Cancer de la prostate

Mis à jour : Lundi 18 Septembre 2017

En France, le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l'homme. Il est le plus souvent diagnostiqué après 70 ans. D'évolution lente, ce cancer est de mieux en mieux soigné et représente, malgré sa fréquence, la quatrième cause de décès par cancer chez les Français. Son traitement repose sur la chirurgie (pour enlever la prostate), la radiothérapie et la prescription de médicaments destinés à neutraliser la sécrétion ou les effets de la testostérone.

Qu'est-ce que le cancer de la prostate ?

couple senior

Le cancer de la prostate se traduit par la présence de cellules anormales qui se multiplient de façon incontrôlée dans la prostate. Selon le stade d’évolution du cancer, ces cellules peuvent rester dans la prostate ou envahir les ganglions avoisinants, voire d’autres organes.

Environ 95 % des cancers de la prostate naissent dans la partie de la prostate située contre le rectum (zone périphérique) à partir des cellules qui sécrètent le liquide séminal (le liquide qui constitue la base du sperme) : ces cancers sont appelés « adénocarcinomes de la prostate ». Ces cellules sont sensibles aux hormones sexuelles (testostérone) et les cancers qui en sont issus le sont aussi, ce qui explique l’utilisation de médicaments qui bloquent l’action de la testostérone pour les traiter.

Il existe des formes rares de cancer de la prostate qui ne sont pas des adénocarcinomes :

  • le carcinome à cellules transitionnelles, qui affecte la couche superficielle de la prostate et provient le plus souvent de la vessie ;
  • le sarcome de la prostate, un cancer des cellules musculaires de la prostate qui affecte plutôt les hommes âgés de 40 à 50 ans ;
  • les tumeurs indifférenciées à petites cellules, qui peuvent provoquer des malaises et de la confusion mentale ;
  • parfois, la prostate est envahie par un cancer des globules blancs (leucémie, lymphome non hodgkinien, maladie de Hodgkin).

Les adénocarcinomes de la prostate ne doivent pas être confondus avec l’hypertrophie bénigne de la prostate (HBP ou « adénome de la prostate »), une maladie qui touche la quasi-totalité des hommes de plus de 70 ans et qui correspond à une augmentation du volume de la prostate. L’HBP affecte la partie centrale de la prostate (zone transitionnelle) et n’évolue pas en cancer de la prostate.

La prostate, qu'est-ce que c'est ?
La prostate est une glande de la taille d’une noix qui entoure l’urètre, le canal par lequel l’urine sort de la vessie et par lequel le sperme passe lors de l’éjaculation. La prostate contient des cellules dites glandulaires qui sécrètent le liquide séminal, ainsi que des cellules musculaires qui jouent un rôle lors de l’éjaculation et pour contrôler le jet d’urine.

Le cancer de la prostate est-il une maladie fréquente ?

En France, le cancer de la prostate est le cancer le plus souvent diagnostiqué chez les hommes de plus de 50 ans avec plus de 71 000 cas par an, à l’origine d’un peu moins de 9 000 décès chaque année. L’âge moyen au moment du diagnostic est de 71 ans.


Qui est à risque de cancer de la prostate ?

Certains facteurs de risque du cancer de la prostate ont été identifiés de manière certaine : l’âge, les antécédents familiaux et l’origine ethnique.

  • L’âge : le cancer de la prostate touche des hommes de plus de 70 ans dans la très grande majorité des cas. Il est exceptionnel avant 40 ans.
  • Les antécédents familiaux : il existe une forme dite familiale de cancer de la prostate (20 % des cas) où la personne atteinte connaît deux cas parmi ces parents du premier degré (père, frères, fils), et une forme dite héréditaire (5 % des cas) où la personne atteinte connaît au moins trois cas parmi ses parents du premier et deuxième degré (ou deux cas chez des parents de moins de 55 ans). La recherche de gènes favorisant ce type de cancer de la prostate est en cours.
  • L’origine ethnique : le cancer de la prostate est nettement plus fréquent chez les hommes d’origine africaine, les Européens du Nord et les Nord-Américains.

D’autres facteurs favorisants sont suspectés, en particulier alimentaires : forte consommation de produits laitiers ou de charcuteries, tabagisme, obésité, etc. Mais la confirmation de leur influence nécessite davantage d’études scientifiques.


Quelles sont les causes du cancer de la prostate ?

Les facteurs déclenchant des cancers de la prostate ne sont pas précisément identifiés. On pense que leur apparition est le résultat de l’action conjuguée de facteurs de l’environnement et de facteurs liés aux particularités génétiques et physiologiques des patients.

Peut-on prévenir le cancer de la prostate ?

Aucune mesure de prévention n’a démontré de bénéfice dans la prévention du cancer de la prostate. La consommation régulière de sélénium a été évoquée mais une grande étude publiée en 2014 a montré une augmentation significative du risque de cancer de la prostate chez les personnes qui prenaient des compléments alimentaires à base de sélénium et de vitamine E. Le lycopène a également été évoqué, mais les autorités sanitaires européennes estiment que les preuves sont insuffisantes pour que cette allégation santé soit autorisée pour les produits contenant du lycopène.


Quels sont les symptômes du cancer de la prostate ?

Un cancer de la prostate à un stade peu évolué ne provoque généralement pas de symptôme. Lorsque la tumeur grossit, le patient peut présenter :

  • des difficultés pour uriner : besoin d’uriner fréquemment, faible débit de l’urine, difficulté à produire un jet constant (ou à arrêter le jet), brûlure ou douleur en urinant, etc. Ces symptômes sont également ceux de l’hyperplasie bénigne de la prostate (adénome de la prostate).
  • du sang dans l’urine ou le sperme ;
  • des éjaculations douloureuses avec, parfois, des troubles de l’érection ;
  • des douleurs dans le bassin, les hanches, le haut des cuisses.

Lorsque le cancer de la prostate a envahi d’autres organes, le patient peut souffrir de fatigue, de nausées, de perte de poids et d’appétit, de douleurs des os, etc.

Comment évolue le cancer de la prostate ?

Aujourd’hui, en France, le taux de survie cinq ans après un diagnostic de cancer de la prostate est de 80 %. La progression du cancer de la prostate est le plus souvent lente.

Lorsque le cancer de la prostate est invasif et en l’absence de traitement, les cellules cancéreuses vont migrer, via la circulation de la lymphe, dans les ganglions lymphatiques qui drainent cette région du corps, puis via la circulation sanguine, dans le foie, les os, etc. Ces tumeurs secondaires sont appelées « métastases ».

Les stades d'évolution du cancer de la prostate

En fonction des résultats des examens complémentaires, le médecin peut déterminer le stade d’évolution du cancer de la prostate (ce qui conditionne son pronostic et son traitement). Pour cela, il utilise une classification dite « TNM » qui prend en compte les aspects de la tumeur de la prostate, la présence éventuelle de cellules cancéreuses dans les ganglions, et l’existence éventuelle de métastases. En fonction du résultat de cette classification, le cancer de la prostate est dit :

  • localisé, lorsqu’il est limité à la prostate ;
  • localement avancé, lorsqu’il déborde la prostate mais sans atteinte des ganglions, ni métastases ;
  • avec atteinte ganglionnaire pelvienne, lorsque les ganglions du bassin sont touchés ;
  • métastatique.

De plus, en fonction du TNM, du taux de PSA et du score de Gleason (un examen microscopique de la tumeur qui mesure sa capacité à proliférer), le stade localisé est divisé en trois sous-stades : à faible risque, à risque intermédiaire ou à risque élevé (classification de d’Amico).


Le dépistage du cancer de la prostate repose sur deux examens qui peuvent être pratiqués par le médecin traitant.

Le toucher rectal dans le dépistage du cancer de la prostate

Le toucher rectal consiste à palper directement la prostate en introduisant un doigt ganté dans le rectum du patient. Examen indolore mais redouté car gênant, le toucher rectal permet au médecin de repérer si la prostate est volumineuse, dure ou bosselée, signes d’un possible cancer. Le toucher rectal permet de dépister les cancers de la partie postérieure de la prostate (les plus fréquents) mais il peut être insuffisant pour dépister un cancer situé au cœur de cet organe.

La mesure du PSA dans le dépistage du cancer de la prostate

La prostate sécrète une protéine particulière qui peut être dosée dans le sang : c’est l’antigène prostatique spécifique ou PSA. Lorsque la prostate est le siège d’une inflammation ou d’une forte activité, le taux de PSA (dit « PSA total ») dans le sang augmente. Un cancer de la prostate peut être à l’origine d’un taux de PSA élevé (c’est-à-dire supérieur à 4 ng/ml), mais ce n’est pas forcément la seule raison possible de cette augmentation : dans 75 % des cas, elle n’est pas liée à un cancer de la prostate.

Si l’utilité du PSA dans le suivi d’un cancer de la prostate fait l’unanimité, une controverse existe sur l’usage du PSA dans le dépistage de cancer de la prostate. En effet, parce que d’autres causes de son augmentation existent, la mesure du taux de PSA peut aboutir à de « faux positifs » qui vont imposer de mener sans raison des examens complémentaires coûteux. De plus, dans 15 % des cas, les hommes qui souffrent de cancer de la prostate ont néanmoins un taux de PSA normal. Pour ces raisons, les médecins accordent plus d’attention à l’évolution du taux de PSA d’un patient au cours du temps, plutôt qu’à une mesure unique isolée. Enfin, certains médecins reprochent à la mesure du PSA de permettre la découverte de cancers de la prostate sans symptômes et qui ne vont pas forcément évoluer. Ces cas vont néanmoins être traités, avec des conséquences humaines (le traitement est lourd) et économiques (le traitement est coûteux).

Aujourd’hui, les autorités de santé ne recommandent pas un dépistage systématique du cancer de la prostate. La décision d’un dépistage est prise au cas par cas en concertation avec le médecin.

PSA et finastéride
Les hommes qui prennent un traitement contre la chute des cheveux ou l'hypertrophie bénigne de la prostate à base de finastéride (Chibro-Proscar, Propecia et leurs génériques) doivent le signaler lors d'une prise de sang pour mesurer le PSA. En effet, cette substance diminue le taux de PSA et fausse ainsi l'interprétation des résultats de la prise de sang.

Lorsqu’à la suite d’un examen clinique et d’un toucher rectal, le médecin suspecte la présence d’un cancer de la prostate, il a recours à divers examens complémentaires :

  • la mesure du taux sanguin de PSA ;
  • l’échographie transrectale ;
  • la biopsie de la prostate.

L'échographie transrectale de la prostate

Pour visualiser les différentes parties de la prostate et rechercher une tumeur, l’urologue introduit une sonde échographique fine dans le rectum du patient. Si la présence d’anomalies de la prostate est confirmée, le médecin va programmer un prélèvement de tissu, également appelé biopsie de la prostate.

La biopsie de la prostate

La biopsie est le seul moyen de diagnostiquer un cancer de la prostate avec certitude. Guidé par l’échographie, l’urologue prélève une douzaine de minuscules fragments de prostate avec une aiguille spéciale, à travers le rectum. La biopsie ne nécessite pas d’hospitalisation. Cet examen est parfois effectué sous anesthésie locale mais, dans la plupart des cas, il est effectué sans anesthésie car il n’est guère douloureux. Les prélèvements sont envoyés au laboratoire pour analyse microscopique.

Avant l’examen, le médecin prescrit des antibiotiques et un lavement à effectuer avant la biopsie. Après l’examen, du sang est parfois présent dans l’urine, les selles ou le sperme pendant quelques jours (deux ou trois semaines dans le sperme). Les complications de cet examen sont essentiellement infectieuses et le patient est invité à signaler rapidement toute fièvre à son médecin.


Comment soigne-t-on le cancer de la prostate ?

Le traitement du cancer de la prostate a pour objectif la guérison du patient, à défaut l’amélioration de sa qualité de vie et de sa survie, ainsi que la prévention des complications ou des effets indésirables des traitements.

Parce que le cancer de la prostate évolue lentement, il n’y pas d’urgence à le traiter. Après le diagnostic, de nombreux examens complémentaires sont effectués et, dans certains cas, le traitement est retardé en faveur d’une période de surveillance active. Cette stratégie est destinée à éviter le traitement agressif de cancers de la prostate d’évolution très lente qui ne justifient pas les possibles complications et effets indésirables des traitements.

Les cancers de la prostate sont traités par la chirurgie (pour enlever la prostate), la radiothérapie (la radiothérapie externe et la curiethérapie) et l’administration de médicaments d’hormonothérapie, voire plus rarement de chimiothérapie. Dans certains cas, la seule mesure qui est prise est une surveillance active du cancer.

Comme pour les autres cancers, le traitement du cancer de la prostate repose sur un ensemble de protocoles codifiés qui sont adaptés aux particularités du patient. Il est administré dans ou en lien avec des centres de lutte contre le cancer accrédités par l’Institut national du cancer (INCa).

Les quatre types de stratégie de traitement du cancer de la prostate

Selon le stade d’évolution du cancer de la prostate et l’âge du patient (les patients très âgés ont parfois une espérance de vie inférieure au temps nécessaire à l’aggravation de leur cancer), le médecin peut adopter quatre attitudes :

  • le traitement d’emblée pour guérir le cancer (si le patient est relativement jeune et le cancer de la prostate peu invasif).
  • le traitement différé avec surveillance active. Par surveillance active on entend un examen clinique avec toucher rectal et mesure du PSA tous les six mois, associés à une biopsie de la prostate un an après le diagnostic, puis tous les deux à trois ans.
  • le traitement palliatif d’emblée, c’est-à-dire ne visant pas la guérison complète mais le maintien de la qualité de vie et le contrôle de l’évolution du cancer. Cette stratégie est également appelée « abstention-surveillance ».
  • le traitement palliatif différé avec surveillance active.

Le traitement du cancer de la prostate selon son stade d'évolution

Les recommandations sur le traitement du cancer de la prostate sont fonction de son stade d’évolution.

Le traitement des cancers de la prostate localisés

Les cancers de la prostate localisés sont traités selon leur sous-stade d’évolution :

  • les cancers localisés à faible risque peuvent être l’objet d’une surveillance active, d’un traitement par radiothérapie externe ou par curiethérapie, ou d’une intervention chirurgicale pour enlever la prostate. Dans certains cas, un traitement par hormonothérapie peut également être prescrit.
  • les cancers localisés à risque intermédiaire sont traités par chirurgie, par radiothérapie externe, associées éventuellement à une hormonothérapie.
  • les cancers localisés à risque élevé font l’objet d’une longue hormonothérapie (au moins trois ans) et/ou de radiothérapie externe. Chez les hommes relativement jeunes, la chirurgie peut être envisagée, éventuellement associée à une radiothérapie et une hormonothérapie.

Le traitement des cancers de la prostate localement avancés

Les cancers de la prostate localement avancés se soignent généralement par la radiothérapie externe et une hormonothérapie de plusieurs années. Chez les hommes relativement jeunes, la chirurgie peut être envisagée, éventuellement associée à une radiothérapie et une hormonothérapie.

Le traitement des cancers de la prostate avec atteinte ganglionnaire

Le plus souvent, les cancers de la prostate avec atteinte ganglionnaire se soignent par une hormonothérapie sur plusieurs années, avec éventuellement recours à la chirurgie ou à la radiothérapie. Le médecin peut également opter pour une abstention-surveillance.

Le traitement des cancers de la prostate métastasés

Les cancers de la prostate métastasés se soignent par hormonothérapie ou abstention-surveillance. La radiothérapie, voire la chimiothérapie, sont éventuellement utilisées pour contrôler les symptômes dus aux métastases, en particulier la douleur.


Dans le contexte du traitement du cancer de la prostate, la chirurgie est employée pour enlever la prostate (« prostatectomie »), ainsi que, dans certains cas, les ganglions qui drainent la région atteinte (« curage axillaire »).

La prostatectomie dans le traitement du cancer de la prostate

opération chirurgicale

L’ablation de la prostate est pratiquée pour traiter les cancers de la prostate localisés à risque faible ou intermédiaire, voire ceux à risque élevé ou localement avancés. Cette intervention chirurgicale nécessite cinq à sept jours d’hospitalisation et peut se faire par une incision dans l’abdomen ou, rarement, au niveau du périnée (entre le scrotum et l’anus). Elle peut également être pratiquée à l’aide d’instruments insérés par de petites ouvertures dans l’abdomen (« cœlioscopie »).

Le chirurgien enlève la prostate et les vésicules séminales (glandes en forme de sac où le sperme est stocké). Parfois, il enlève les ganglions avoisinants (« curage ganglionnaire ») : un ganglion « témoin » peut être examiné au microscope pendant l’intervention pour savoir si le cancer a envahi les ganglions. Lorsque le cancer a envahi les tissus entourant la prostate, ces tissus sont également retirés, ce qui pourra entraîner certains effets indésirables, par exemple des troubles de l’érection.

Une sonde urinaire est posée et laissée en place cinq à dix jours, car le chirurgien refait la jonction entre la vessie et l’urètre (le canal qui conduit l’urine vers l’extérieur) une fois la prostate enlevée.

Les ultrasons focalisés de haute intensité
Une nouvelle technique non chirurgicale est en cours d’évaluation pour détruire la prostate lors de cancer localisé à faible risque. Cette technique (également appelée « Ablatherm ») utilise des ultrasons particuliers pour brûler la prostate fragment par fragment, grâce à une sonde spéciale insérée dans le rectum (mais sans brûler le rectum). Cette technique n’est pas sans complication : incontinence urinaire dans un tiers de cas et rétrécissement de l’urètre.

Les complications de la chirurgie du cancer de la prostate

Les complications de la chirurgie du cancer de la prostate sont essentiellement l’incontinence urinaire et les troubles de l’érection (impuissance).

L'incontinence urinaire après l'ablation de la prostate

Une fois la sonde urinaire enlevée, les personnes qui ont subi une prostatectomie souffrent d’incontinence urinaire du fait de l’absence de prostate et de son rôle habituel dans la rétention de l’urine. Cette incontinence est, dans la grande majorité des cas, temporaire. La personne opérée retrouve en quelques semaines le contrôle de ses émissions d’urine, en particulier la nuit. Par contre, il n’est pas rare que subsiste une incontinence d’effort (c’est-à-dire une fuite d’une petite quantité d’urine à la suite d’un effort physique).

Le traitement de cette incontinence d’effort fait appel à des techniques de rééducation des sphincters (les muscles qui contrôlent la fermeture de la vessie) et l’incontinence disparaît complètement en quelques mois, au plus une année. Moins de 3 % des hommes opérés continuent de souffrir de cette incontinence d’effort au-delà de la première année suivant la chirurgie.

Les troubles de l'érection après l'ablation de la prostate

Les nerfs et les vaisseaux sanguins qui contrôlent l’érection passent le long de la prostate, au sein de ce qu’on appelle les « bandelettes neurovasculaires ». Le chirurgien veille à ne pas endommager ces bandelettes en enlevant la prostate, mais l’inflammation qui suit l’intervention provoque fréquemment des troubles de l’érection temporaires dans les mois qui suivent la chirurgie.

Si le cancer a envahi les tissus voisins de la prostate, il peut être nécessaire d’enlever une ou les deux bandelettes. Si seule une bandelette a été enlevée, si le patient est relativement jeune, s’il avait des érections de bonne qualité avant l’intervention, ses chances de retrouver des érections de qualité sont plus élevées (chez un patient sur deux, voire plus fréquemment), mais cette récupération peut nécessiter une ou deux années.

Des traitements existent pour les hommes qui souffrent de troubles de l’érection après une ablation de la prostate. Cette complication est relativement fréquente et les urologues qui soignent le cancer de la prostate ont l’habitude d’aider leur patient à retrouver une vie sexuelle satisfaisante.

Qu'appelle-t-on orgasme sec ?
Lors de l'ablation de la prostate, les vésicules séminales sont enlevées avec la prostate. De ce fait, les hommes opérés n'éjaculent plus. Ils sont capables de ressentir un orgasme mais sans émission de sperme.

Dans le traitement du cancer de la prostate, les rayons ionisants (radiothérapie) sont principalement utilisés pour les formes localisées ou localement avancées, parfois dans des stades plus avancés ou pour soulager les symptômes dus aux métastases. La radiothérapie peut être externe (des rayons projetés traversent la peau et détruisent les cellules cancéreuses de la prostate) ou utiliser des implants radioactifs dans la prostate (« curiethérapie »).

Les séances de radiothérapie externe dans le cancer de la prostate

Dans le cadre du traitement du cancer de la prostate, la radiothérapie externe est le plus souvent administrée pendant quatre à cinq jours consécutifs (à raison d'une séance par jour) durant six à huit semaines.

Les effets indésirables de la radiothérapie externe de la prostate sont :

  • une inflammation de la vessie qui provoque des envies pressantes d’uriner, des difficultés à uriner, des sensations de brûlures en urinant ;
  • une inflammation du rectum provoquant des fausses envies d’aller à la selle, des saignements ou des crises d’hémorroïdes ;
  • de la diarrhée.

Plus de trois mois après la fin de la radiothérapie, d’autres effets indésirables peuvent apparaître : sang dans les urines et les selles, et troubles de l’érection d’apparition progressive sur plusieurs mois voire plusieurs années (ces troubles affectent 50 à 70 % des hommes qui ont subi une radiothérapie externe).

La curiethérapie dans le traitement du cancer de la prostate

La curiethérapie est une forme de radiothérapie qui consiste à insérer des grains ou des fils radioactifs directement dans la prostate. Elle se pratique dans le traitement des cancers localisés à faible risque. Aujourd’hui, dans la plupart des cas, ce traitement utilise des implants permanents de petites billes contenant de l’iode radioactif (iode 125).

Cette intervention est faite sous anesthésie générale au cours d’une hospitalisation brève, parfois après un traitement hormonal pour réduire la taille de la prostate. Les billes vont émettre des rayons qui vont détruire les cellules cancéreuses, mais ces rayons ne sont pas assez puissants pour sortir du corps. En quelques mois, la radioactivité des billes diminue fortement et elle a disparu un an après leur mise en place dans la prostate.

Les éventuels effets indésirables de la curiethérapie de la prostate durent trois à six mois : difficultés à uriner, sang dans les urines ou le sperme, saignements du rectum et hémorroïdes, fatigue, parfois incontinence urinaire. Ces effets indésirables, en particulier urinaires, peuvent persister plus longtemps, voire de manière permanente chez 10 % des patients. De plus, des troubles de l’érection peuvent apparaître chez un tiers des patients, en particulier ceux qui reçoivent également un traitement hormonal.

Les précautions à prendre après la curiethérapie

Pendant les deux mois qui suivent l’implantation des billes radioactives, il est préférable :

  • de ne pas prendre d’enfant sur ses genoux ;
  • de ne pas côtoyer de femme enceinte ;
  • de filtrer ses urines (parfois une bille peut passer dans les urines, elle doit être rapportée à l’hôpital dans un container spécial) ;
  • d’utiliser systématiquement des préservatifs (le sperme peut être radioactif).

S’il décède dans les deux ans qui suivent l’implantation d’iode 125 dans sa prostate, un homme porteur de ces billes ne peut pas être incinéré.


Les traitements médicamenteux du cancer de la prostate sont essentiellement des traitements hormonaux qui bloquent la croissance des cellules cancéreuses en bloquant la sécrétion ou l'action de la testostérone. Ces traitements font partie de deux familles : les analogues de la LHRH et les anti-androgènes. Ils sont plutôt prescrits pour traiter les cancers localisés à risque élevé, ceux localement avancés et ceux avec atteinte ganglionnaire, mais peuvent également être utiles contre les autres stades du cancer de la prostate.

Les analogues de la LHRH dans le traitement du cancer de la prostate

Les analogues de la LHRH (contenant de la buséréline, de la goséréline, de la leuproréline ou de la triptoréline) bloquent l’action de la LHRH, l’hormone qui stimule la sécrétion de la testostérone par les testicules. Ils sont administrés en injections sous la peau à un rythme variable selon le médicament (tous les un, trois, quatre ou six mois), pour toute la vie du patient. Le début du traitement peut provoquer une augmentation temporaire du taux de testostérone dans le sang qui nécessite la prescription simultanée d’anti-androgènes pendant quelques semaines.

Les éventuels effets indésirables des analogues de la LHRH sont les bouffées de chaleur, des douleurs des seins, des nausées et des vomissements, une baisse du désir sexuel et des troubles de l’érection, de la fatigue, des maux de tête, de la transpiration excessive, une prise de poids, etc. À long terme, les analogues de la LHRH peuvent être à l’origine d’une ostéoporose (fragilisation des os) qui nécessite un traitement spécifique.

Liste des médicaments mise à jour : Mardi 18 Juin 2019

Hormones de synthèse

Les anti-androgènes dans le traitement du cancer de la prostate

Les médicaments anti-androgènes (contenant de l’acétate de cyprotérone, du bicalutamide, du flutamide ou du nilutamide) bloquent l’action de la testostérone. Ils sont administrés sous forme de comprimés.

Leurs effets indésirables sont similaires à ceux des analogues de la LHRH avec, également, une sécheresse de la peau, des gonflements des jambes et, dans le cas du nilutamide, des troubles de la vision des couleurs.

Légende
Médicament générique
L'ablation des testicules dans le cancer de la prostate
Chez les personnes très âgées ou pour lesquelles la vie sexuelle n'est plus un souci, il est possible de réduire le taux de testostérone dans le sang en enlevant chirurgicalement les testicules (ou leur partie centrale). Les effets indésirables de cette intervention sont identiques à ceux des traitements hormonaux. Ce type de traitement reste relativement rare.

La chimiothérapie anticancéreuse dans le traitement du cancer de la prostate

Dans le contexte du cancer de la prostate, la chimiothérapie n’est utilisée que dans des cas très particuliers de cancers métastasés qui résistent à un traitement hormonal (les cancers dits « hormonorésistants »).

Le plus souvent, elle consiste en séances de perfusion intraveineuse (les « cures ») tous les jours ou par cycles de deux jours espacés de deux semaines. Elle peut éventuellement se faire par voie orale (comprimés). Ses éventuels effets indésirables sont les nausées et les vomissements, une coloration bleu vert des urines, des yeux rouges, des plaies de la bouche, des fourmillements et des engourdissements des pieds et des mains, de la fatigue, une baisse des défenses immunitaires, des diarrhées, etc.


Quelle place pour l’activité physique adaptée dans la prise en charge du cancer de la prostate ?

ordonnance

L’activité physique adaptée (APA) fait partie des traitements non médicamenteux des cancers. En effet, la pratique régulière d’une activité physique contribue à réduire les effets indésirables des traitements de chimiothérapie, combat la fatigue et la dépression, et peut réduire le risque de récidive (en particulier dans les cancers de la prostate).

De nombreuses activités sportives peuvent être adaptées pour pouvoir être pratiquées par les personnes souffrant de cancers : par exemple, athlétisme, basket-ball, canoë-kayak, escrime, football, karaté, et tennis de table.

Dans le cadre des cancers, le médecin traitant peut désormais prescrire de l’APA en précisant les objectifs recherchés (lutte contre la fatigue, amélioration de l’humeur, etc.) et les contre-indications propres au patient. Dans les clubs qui proposent ces disciplines, des éducateurs formés à la pratique du sport santé sont chargés de définir des protocoles de remise en forme et d’entraînement adaptés à chaque cas particulier. Les frais engagés, souvent modestes, sont parfois pris en charge par les assurances complémentaires (« mutuelles ») ou les mairies / départements.

Les patients qui ont recours à ces activités adaptées témoignent de bénéfices physiques (par exemple sur l’autonomie et l’endurance), mais également de bénéfices psychosociaux (lutte contre l’isolement, meilleure image de soi).


Les patients qui ont subi un traitement contre le cancer de la prostate font l’objet d’un suivi médical rapproché pendant plusieurs années, afin de dépister rapidement d’éventuelles récidives.

Le suivi médical après une prostatectomie

Les hommes qui ont subi une ablation de la prostate à la suite d’un cancer sont revus entre six semaines et trois mois après la chirurgie pour un toucher rectal et un dosage du PSA. Si le PSA est négatif, des prises de sang sont faites tous les six mois pendant trois ans, puis tous les ans. Si le PSA est encore mesurable, il est dosé de nouveau trois mois plus tard. S’il n’est pas négatif à cette date, des examens complémentaires sont nécessaires.

Le suivi médical après une radiothérapie externe

Après une radiothérapie externe, un toucher rectal et un dosage du PSA sont faits trois mois après la fin du traitement, puis tous les six mois. Parce que la prostate n’a pas été enlevée, le taux de PSA diminue progressivement pour disparaître normalement en deux à trois ans.

Le suivi médical après une curiethérapie

Un à deux mois après la mise en place d’une curiethérapie, un scanner ou une IRM sont pratiqués pour évaluer l’état de la prostate et la position des billes. Le PSA est mesuré après trois mois, puis tous les six mois. Comme après une radiothérapie externe, le taux de PSA diminue régulièrement dans les années qui suivent la curiethérapie.

Le suivi médical après un traitement hormonal

Après la prescription d’une hormonothérapie, un toucher rectal et un dosage du PSA sont faits après trois et six mois de traitement, puis tous les six mois. Des dosages sanguins supplémentaires sont nécessaires avec les anti-androgènes pour évaluer l’état du foie.

Les symptômes à signaler après un cancer de la prostate

Si vous avez souffert d’un cancer de la prostate, contactez votre médecin si vous ressentez :

  • des difficultés pour uriner ;
  • de la fatigue inexpliquée ;
  • des douleurs des os, en particulier au niveau des hanches, du dos, des cuisses ou du cou.

Pour en savoir plus sur le cancer de la prostate

L’Institut national du cancer (INCa) publie des guides destinés aux patients, complets et faciles à comprendre. Celui consacré au cancer de la prostate est ici.


Sources et références de l'article "Cancer de la prostate"