer du pancréas est limité à cet organe, qu’il n’est pas trop volumineux et que le patient est, par ailleurs, ni atteint d’une autre maladie ni trop âgé, une intervention chirurgicale est envisagée pour enlever la tumeur. Ce cas de figure reste rare puisqu’il concerne seulement environ 20 % des patients. Après la chirurgie, une chimiothérapie est administrée pendant six mois, éventuellement associée à une radiothérapie lorsque l’intervention chirurgicale n’a pas permis de retirer toute la tumeur.

Lorsque la tumeur n’est d’emblée pas opérable, un traitement par chimiothérapie et radiothérapie peut être administré pour essayer de réduire la taille du cancer. Cette technique permet d’opérer environ un tiers de patients qui n’étaient pas opérables au moment du diagnostic.

Dans les autres cas, le traitement du cancer du pancréas repose sur la chimiothérapie, parfois associée à la radiothérapie, voire à des thérapies ciblées dans le cadre d’essais cliniques (par exemple, l’erlotinib).


La chirurgie du cancer du pancréas est une chirurgie lourde et délicate qui impose souvent de reconstruire une partie de l’appareil digestif. La convalescence est longue avec un séjour en soins intensifs. Une alimentation par voie intraveineuse ou par sonde placée dans l’estomac est nécessaire, ainsi qu’un suivi nutritionnel étroit. Lorsqu’un traitement chirurgical du cancer du pancréas est possible, trois techniques peuvent être utilisées.

opération chirurgicale

Après la chirurgie, des troubles gastro-intestinaux peuvent survenir : des troubles du transit digestif entraînant des vomissements ou la présence de matières grasses dans les selles. Des médicaments sont alors prescrits pour corriger ces effets indésirables.

Le plus souvent, une chimiothérapie est administrée quatre à six semaines après la chirurgie, après cicatrisation des organes.

La duodéno-pancréatectomie céphalique (ou opération de Whipple)

Cette intervention chirurgicale est pratiquée lorsque la tumeur est située dans la tête du pancréas. Le chirurgien enlève la tête du pancréas, la vésicule biliaire, ainsi qu’une partie de l’estomac et de l’intestin grêle. Il peut également retirer des ganglions lymphatiques.

La spléno-pancréatectomie (ou pancréatectomie distale)

Si la tumeur se situe dans la queue du pancréas, le chirurgien la retire ainsi que la rate.

L'ablation du pancréas (ou pancréatectomie totale)

Cette intervention est rarement pratiquée car elle doit s’accompagner de l’ablation de la vésicule biliaire, de la rate, d’une partie de l’estomac et de l’intestin grêle et des ganglions lymphatiques.

La pose d'endoprothèses lors de cancer du pancréas

Lors de l’intervention chirurgicale, ou lors d’une intervention particulière (si la tumeur n’est pas opérable), le chirurgien peut réduire les symptômes provoqués par la compression exercée par la tumeur sur les organes voisins. En particulier, il peut rétablir la bonne circulation de la bile ou des aliments en plaçant des tubes creux (les « endoprothèses ») pour maintenir ouverts les canaux biliaires ou l’intestin grêle.


La chimiothérapie dans le traitement du cancer du pancréas

La chimiothérapie des cancers du pancréas est administrée par voie intraveineuse au cours de séances de perfusion intraveineuse (les « cures »). Parfois, il est possible d’administrer une chimiothérapie par voie orale (comprimés). Le choix des médicaments utilisés est fonction des caractéristiques de la tumeur et du patient.

Les effets indésirables des médicaments de chimiothérapie sont variables selon les substances prescrites. Le plus souvent, ce sont des nausées et des vomissements, de la fatigue, une baisse du nombre de globules rouges et de globules blancs (à l’origine d’une anémie et d’une une sensibilité plus grande aux infections) et la chute des cheveux et des poils.

La pose d'une chambre implantable
Pour faciliter l'administration des cures intraveineuses, il peut être nécessaire de poser une chambre implantable (ou « Port-a-cath ») : un boitier-réservoir est placé sous la peau au niveau de la clavicule, connecté à un tube souple (un cathéter) qui délivre la chimiothérapie directement dans un gros vaisseau sanguin. Posée sous anesthésie locale ou pendant l'intervention destinée à retirer la tumeur, la chambre implantable évite les dommages qu'une perfusion intraveineuse « normale » provoquerait au niveau des veines du bras. Il suffit de piquer dans le boitier à travers la peau pour administrer la cure. À la fin du traitement, la chambre implantable est retirée sous anesthésie locale.

La radiothérapie dans le traitement du cancer du pancréas

Dans le cadre du traitement du cancer du pancréas, la radiothérapie externe (rayons ionisants projetés à travers la peau de l’abdomen) n’est utilisée qu’en association avec une chimiothérapie. Son usage est limité. Ses effets indésirables sont les diarrhées, les maux de ventre et les nausées.


Le suivi après le traitement d'un cancer du pancréas

Les personnes qui ont subi un traitement contre le cancer du pancréas font l’objet d’un suivi médical rapproché afin de dépister rapidement une rechute (relativement fréquente dans ce type de cancer).

Ce suivi consiste en des examens d’imagerie médicale (scanner, IRM) tous les trois à six mois. Tous les trois mois, des examens sanguins sont également pratiqués, à la recherche de l’antigène carcino-embryonnaire (ACE) et de la protéine CA 19-9, deux substances qui diminuent progressivement lorsque le traitement est parvenu à éliminer le cancer du pancréas. La glycémie à jeun (le taux de sucre dans le sang) est mesurée tous les six mois pour dépister un éventuel diabète. Un suivi nutritionnel est assuré chez les personnes qui ont subi un traitement chirurgical avec reconstruction du tube digestif.

Les signes qui doivent amener à consulter après un cancer du pancréas

Certains symptômes doivent inciter les personnes qui ont eu un cancer du pancréas à contacter rapidement leur médecin :

  • des démangeaisons sur tout le corps ;
  • une teinte jaune des yeux, du teint et des muqueuses ;
  • des urines foncées et des selles pâles.

Pour en savoir plus sur le cancer du pancréas

L’Institut national du cancer (INCa) publie des guides destinés aux patients, complets et faciles à comprendre. Consulter le guide consacré au cancer du pancréas.


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