Mélanome (cancer de la peau)

Mis à jour : Mercredi 21 Juin 2017

Le mélanome est l'une des formes les plus graves de cancer de la peau (cutanés). Même s'il ne représente que 10 % des cancers cutanés, le mélanome est à l'origine de la grande majorité des décès dus à ce type de cancer. Pour cette raison, il est important de connaître les modalités de sa prévention (la protection contre le soleil, en particulier chez les enfants et les personnes qui ont la peau claire) et de son dépistage (la surveillance des grains de beauté).

Les différents types de cancer de la peau

mélanome

Le terme « cancer de la peau » correspond à la présence de cellules anormales au sein de la peau, cellules qui se multiplient de façon anarchique pour former une tumeur (un « carcinome »). Selon le type de cancer, ces cellules peuvent rester localisées dans la peau (cancers dits « in situ » ou « localisés ») ou envahir les ganglions proches de la tumeur, voire d’autres organes (mélanomes dits « invasifs »).

Les cancers de la peau qui ne sont pas des mélanomes

Les cancers de la peau autres que les mélanomes sont les plus fréquents (90 % des cas, avec au moins 65.000 cas chaque année en France). Ces cancers se soignent bien s’ils sont diagnostiqués rapidement. Il en existe essentiellement deux formes : le carcinome basocellulaire et le carcinome épidermoïde cutané. Ils se développent à partir des cellules de la peau appelées kératocytes.

Le carcinome basocellulaire

Le carcinome basocellulaire, qui représente 70 % des cancers de la peau, se forme le plus souvent sur le visage, chez les personnes à peau claire et de plus de 50 ans. Il peut également apparaître sur la peau du cou, des bras ou du dos des mains. C’est le cancer de la peau le moins grave, son évolution est lente et il n’est jamais invasif (il ne produit jamais de métastases). Le carcinome basocellulaire est lié à l’exposition aux rayons du soleil. Il se traduit par une lésion rosée de quelques millimètres qui ne guérit pas.

Le carcinome épidermoïde cutané

Anciennement appelé « carcinome spinocellulaire », le carcinome épidermoïde cutané représente 20 % des cancers de la peau. Il se développe à partir de lésions dites « précancéreuses » (également appelées « kératoses actiniques »), en particulier au niveau des cicatrices de brûlures et des plaies chroniques. Favorisé par l’exposition au soleil, le carcinome épidermoïde cutané peut se traduire par une plaie, un bouton ou une croûte qui ne guérit pas. Ces cancers de la peau ne deviennent invasifs que très rarement, dans moins de 1 % des cas.

Les grains de beauté, tumeurs bénignes de la peau
Le grain de beauté, également appelé « nævus », est une forme de tumeur non cancéreuse de la peau qui se forme habituellement entre les âges de 5 et 15 ans. Un grain de beauté normal peut être brun ou rosé, plat ou surélevé, le plus souvent d’un diamètre inférieur à 6 mm. Habituellement, les grains de beauté sont ronds ou ovales, avec des bords nets et réguliers.
Sous certaines conditions, un grain de beauté peut donner naissance à un mélanome. Pour cette raison, les personnes qui ont beaucoup de grains de beauté ont un risque plus élevé de développer ce type de cancer et doivent appliquer les mesures de surveillance pour dépister un éventuel cancer de la peau de façon précoce.

Les mélanomes

Les mélanomes sont des tumeurs cancéreuses qui se forment à partir des cellules responsables de la coloration de la peau et des yeux, les mélanocytes. Dans 90 % des cas, les mélanomes apparaissent sur la peau, mais ils peuvent également apparaître dans la bouche, le nez, les sinus et le rectum, ainsi que sur les organes génitaux. Ils peuvent survenir à tout âge.

Les mélanomes représentent 10 % des cancers de la peau mais ils sont les plus dangereux. En effet, ils peuvent progresser rapidement et envahir les ganglions lymphatiques avoisinants, voire l’ensemble du corps sous forme de métastases. On distingue quatre formes de mélanome.

Le mélanome superficiel extensif

Le mélanome superficiel extensif est le plus fréquent des mélanomes (de 70 à 80 % des cas). Il est principalement lié à des coups de soleil survenus pendant l’enfance, en particulier chez les personnes à peau claire. Le mélanome superficiel extensif se traduit par une tache irrégulière brune ou noire sur le cou, le torse ou les jambes. Elle s’élargit progressivement pendant quelques années puis change rapidement d’aspect lorsqu’elle commence à croître dans la profondeur de la peau.

Le mélanome de Dubreuil ou mélanome solaire

Responsable de 5 à 10 % des mélanomes, le mélanome de Dubreuil est plutôt observé chez les personnes de plus de 50 ans, chez lesquelles il forme une tache brune sur le visage, le cou ou le dos des mains. Comme le mélanome superficiel extensif, il croît d’abord en surface avant d’envahir les couches profondes de la peau. Il est lié à une exposition excessive au soleil.

Le mélanome acro-lentigineux

Le mélanome acro-lentigineux est plus fréquemment observé chez les personnes à peau très brune ou noire (60 % des cas de mélanomes chez ces personnes, contre 5 % chez les personnes à peau plus claire). Sous la forme d’une tache ou d’un nodule, il se développe plutôt sur les paumes des mains, la plante des pieds ou sous les ongles. Il est facilement confondu avec une verrue ou un durillon.

Le mélanome nodulaire

Le mélanome nodulaire est à l’origine de 4 à 18 % des mélanomes. Il se présente sous la forme d’une lésion surélevée par rapport au reste de la peau, de coloration normale ou foncée, sur la tête, le cuir chevelu, le cou ou le tronc (mais il peut apparaître à tout endroit de la peau, même protégé du soleil). De croissance rapide, il a tendance à se développer en profondeur sans s’étendre en surface.

Le mélanome est-il fréquent ?

En France, le mélanome est le 11e cancer en terme de fréquence de diagnostic (11e chez les hommes, 9e chez les femmes). Chaque année, environ 8 300 mélanomes sont diagnostiqués, dont un peu plus de la moitié (53 %) chez les femmes, et environ 1 600 personnes décèdent de cette maladie. L’âge moyen au moment du diagnostic est de 59 ans.

La fréquence des mélanomes a augmenté au cours des dernières années et semble désormais se stabiliser.


Qui est à risque de mélanome ?

Certains facteurs de risque de développer un cancer de la peau, et en particulier un mélanome, ont été identifiés :

  • avoir une peau claire, des yeux bleus ou verts, des cheveux blonds ou roux (personnes dites de « phototype I ou II ») ;
  • avoir un grand nombre de grains de beauté : les personnes qui ont plus de 50 grains de beauté de plus de 2 mm de diamètre ont un risque quatre à cinq fois plus élevé de mélanome ;
  • avoir deux grains de beauté dits « atypiques » ou davantage : plus de 6 mm de diamètre, ou d’aspect marbré rouge et brun, ou de forme irrégulière, ou avec un centre surélevé et des bords déchiquetés. Ces grains de beauté atypiques sont présents chez environ 10 % des personnes, plutôt sur le dos, le torse, les fesses, les seins ou le cuir chevelu.
  • avoir déjà eu un cancer de la peau ;
  • avoir deux parents du premier degré (parents, frères et sœurs, enfants) qui ont eu un cancer de la peau ;
  • être atteint de xeroderma pigmentosum, une maladie génétique qui augmente la sensibilité de la peau aux rayons UV ;
  • vivre dans une région de forte exposition aux rayons UV du soleil (altitude, tropiques, près du pôle Sud) ;
  • exercer un travail à l’extérieur dans une région fortement ensoleillée ;
  • avoir des cicatrices de brûlure étendues ;
  • prendre un traitement médicamenteux qui diminue l’activité du système immunitaire : par exemple, biothérapies contre les maladies auto-immunes, traitement contre le rejet d’une greffe, etc.
  • souffrir d’une maladie qui affaiblit le système immunitaire comme le VIH/sida, par exemple.
Les gènes qui augmentent le risque de mélanome
Les scientifiques se sont penchés sur les cas de mélanomes dits « familiaux » où une forte prédisposition génétique pouvait être suspectée (5 à 10 % des mélanomes). Cette recherche a permis la découverte de divers gènes qui favorisent ce type de cancer, en particulier les gènes CDKN2A (également appelé P6) et CDK4 qui sont à l'origine de 40 % des mélanomes dits familiaux.

Quelles sont les causes des cancers de la peau ?

On estime que deux tiers des cancers de la peau sont dus à une exposition excessive aux rayons ultraviolets (UV) du soleil, davantage chez les personnes qui ont la peau claire. Les UV sont à la fois capables de provoquer des mutations cancéreuses des cellules de la peau (UVB, voir encadré) et de perturber les mécanismes de défense de la peau (UVA).

Les dermatologues pensent que les mélanomes seraient particulièrement liés aux coups de soleil attrapés pendant l’enfance. Les carcinomes semblent plutôt causés par une exposition régulière et prolongée au soleil tout au long de la vie.

Aujourd’hui, les médecins pensent que la peau possède une capacité limitée à se protéger contre les UV (le « capital solaire », plus élevé chez les personnes dont la peau est naturellement foncée). Lorsque cette capacité maximale est atteinte, la peau ne peut plus se défendre et les cancers de la peau peuvent se développer. Pour cette raison, l’exposition au soleil doit être pensée comme une accumulation de moments d’exposition sur toute la durée de la vie. Ce serait le total de tous ces moments d’exposition qui influerait sur l’apparition de cancers de la peau.

Dans certains cas, les cancers de la peau apparaissent suite à une exposition prolongée à certaines substances chimiques : les produits issus du pétrole, certains herbicides, l’arsenic, etc.

Les rayons ultraviolets
Dans le rayonnement du soleil (et celui des lampes à bronzer), il existe deux types de rayons ultraviolets (UV) :
  • les UVA représentent 95 % des UV de la lumière solaire et pénètrent jusqu’aux couches profondes de la peau (derme). Ils irritent la peau et favorisent la production de substances appelées radicaux libres qui favorisent le vieillissement cutané et diminuent la capacité de la peau à lutter contre les cellules cancéreuses. Les lampes à bronzer émettent de grandes quantités d’UVA, jusqu’à cinq fois plus que le soleil. Les UVA sont capables de traverser le verre.
  • les UVB représentent 5 % des UV de la lumière solaire et ne pénètrent que les couches superficielles de la peau. Néanmoins, les UVB provoquent des mutations des cellules de la peau et ils sont à l’origine de la plupart des cancers de la peau. Certaines lampes à bronzer émettent également des UVB. Les UVB sont arrêtés par le verre.

Peut-on prévenir les cancers de la peau ?

La prévention des cancers de la peau repose sur trois mesures :

  • se protéger contre les rayons ultraviolets du soleil (et en protéger ses enfants) ;
  • s’abstenir de fréquenter les salons de bronzage artificiel ;
  • faire effectuer un examen régulier de la peau par un dermatologue, en particulier lorsqu’on est davantage à risque de développer un cancer de la peau.

Attention, le bronzage ne protège pas la peau des effets néfastes du soleil : on considère que le bronzage correspond à une protection de niveau FPS2 (Facteur de protection solaire 2). Les personnes bronzées doivent donc continuer à appliquer une protection solaire et à ne pas s’exposer exagérément.

Pour en savoir plus sur la protection de la peau contre les effets du soleil.


Quels sont les symptômes des cancers de la peau ?

Les mélanomes, en général, ne provoquent ni démangeaisons, ni saignements, ni douleur.

Dans 20 à 30 % des cas, les mélanomes naissent à partir d’un grain de beauté. Dans ce cas, le grain de beauté change de taille ou de couleur, ses bords deviennent irréguliers. Parfois, il prend plusieurs couleurs (par exemple, brun, rouge ou bleu-noirâtre) et saigne. Dans 70 à 80 % des cas, les mélanomes se présentent sous la forme de taches qui ressemblent à un grain de beauté, d’apparition récente et de couleur noirâtre.

Les mélanomes peuvent être présents sur l’ensemble du corps, mais ils sont plus fréquents dans le dos (chez les hommes) et sur le bas des jambes (chez les femmes). Ils peuvent également apparaître sur les muqueuses de la bouche, du nez ou des organes génitaux. Au niveau des ongles, ils se présentent généralement sous la forme d’une bande noire dans le sans de la longueur de l’ongle qui s’élargit au fil des mois.

Les caractéristiques des cancers de la peau non mélanomes
Le carcinome basocellulaire apparaît plutôt comme une lésion surélevée de couleur rosée (comme une petite bille de cire), le plus souvent sur le visage, les oreilles ou le cou. Parfois, il ressemble à une plaque rosée sur le dos ou la poitrine, ou à une petite plaie qui ne guérit pas. Le carcinome épidermoïde cutané ressemble au carcinome basocellulaire. Parfois, la lésion est rugueuse.

Comment évolue le mélanome ?

Aujourd’hui, en France, le taux de survie cinq ans après un diagnostic de mélanome est de 87 % (83 % chez les hommes, 89 % chez les femmes).

Les mélanomes naissent de quelques cellules cancéreuses qui apparaissent à la surface de la peau sous l’influence des rayons ultraviolets. Ensuite, ces cellules se multiplient, le plus souvent en surface ce qui provoque un élargissement de la lésion. Après quelques années, les cellules cancéreuses évoluent et se mettent à envahir rapidement les couches profondes de la peau : le mélanome devient invasif.

Lorsque le mélanome est invasif et en l’absence de traitement, les cellules cancéreuses vont progressivement migrer, via la circulation de la lymphe, dans les ganglions lymphatiques qui drainent la région du corps où se trouve la tumeur (ganglions du cou, des clavicules, des aisselles, des genoux, etc). Sans traitement, certaines de ces cellules vont ensuite passer dans la circulation sanguine pour aller s’installer et se multiplier dans le foie, les poumons, les os, le cerveau, etc. Ces tumeurs secondaires sont appelées « métastases ».

Les stades d'évolution du mélanome

En fonction des résultats des examens complémentaires, le médecin peut déterminer le stade d’évolution du mélanome (ce qui conditionne son pronostic et son traitement). Pour cela, il utilise une classification dite « pTNM » qui prend en compte les aspects de la tumeur, la présence éventuelle de cellules cancéreuses dans les ganglions, et l’existence éventuelle de métastases. En fonction du résultat de cette classification, le mélanome est dit :

  • de stade I : mélanome localisé à la peau, de faible épaisseur, sans ulcération de la peau ni atteinte des ganglions lymphatiques ;
  • de stade II : mélanome localisé à la peau, un peu épais ou avec ulcération de la peau, sans atteinte des ganglions ;
  • de stade III : mélanome envahissant au-delà de la peau, avec atteintes de ganglions et, éventuellement, métastases ;
  • de stade IV : mélanome métastatique.

Peut-on dépister les cancers de la peau ?

Le dépistage des cancers de la peau consiste à se faire examiner régulièrement par un dermatologue, en particulier lorsqu’on est à risque plus élevé de développer ce type de cancer. Votre dermatologue vous indiquera la fréquence d’examen adapté à votre cas.

De plus, les personnes à risque peuvent apprendre à surveiller eux-mêmes leur peau : c’est l’auto-examen de la peau.

Faire un auto-examen de sa peau

Deux à trois fois par an, les personnes qui sont à risque de mélanome doivent faire le point sur l’aspect de leurs grains de beauté ou repérer de nouvelles taches. En règle générale, chez une personne, tous les grains de beauté se ressemblent. Il est particulièrement important de rechercher ceux qui sortent du lot, ceux que les dermatologues appellent « les vilains petits canards ».

Pour cela, il est nécessaire d’inspecter la peau à l’œil nu, mais également en s’aidant d’un miroir en pied (pour voir le dos, les épaules, le cou, etc.) en n’oubliant pas de lever les bras. De plus, un miroir à main peut être indispensable pour inspecter les zones inaccessibles à la vue. Il peut parfois être intéressant de faire des photos des grains de beauté les plus gros pour détecter un éventuel changement de forme, de couleur, de taille ou d’épaisseur.

Appliquer la méthode ABCDE

La méthode ABCDE est un moyen mnémotechnique simple pour se souvenir des éléments à rechercher sur les grains de beauté ou autres taches :

  • Asymétrie : les grains de beauté ou les taches qui ne sont ni ronds, ni ovales ou qui ne sont pas homogènes en termes de couleur ou de relief doivent être particulièrement surveillés.
  • Bords irréguliers : des bords déchiquetés sont le signe d’un grain de beauté à surveiller.
  • Couleur non homogène : attention aux grains de beauté et aux taches qui mélangent plusieurs couleurs (brun, rouge, blanc, bleu ou bleu-noirâtre).
  • Diamètre : les grains de beauté de plus de 6 mm de diamètre doivent faire l’objet d’une surveillance attentive.
  • Évolution : tout changement rapide de la taille, de la forme, de la couleur ou de l’épaisseur d’un grain de beauté ou d’une tache justifie une consultation chez un dermatologue.

Si vous avez de nombreux grains de beauté, repérez ceux qui répondent à un ou plusieurs critères de la méthode ABCDE et faites-les examiner régulièrement par un dermatologue.

Comment diagnostique-t-on les cancers de la peau ?

Le diagnostic des cancers de la peau repose sur l’examen clinique de la peau et sur l’analyse microscopique du prélèvement de la lésion suspecte.

L'examen de la peau

Lors de l’examen de la peau du patient, le dermatologue peut utiliser un appareil particulier, le dermoscope, une sorte de microscope qui lui permet de voir à travers la couche la plus superficielle de la peau. Parfois, il utilise également une lampe qui émet des rayons ultraviolets (« lampe de Wood ») pour rechercher des pigmentations anormales de la peau.

Il peut prendre des clichés des lésions à surveiller pour pouvoir comparer leur aspect lors de la visite suivante.

L'analyse de la lésion suspecte

Si une lésion lui paraît suspecte, le dermatologue va la prélever sous anesthésie locale (c’est « l’exérèse diagnostique ») et l’envoyer au laboratoire pour analyse microscopique. Il prélève la lésion entière avec quelques millimètres de peau saine tout autour et ferme la plaie avec un ou deux points de suture.

Si le diagnostic de cancer de la peau est confirmé

Si l’analyse confirme qu’il s’agit d’une lésion cancéreuse, le médecin peut décider de faire pratiquer des examens complémentaires à la recherche d’éventuelles métastases : prise de sang, échographie des ganglions avoisinants, scanner (tomodensitométrie), IRM, etc.


Quels sont les traitements des mélanomes ?

Le traitement du mélanome a pour objectif la guérison du patient, à défaut l’amélioration de sa qualité de vie et de sa survie, ainsi que la prévention des complications ou des effets indésirables des traitements.

Le traitement des mélanomes repose sur des mesures chirurgicales (pour enlever la tumeur et éventuellement les ganglions atteints) et sur l’administration de médicaments de chimiothérapie, d’immunothérapie (interféron alpha, anticorps monoclonaux) ou  thérapie ciblée (anti-BRAF). La radiothérapie (rayons ionisants) n’est utilisée que pour traiter les métastases éventuelles.

Comme pour les autres cancers, le traitement du mélanome repose sur un ensemble de protocoles codifiés qui sont adaptés aux particularités du patient. Lorsque ce traitement exige d’autres traitements que ceux chirurgicaux ou immunothérapeutiques, il est administré dans des centres de lutte contre le cancer accrédités par l’Institut national du cancer (INCa).

Le traitement des mélanomes selon leur stade d'évolution

Le traitement des mélanomes varie selon leur stade d’évolution.

  • Les mélanomes de stades I et II sont traités par chirurgie (voir ci-dessous) et, si leur épaisseur est supérieure à 1,5 mm, par immunothérapie (interféron alpha injectable).
  • Les mélanomes de stade III sont traités par chirurgie et par immunothérapie ; une chimiothérapie est mise en place si la chirurgie n’est pas possible.
  • Les mélanomes de stade IV sont traités par chirurgie, radiothérapie contre les métastases osseuses et chimiothérapie contre les métastases du foie, du poumon ou du cerveau.

Le traitement des cancers de la peau non mélanomes

Le traitement des carcinomes basocellulaires, des carcinomes épidermoïdes cutanés et des kératoses actiniques (les lésions précancéreuses) n’est pas très différent de celui des mélanomes et repose également sur la chirurgie. Lorsque celle-ci n’est pas possible, le médecin peut également prescrire :

  • une destruction de la lésion par l’azote liquide (cryothérapie), le bistouri électrique (électrocoagulation) ou un laser, comme pour les verrues ;
  • une radiothérapie localisée ;
  • l’application d’une crème immunostimulante pendant plusieurs semaines (ALDARA) ;
  • une photothérapie dynamique (la lésion est exposée à une lumière particulière après avoir été sensibilisée à l’aide d’un médicament).

Dans le contexte du traitement du mélanome, la chirurgie est employée pour enlever la tumeur (« exérèse élargie ») ainsi que, dans certains cas, les ganglions qui drainent la région atteinte (« curage ganglionnaire »).

L'exérèse élargie des cancers de la peau

chirurgie d'un mélanome

Lorsque l’analyse microscopique de la lésion a confirmé sa nature cancéreuse, le dermatologue va de nouveau pratiquer une petite intervention au niveau de la peau qui entourait la tumeur. Sous anesthésie locale, il enlève davantage de peau saine (la quantité enlevée est fonction de la taille et de la nature de la tumeur) pour être certain de retirer d’éventuelles cellules cancéreuses à proximité de la tumeur.

Parfois, il arrive que la plaie ainsi formée soit trop étendue pour être refermée par des points de suture. Dans ce cas, plusieurs possibilités existent :

  • la pose d’un pansement spécial destiné à favoriser la cicatrisation de la plaie en quelques semaines (« cicatrisation dirigée »). Cette méthode est particulièrement adaptée aux plaies du nez, du front et de la face intérieure des cuisses.
  • le recouvrement de la plaie par un lambeau de peau voisin ;
  • la greffe d’un fragment de la peau du patient (« autogreffe ») pris ailleurs sur le corps.

Lorsque le mélanome touche un ongle, il est parfois nécessaire d’enlever une ou deux phalanges.

L'ablation des ganglions lymphatiques

Selon le stade du mélanome, le médecin peut estimer nécessaire de prélever un ou quelques ganglions les plus proches de la tumeur, pour rechercher des métastases : c’est le prélèvement du ganglion sentinelle. Si ce ganglion contient des cellules cancéreuses, le chirurgien enlèvera une grande partie des ganglions qui drainent la région : c’est le curage ganglionnaire destiné à éviter que des métastases partent des ganglions vers le reste du corps.


Les traitements médicamenteux du mélanome sont de deux types : la chimiothérapie anticancéreuse qui bloque la prolifération des cellules anormales, l’immunothérapie qui stimule les défenses immunitaires du patient et des traitements ciblés qui visent une protéine anormale.

La chimiothérapie anticancéreuse dans le traitement du mélanome

En général, la chimiothérapie du mélanome consiste soit en séances de perfusion intraveineuse quotidiennes (les « cures ») pendant un à quatre jours, espacées de trois à quatre semaines, soit en une cure hebdomadaire pendant trois semaines, puis toutes les trois semaines. Le choix des médicaments utilisés est fonction des caractéristiques de la tumeur.

La pose d'une chambre implantable

Pour faciliter l’administration des cures intraveineuses, il peut être nécessaire de poser une chambre implantable (ou « Port-a-cath ») : un boitier-réservoir est placé sous la peau au niveau de la clavicule, connecté à un tube souple (un cathéter) qui délivre la chimiothérapie directement dans un gros vaisseau sanguin. Posée sous anesthésie locale, la chambre implantable évite les dommages qu’une perfusion intraveineuse « normale » provoquerait au niveau des veines du bras. Il suffit de piquer dans le boitier à travers la peau pour administrer la cure. À la fin du traitement, la chambre implantable est retirée sous anesthésie locale.

Parfois, la chimiothérapie se fait « sur membre isolé » lorsque la tumeur était sur un bras ou une jambe. La circulation sanguine du membre est détournée (le membre est « isolé » du reste de la circulation sanguine) ce qui permet d’y perfuser des doses plus élevées de chimiothérapie sans que celles-ci n’affectent le reste du corps.

Les effets indésirables de la chimiothérapie du mélanome

La chimiothérapie nécessaire pour traiter le mélanome peut provoquer certains effets indésirables. Ces effets ne sont heureusement pas tous ressentis par les patients. Les médecins spécialisés savent aider leurs patients à prévenir ces effets indésirables à l’aide de traitements spécifiques, et à mieux les supporter lorsqu’ils surviennent. Deux médicaments de chimiothérapie sont principalement utilisés en cas de mélanomes. Leurs effets indésirables les plus fréquents sont :

Des prises de sang permettent de vérifier que la chimiothérapie est bien supportée. Une baisse trop importante des cellules sanguines peut nécessiter la prise de facteurs de croissance (des substances qui stimulent la production de cellules sanguines par la moelle osseuse) ou des transfusions sanguines.

L'immunothérapie dans le traitement des mélanomes

Le traitement des mélanomes fait parfois appel à l’interféron alpha, une substance sécrétée naturellement par les cellules de l’immunité. Au cours des études, l’interféron alpha a montré sa capacité à ralentir la prolifération des cellules cancéreuses. Dans le cadre du traitement du mélanome et après l’exérèse élargie, l’interféron alpha est injecté sous la peau ou par voie intraveineuse pendant un an, voire un an et demi.

Les effets indésirables de l’interféron alpha les plus fréquents sont des symptômes ressemblant à la grippe (fièvre, maux de tête, sueurs, douleurs musculaires), une perte d’appétit et de poids, des nausées et des diarrhées, des problèmes de thyroïde et, parfois, une baisse du nombre de globules blancs ou de plaquettes (pouvant se traduire par des saignements). Des troubles psychiques, notamment des cas de dépression graves, ont été observés sous traitement. La survenue d’une modification de l’humeur doit être rapidement signalée au médecin.

Les anticorps monoclonaux sont une autre option en cas de mélanome à un stade avancé. Le traitement actuellement proposé est une solution injectable pour perfusion à base d’ipilimumab (YERVOY). Il active les défenses immunitaires en se fixant à une protéine présente à la surface de cellules T, un type de globule blanc. Il entraîne ainsi la propagation des cellules T qui s’infiltrent dans les tumeurs et tuent les cellules tumorales. Les effets secondaires peuvent être pénibles à supporter. Des analyses de sang doivent être régulièrement réalisées pour vérifier le bon fonctionnement du foie et de la thyroïde.
D’autres anticorps monoclonaux sont en cours d’évaluation dans le traitement des mélanomes.

Les traitements ciblés dans le traitement du mélanome à un stade avancé

En cas de mélanome à un stade avancé non opérable, le traitement est fonction de l’existence ou non d’une mutation BRAF. En cas de mutation, la protéine BRAF participe à la division anarchique des cellules tumorales. Des inhibiteurs de la protéine-kinase qui ciblent la protéine BRAF peuvent être proposés. En bloquant la protéine BRAF mutée, ils contribuent à ralentir la progression et la propagation du cancer. Actuellement, 2 molécules sont commercialisées en France : le vémurafenib (ZELBORAF) et le dabrafenib (TAFINLAR). Ces médicaments doivent être prescrits à l’hôpital par des médecins spécialistes en oncologie ou aux médecins compétents en cancérologie.

L’inhibiteur de la protéine-kinase peut être associé à un autre médicament, comme le cobimetinib. Cette association permet d’améliorer l’efficacité et de maintenir le résultat plus longtemps en moyenne qu’avec un inhibiteur de la protéine-kinase utilisé seul.

Les essais thérapeutiques

Votre médecin peut également vous proposer de participation à un essai clinique dans le cadre d’un traitement adjuvant ou d’un cancer à un stade avancé. Ces essais portent notamment sur des combinaisons d’immunothérapies ou de traitements ciblés.


Comment se fait le suivi médical après un mélanome ?

Les personnes qui ont eu un mélanome font l’objet d’un suivi médical rapproché pendant plusieurs années, afin de dépister rapidement d’éventuelles récidives.

Chez les patients qui ont souffert d’un mélanome de stade I, les consultations de suivi ont lieu tous les six mois pendant cinq ans, puis tous les ans. Ceux qui ont eu un mélanome de stade II à IV sont suivis tous les trois mois pendant cinq ans, puis tous les ans.

Le suivi consiste en un examen de la peau avec, pour les stades II, III et IV, des échographies des ganglions proches de la tumeur tous les trois à six mois pendant cinq ans. Dans les cas de mélanome de stade III ou IV, des examens de type scanner ou IRM sont pratiqués pendant cinq ans.

Pour en savoir plus sur le mélanome

L’Institut national du cancer (INCa) publie des guides destinés aux patients, complets et faciles à comprendre. Retrouvez le guide consacré au mélanome.


Sources et références de l'article "Mélanome (cancer de la peau)"