Anévrisme

Mis à jour : Mardi 08 Janvier 2019

Un anévrisme (ou anévrysme) est la dilatation localisée d'une artère (plus rarement, d'une veine), le plus souvent sous forme d'une poche reliée au reste de l'artère par une zone plus étroite appelée « collet ». Cette dilatation progressive fragilise la paroi de l'artère qui, à partir d'une certaine taille, peut se fissurer ou se rompre, provoquant une hémorragie interne : c'est la rupture d'anévrisme.

Les différents types d'anévrisme

Les anévrismes peuvent se présenter sous la forme d’une poche (« anévrisme sacciforme » dont le diamètre peut être de plusieurs centimètres) ou sous la forme d’un élargissement anormal de l’artère sur quelques centimètres (« anévrisme fusiforme », c’est-à-dire en forme de fuseau). De plus, les anévrismes peuvent toucher différentes artères.

anévrisme sacciforme
anévrisme fusiforme

Les anévrismes des artères du cerveau

Les anévrismes des artères du cerveau sont les plus fréquents. Le plus souvent, ils sont localisés à la base du cerveau et sont en forme de poche. Une rupture d’anévrisme dans le cerveau provoque une hémorragie qui va exercer une pression sur les zones voisines et entraîner des lésions du cerveau. Les anévrismes du cerveau sont responsables d’environ 10 % des accidents vasculaires cérébraux (AVC).

Qu'appelle-t-on anévrisme artérioveineux ?
L'anévrisme artérioveineux est la communication anormale entre une artère et une veine. À la suite d'une malformation congénitale ou d'un traumatisme, une sorte de kyste rempli de sang se forme qui communique à la fois avec une artère et une veine. Ces anévrismes se traitent chirurgicalement pour reconstruire une séparation étanche entre les deux vaisseaux sanguins.

Les anévrismes de l'aorte

L’aorte est la grosse artère qui sort du cœur et descend le long de la colonne vertébrale avant de se diviser vers les reins, les intestins, le foie, les jambes, etc. Les anévrismes de l’aorte sont le plus souvent de type fusiforme et touchent la partie basse de l’aorte (aorte abdominale), au niveau des embranchements partant vers les différents organes.

Ces anévrismes de l'aorte représentent plus de 90 % des anévrismes situés hors du cerveau. Les ruptures des ces anévrismes produisent souvent des hémorragies internes importantes qui peuvent entraîner un décès rapide

Les anévrismes du cœur

Après un infarctus du myocarde, la paroi du cœur peut être fragilisée et former un anévrisme sous la pression des battements du cœur. Cet anévrisme est en forme de poche et se situe le plus souvent au niveau du ventricule gauche. Il peut provoquer une insuffisance cardiaque ou des troubles du rythme qui vont justifier la mise en place d’un traitement avec des médicaments anticoagulants et antiarythmiques.

Les autres anévrismes

Des anévrismes peuvent également apparaître au niveau des artères du bassin, des genoux ou du foie.

Qu'appelle-t-on pseudo-anévrisme ?
Parfois, une brèche s’ouvre dans une artère sans qu’il y ait d’anévrisme (par exemple, lors d’un traumatisme). La poche de sang qui se forme provoque des symptômes identiques à ceux d’un anévrisme (liés à la compression des zones voisines de la brèche). Dans ce cas, seuls des examens complémentaires permettent de faire la différence entre ce pseudo-anévrisme et un véritable anévrisme.

Qui est à risque d’anévrisme du cerveau ?

En France, on estime que 5 % de la population développe un anévrisme d’une artère du cerveau au cours de sa vie.

Certaines personnes sont plus à risque de présenter un anévrisme :

  • les personnes atteintes d’obésité ou de diabète ;
  • celles qui souffrent d’hypertension artérielle ;
  • les personnes qui ont un excès de lipides (cholestérol) dans le sang ;
  • celles qui fument ou qui souffrent d’alcoolisme chronique ;
  • les personnes qui ont eu un traumatisme crânien ou une lésion importante du thorax ;
  • les personnes âgées ;
  • les personnes atteintes de certaines maladies infectieuses (par exemple la syphilis quand elle n’est pas traitée) ;
  • les personnes qui ont des antécédents familiaux d’anévrisme ou qui souffrent de certaines maladies génétiques pouvant provoquer une fragilité congénitale de la paroi des artères (par exemple, la maladie de Marfan, certaines formes de la maladie d’Ehlers-Danlos, la polykystose rénale).

Qui est à risque d’anévrisme de l’aorte abdominale ?

L’anévrisme de l’aorte abdominale touche essentiellement les hommes : 13 fois plus souvent que les femmes. Il survient, le plus souvent, après 65 ans.

Les autres facteurs de risque sont principalement le tabagisme (fumeurs et anciens fumeurs) et les antécédents familiaux d’anévrisme de l’aorte abdominale.


Pendant des mois voire des années, l’anévrisme n’est associé à aucune manifestation particulière. Dans de rares cas, des symptômes apparaissent lorsque l’anévrisme devient volumineux : ils annoncent sa rupture. Dans la grande majorité des cas, seule la rupture de l’anévrisme provoque des symptômes dus à la compression des tissus par l’hémorragie.

Les symptômes qui peuvent précéder une rupture d'anévrisme du cerveau

Ces symptômes sont dus à la pression provoquée par la poche de l’anévrisme sur les organes voisins. De plus, les anévrismes gênent la circulation du sang en créant des zones de tourbillon et de stagnation qui augmentent le risque de formation d’un caillot sanguin. Des fragments de caillot peuvent se détacher et partir dans la circulation sanguine et boucher de petites artères dans d’autres organes (« embolie »).

Lorsque l’anévrisme se développe dans le cerveau, certains symptômes peuvent faire soupçonner son existence :

  • maux de tête inhabituels ;
  • fatigue ;
  • troubles de l’équilibre, de l’audition, de la vision ou paralysies partielles ;
  • difficultés d’élocution temporaires ;
  • douleur au niveau de la nuque ;
  • confusion, désorientation passagère ;
  • pupille dilatée ;
  • nausées ou vomissements.

Les symptômes de la rupture d'anévrisme du cerveau

Lorsqu’un anévrisme se rompt, les symptômes dépendent de l’importance de l’hémorragie après la rupture et de sa localisation.

En cas de rupture d'anévrisme du cerveau, les symptômes peuvent prendre la forme d'un accident vasculaire cérébral avec maux de tête intenses, troubles de la vision (perte d'une partie ou de tout le champ visuel, vision double), douleurs dans la nuque, douleurs au-dessus ou derrière les yeux, paralysie partielle, troubles de l'élocution, etc. Si l'hémorragie est importante, la personne peut perdre connaissance et tomber dans le coma.

Les ruptures des anévrismes de l’aorte produisent souvent des hémorragies internes importantes qui entraînent perte de connaissance et décès rapide.

Quelles sont les complications des anévrismes du cerveau ?

Les complications des anévrismes sont liées aux effets de l’hémorragie suite à la rupture. Au niveau du cerveau, l’excès de pression due à la poche de sang peut empêcher l’oxygénation des zones du cerveau voisines et provoquer leur destruction, entraînant le décès du patient ou des séquelles invalidantes.

Dans les jours qui suivent la rupture d’anévrisme, un rétrécissement des artères du cerveau, le « vasospasme », peut également se produire et provoquer des complications similaires. De plus, la poche de sang hémorragique peut bloquer la circulation du liquide qui baigne le cerveau et la moelle épinière (le « liquide céphalorachidien ») et provoquer une surpression au sein du cerveau, l’hydrocéphalie, qui gêne son oxygénation.

Les séquelles neurologiques dépendent de la zone du cerveau où se trouve l’anévrisme : zones contrôlant les mouvements, l’audition, la parole, la vision, etc.

Quels sont les symptômes d’un anévrisme de l’aorte abdominale ?

Lorsqu’un anévrisme de l’aorte abdominale se fissure et risque de se rompre, certains symptômes peuvent apparaître, qui constituent un signal d’alerte : douleur irradiante soudaine et sévère dans le dos, le ventre, l’aine et/ou la jambe, vomissements, perte de connaissance.


Peut-on prévenir les anévrismes du cerveau ?

La prévention vise essentiellement à limiter la progression des anévrismes pour éviter la rupture. Les mesures habituelles destinées à réduire le risque de maladie cardiovasculaire sont recommandées : alimentation équilibrée, activité physique régulière et arrêt du tabac.

Lorsque des facteurs de risque cardiovasculaires sont présents, les traitements destinés à les corriger (médicaments contre le cholestérol ou l’hypertension) contribuent à prévenir la progression des anévrismes.

Chez les personnes à risque congénital d’anévrisme (maladies génétiques, antécédents familiaux), un dépistage systématique par IRM peut être mis en place pour identifier d’éventuels anévrismes et des examens réguliers permettent de suivre leur évolution.

Comment diagnostique-t-on un anévrisme du cerveau ?

examen IRM

Lorsqu’un anévrisme du cerveau s’est rompu, le diagnostic repose sur les symptômes et sur des examens complémentaires (IRM, scanner) pour confirmer la présence d’une hémorragie. La présence de sang dans le liquide céphalorachidien peut également aider au diagnostic.

Un autre examen complémentaire, l’artériographie, peut être nécessaire pour localiser l’hémorragie avec précision et évaluer l’état des autres vaisseaux sanguins du cerveau. Cet examen consiste à injecter une substance opacifiante dans le sang avant de pratiquer un examen de type scanner.

Dans un tiers des cas, le diagnostic d’anévrisme est fait chez des patients sans symptômes au cours d’un examen effectué pour une autre raison.

Peut-on prévenir l’anévrisme de l’aorte abdominale ?

    La prévention de l’anévrisme de l’aorte abdominale consiste à réduire les facteurs de risque :
  • arrêt du tabac ;
  • réduction du taux sanguin de cholestérol si celui-ci est élevé ;
  • pratique régulière d’une activité physique ;
  • contrôle du poids ;
  • contrôle de la pression artérielle (« tension ») ;
  • contrôle d’un éventuel diabète de type 2.

La prévention consiste également à réaliser un dépistage systématique d’un éventuel anévrisme.

Peut-on dépister l’anévrisme de l’aorte abdominale ?

Le dépistage de l’aorte abdominale se fait par échographie-doppler pour mesurer le diamètre maximal de l’aorte. Cet examen permet aussi de rechercher d’autres anévrismes du bas du corps et des jambes, parfois présents en même temps de celui de l’aorte abdominale. En cas d’anévrisme, un scanner ou une IRM peut être prescrit pour en préciser l’anatomie.

La Haute Autorité de Santé préconise un dépistage systématique de l’anévrisme de l’aorte abdominale chez les personnes qui présentent des facteurs de risque, au moins une fois dans la vie, en général après 65 ans.

Pourquoi dépister l’anévrisme de l’aorte abdominale ?

Le diagnostic précoce d’un anévrisme de l’aorte abdominale permet de mettre en place un traitement chirurgical rapide, dont les chances de succès sont plus élevées qu’en cas de chirurgie d’urgence (95 % de taux de réussite). La rupture spontanée d’un anévrisme de l’aorte abdominale est un accident grave qui provoque le décès dans 80 % des cas.


Le traitement des anévrismes est chirurgical. Il vise à éviter la rupture (si l'anévrisme a été découvert par hasard ou lors d'un dépistage) ou, en cas de rupture, à éviter les récidives.

Doit-on traiter les anévrismes du cerveau avant la rupture ?

Lorsqu’un anévrisme non rompu est diagnostiqué, l’opportunité d’un traitement chirurgical est débattue entre les différents spécialistes (neuroradiologue et neurochirurgien). La décision varie selon la taille et la localisation de l’anévrisme, l’âge du patient et son état de santé, les risques chirurgicaux, etc.

Dans tous les cas, une éventuelle hypertension artérielle est recherchée et, le cas échéant, traitée. S’il fume, le patient est invité à arrêter complètement.

Quel traitement chirurgical pour un anévrisme du cerveau ?

Le traitement chirurgical des anévrismes du cerveau repose sur deux techniques.

Le clippage du collet de l'anévrisme

Cette technique consiste à placer une petite pince (un « clip ») sur le pédoncule qui lie l’anévrisme et l’artère dont il est issu. Le sang ne passe plus dans l’anévrisme et celui-ci diminue progressivement de taille. Le clippage nécessite une chirurgie du cerveau pratiquée par un neurochirurgien.

Le traitement endovasculaire par coils

Cette technique consiste à insérer une sonde fine dans une grosse artère et à la faire cheminer jusqu’à l’anévrisme. Une fois dans l’anévrisme, la sonde délivre de tout petits ressorts de platine (« coils ») qui vont s’enrouler sur eux-mêmes jusqu’à boucher complètement l’anévrisme. Cette technique est pratiquée par des neuroradiologues, sans chirurgie du cerveau, mais les anévrismes ainsi traités récidivent dans environ un tiers des cas.

Quel est le pronostic d'une rupture d'anévrisme du cerveau ?

Aujourd’hui, on estime que deux tiers des personnes qui ont une rupture d’anévrisme au niveau du cerveau survivent à cet accident si elles bénéficient rapidement d’un traitement adapté. Des séquelles invalidantes permanentes sont observées chez environ un tiers des personnes hospitalisées pour rupture d’anévrisme du cerveau.

Le pronostic dépend fortement de l’âge de la personne et de la sévérité des symptômes. Un patient jeune qui n’a pas de pas de perte de connaissance au moment de la rupture d’anévrisme a environ trois chances sur quatre de guérir sans séquelles, mais seulement une chance sur dix en cas de coma. Après 60 ans, ces chances de récupération complète passent respectivement à une sur deux (en l’absence de perte de conscience) et une sur vingt (lors de coma).

Quand opère-t-on un anévrisme de l’aorte abdominale ?

    Hors urgence liée à une fissuration ou une rupture, un anévrisme de l’aorte abdominale n’est pas systématiquement opéré. Une surveillance échographique régulière est mise en place par un spécialiste (cardiologue, médecin de médecine vasculaire, chirurgien vasculaire) et la chirurgie est prescrite si :
  • le diamètre de l’anévrisme est supérieur à 5 cm ;
  • ce diamètre croît de plus de 1 cm par an.

Opérer avant ces seuils n’a pas montré de réduction de la mortalité. En effet, 30 à 50 % des anévrismes de petit diamètre (moins de 5 cm) n’évoluent pas et présentent un risque de rupture faible voire nul.

Le traitement chirurgical consiste le plus souvent à supprimer l’anévrisme et à implanter une prothèse de l’aorte (éventuellement en forme de Y), soit par chirurgie classique, soit en passant une sonde dans une artère jusqu’au lieu de l’anévrisme.


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