Insuffisance cardiaque chronique

Mis à jour : Lundi 23 Décembre 2019

L'insuffisance cardiaque chronique est une complication grave de certaines maladies cardiovasculaires et respiratoires. D'apparition progressive, elle touche essentiellement les personnes âgées de plus de 75 ans. Sa prise en charge médicale repose sur les soins de la maladie qui en est la cause, des mesures d'hygiène de vie et la prescription d'un ensemble de médicaments destinés à soutenir le muscle cardiaque et à lutter contre l'hypertension artérielle. Ce traitement doit être mis en place le plus précocement possible et être suivi scrupuleusement tout au long de la vie.

Qu'est-ce que l'insuffisance cardiaque chronique ?

coeur

L’insuffisance cardiaque chronique (ICC) est l’incapacité du cœur à pomper suffisamment de sang pour oxygéner correctement l’ensemble des organes du corps, ce qui se traduit principalement par de la fatigue et un essoufflement rapide à l’effort. Le plus souvent, elle est simplement appelée « insuffisance cardiaque ».

L’insuffisance cardiaque chronique apparaît progressivement car elle est une complication à long terme d’un problème cardiaque (infarctus, problèmes de valvules, troubles du rythme cardiaque, par exemple), respiratoire (emphysème, bronchite chronique, etc.) ou vasculaire (hypertension artérielle non contrôlée, atteinte des artères coronaires ou de l’artère pulmonaire).

L’insuffisance cardiaque chronique est liée à une baisse d’efficacité des ventricules du cœur (les cavités entourées du muscle cardiaque, le myocarde, qui sont chargées de pomper le sang). Le ventricule gauche (chargé de faire circuler le sang oxygéné dans le corps) est celui qui est le plus souvent touché : on parle alors d’ICC gauche. Mais l’insuffisance cardiaque chronique peut également toucher le ventricule droit (chargé de faire circuler le sang veineux dans les poumons, voir encadré), voire les deux ventricules.

Les symptômes de l’insuffisance cardiaque chronique varient selon le ventricule en cause, et selon la sévérité de la perte d’efficacité des ventricules.

Rappel sur le fonctionnement du cœur

Pour mieux comprendre l’insuffisance cardiaque chronique, il est indispensable de comprendre le rôle du cœur dans la circulation du sang.
Le sang veineux, chargé de dioxyde de carbone (« gaz carbonique ») et pauvre en oxygène, arrive dans le cœur droit (oreillette, puis ventricule). Lorsque le muscle cardiaque se contracte, le ventricule droit expulse le sang veineux dans les poumons où celui-ci se débarrasse de son dioxyde de carbone, se charge en oxygène et passe ensuite dans le cœur gauche. Lors de la contraction cardiaque, le ventricule gauche expulse ce sang oxygéné dans l’ensemble des organes via l’aorte. Progressivement, le sang distribue l’oxygène aux organes, se charge en dioxyde de carbone et retourne dans le cœur droit via le système veineux.

anatomie du cœur

Anatomie du cœur

Pourquoi parle-t-on parfois d'insuffisance cardiaque « congestive » ?

Lorsqu’un ventricule cardiaque peine à effectuer son travail, le sang situé en amont est contraint de « stagner » avant de pouvoir circuler de nouveau. Cette stagnation relative est appelée « stase » et elle provoque le passage d’une partie du plasma (le liquide dans lequel baignent les cellules sanguines) hors des vaisseaux sanguins, dans les tissus environnants.

Cette fuite de plasma produit une congestion, soit dans les poumons (quand le ventricule gauche est celui qui est affaibli), soit dans les jambes et les organes digestifs (dans le cas du ventricule droit). La stase dans les poumons provoque de la toux et des troubles respiratoires, celle dans les jambes produit des gonflements (« œdèmes »).

Qu'est-ce que l'insuffisance cardiaque aiguë ?
On parle d’insuffisance cardiaque aiguë lorsque le cœur est soudainement incapable d’assurer sa fonction de pompe sanguine. À la différence de l’insuffisance cardiaque chronique qui apparaît progressivement, la forme aiguë survient brutalement.
L’exemple le plus connu d’insuffisance cardiaque aiguë est l’infarctus du myocarde, lorsque le muscle du cœur n’est plus suffisamment oxygéné à cause d’un obstacle dans une artère coronaire. Mais l’insuffisance cardiaque aiguë peut également être l’aggravation soudaine d’une insuffisance cardiaque chronique, lorsque la perte d’efficacité des ventricules devient trop sévère pour que le cœur puisse la compenser.

Qui est touché par l'insuffisance cardiaque chronique ?

L’insuffisance cardiaque chronique est plutôt une maladie de la personne âgée (en France, l’âge moyen au moment du diagnostic est de 74 ans). Passé 70 ans, elle affecterait entre 10 et 20 % des personnes.

Parce que cette maladie est la conséquence d’un ou plusieurs autres problèmes cardiaques, respiratoires ou vasculaires, elle affecte les personnes qui souffrent de ces problèmes. Par exemple, elle peut se développer progressivement chez des personnes qui ont eu un infarctus du myocarde, une malformation d’une valvule cardiaque, des problèmes d’angine de poitrine (angor), de l’hypertension artérielle non contrôlée par les traitements, des problèmes respiratoires chroniques, une embolie pulmonaire, etc.

L'insuffisance cardiaque chronique est-elle fréquente ?

En France, on estime qu’environ 600 000 personnes souffrent d’insuffisance cardiaque chronique. Chaque année, 120 000 nouveaux cas sont diagnostiqués. De plus, l’ICC provoque 150 000 hospitalisations et 32 000 décès tous les ans.

L’insuffisance cardiaque chronique est de plus en plus fréquente, du fait du vieillissement général de la population française, mais aussi parce que les troubles cardiovasculaires et respiratoires qui font le lit de cette maladie sont mieux traités. Par exemple, les infarctus du myocarde entraînent moins de décès à court terme, mais leurs séquelles sont à l’origine de nouveaux cas d’ICC.


L'insuffisance cardiaque chronique est une complication de nombreuses maladies cardiaques, vasculaires ou respiratoires. Elle peut donc avoir de nombreuses causes.

Les troubles cardiaques à l'origine de l'insuffisance cardiaque chronique

Les troubles des artères coronaires (qui apportent l’oxygène au myocarde, le muscle du cœur) sont la première cause d’insuffisance cardiaque chronique (ICC) : 70 % des cas seraient liés à des problèmes d’artères coronaires (par exemple, l’angine de poitrine ou angor).

Les troubles du rythme cardiaque (arythmies), lorsqu’ils ne sont pas pris en charge par un traitement, peuvent également être la cause d’ICC. De plus, les problèmes d’étanchéité entre les différents compartiments du cœur (lorsque les valvules ne sont plus capables de fermer hermétiquement les orifices de communication) seraient la cause de 10 % des ICC.

Dans certains cas, une malformation cardiaque congénitale peut, sur le long terme, fatiguer le cœur et entraîner une ICC. Enfin, pour environ 10 % des cas, la cause de l’insuffisance est une cardiomyopathie (voir encadré).

Qu'appelle-t-on cardiomyopathies ?
Les cardiomyopathies sont des maladies du muscle cardiaque qui en perturbent le fonctionnement. Elles peuvent être dues à une infection (par exemple l'infection par le VIH/sida), des médicaments (en particulier les chimiothérapies anticancéreuses), une radiothérapie anticancéreuse du thorax (par exemple pour traiter un cancer du sein), une alcoolodépendance, une addiction à la cocaïne, etc. L'infarctus du myocarde, en privant le muscle d'oxygène, entraîne fréquemment une cardiomyopathie localisée aux régions du cœur qui ont souffert de cette asphyxie.

Les troubles circulatoires à l'origine de l'insuffisance cardiaque chronique

Dans 20 à 30 % des cas, l’insuffisance cardiaque chronique est liée à une hypertension artérielle qui n’est pas suffisamment contrôlée par les traitements.

En effet, l’hypertension artérielle oblige le cœur à pomper plus fort pour faire circuler le sang ce qui, à la longue, provoque sa fatigue. De plus, l’hypertension artérielle nuit à la santé des artères en général et des artères coronaires en particulier, en réduisant leur capacité à se dilater lorsque la demande en oxygène augmente.

Les troubles respiratoires à l'origine de l'insuffisance cardiaque chronique

Lorsque le sang à du mal à circuler dans les poumons, le ventricule droit va devoir faire des efforts supplémentaires pour assurer la circulation sanguine. De nombreuses maladies respiratoires peuvent contribuer à l’apparition d’une insuffisance cardiaque chronique : emphysème, bronchite chronique, embolie pulmonaire, etc.

Comment ces causes réduisent-elles l'efficacité des contractions cardiaques ?

Quelle que soit sa cause, l’insuffisance cardiaque chronique se développe suivant un scénario à peu près identique.

Lorsqu’il est confronté à des perturbations de son fonctionnement, le cœur réagit en s’adaptant pour maintenir une circulation sanguine qui apporte suffisamment d’oxygène aux organes. Pour compenser ces perturbations, il va se contracter plus intensément, ce qui va avoir pour effet de « muscler » les parois des ventricules. Elles vont s’épaissir pour développer plus de force. De plus, la taille des cavités des ventricules va augmenter (pour brasser plus de sang à chaque contraction), ce qui va encore accroître la taille du cœur. Enfin, le cœur va augmenter le volume de sang qu’il pompe en se contractant plus fréquemment.

Grâce à ces adaptations, le cœur compense les perturbations. Cette phase peut durer plusieurs années. Mais avec le temps, ces adaptations vont devenir problématiques. En particulier, les parois des ventricules deviennent trop épaisses et les cellules musculaires situées au centre de ces parois vont avoir du mal à être oxygénées par les artères coronaires. Les parois perdent petit à petit de leur puissance. Les cavités, devenues trop grosses, ont du mal à se vider et le sang y stagne. C’est le début de la phase dite « de décompensation » qui va aboutir à l’insuffisance cardiaque.

Dans certains cas (personnes âgées, hypertension artérielle), l’insuffisance cardiaque peut survenir sans dilatation des cavités cardiaques.

Cette évolution défavorable est aggravée par les conséquences de l’insuffisance cardiaque sur la pression artérielle. En effet, lorsque le cœur peine à faire circuler le sang, la pression sanguine a tendance à diminuer. De manière réflexe, le corps va privilégier l’irrigation des organes vitaux (cerveau, cœur, poumons). Pour cela, les plus petits vaisseaux se contractent pour diminuer le volume total à irriguer. Les reins, dont les vaisseaux sont de petit diamètre, souffrent et réagissent en provoquant une rétention d’eau qui va augmenter le volume sanguin total et demander encore plus de travail au cœur. Un cercle vicieux s’enclenche contre lequel il sera nécessaire de prescrire certains médicaments, dont des diurétiques.


Quels sont les facteurs de risque de l'insuffisance cardiaque chronique ?

Les facteurs qui augmentent le risque d’insuffisance cardiaque chronique sont ceux qui favorisent leurs causes, en particulier les causes cardiovasculaires. Par exemple :

Peut-on prévenir l'insuffisance cardiaque chronique ?

La prévention de l’insuffisance cardiaque chronique est celle de ses causes, en particulier les maladies cardiovasculaires. La lutte contre l’hypertension artérielle, l’excès de cholestérol, l’obésité et le diabète, ainsi que l’activité physique régulière et l’arrêt du tabac sont les mesures de prévention les plus efficaces.


Pour comprendre la grande variété des symptômes de l’insuffisance cardiaque chronique, il est nécessaire de comprendre les conséquences de la perte d’efficacité des ventricules, mais également les raisons de cette perte d’efficacité. En particulier, il convient de faire la distinction entre les cas où le ventricule peine à expulser le sang et ceux où il a du mal à se remplir après une contraction.

De plus, une insuffisance cardiaque gauche n’aura pas les mêmes symptômes qu’une insuffisance cardiaque droite.

Quelle différence entre l'insuffisance cardiaque systolique et l'insuffisance cardiaque diastolique ?

Lorsqu’un ventricule ne parvient plus à être efficace, deux cas de figure peuvent se présenter :

  • soit le ventricule ne parvient plus à expulser suffisamment de sang à chaque contraction (par exemple parce que son muscle manque d’oxygène), on parle alors d’insuffisance cardiaque « systolique » ou « à fraction d’éjection ventriculaire (FEV) altérée » ;
  • soit le ventricule peut expulser suffisamment de sang, mais il peine à se remplir après la contraction (par exemple par manque de souplesse de ses parois) et il s’agit alors d’une insuffisance cardiaque « diastolique » ou « à FEV conservée ».

La fraction d’éjection ventriculaire (FEV) est le pourcentage du sang contenu dans un ventricule qui est expulsé lors d’une contraction (un battement). Normalement, elle se situe autour de 60 % du sang présent dans le ventricule. On considère qu’elle est insuffisante lorsqu’elle est inférieure à 40 %. Dans les cas d’insuffisance cardiaque sévère, elle peut chuter autour de 20 %.

La distinction systolique/diastolique est plutôt faite lors d’une insuffisance cardiaque gauche. Les insuffisances systoliques représentent 60 % des insuffisances cardiaques gauches. Les insuffisances diastoliques touchent plutôt les femmes, les personnes de plus de 80 ans ou celles qui ont également des problèmes de contraction de l’oreillette gauche (fibrillation auriculaire).

Les symptômes de l'insuffisance cardiaque chronique

Les symptômes de l’insuffisance cardiaque le plus fréquemment observés sont :

  • la fatigue constante ;
  • l’essoufflement au moindre effort ;
  • une respiration courte et sifflante et de la toux (en particulier lors d’insuffisance cardiaque gauche) ;
  • les palpitations cardiaques, voire des douleurs dans la poitrine ;
  • la soif (parce que le corps cherche à augmenter le volume sanguin) ;
  • une diminution de l’appétit ;
  • le besoin d’uriner fréquemment durant la nuit ;
  • un gain de poids (par rétention d’eau).

De plus, les personnes qui souffrent d’insuffisance cardiaque droite présentent des œdèmes (gonflements) des jambes, un ventre ballonné, des lourdeurs digestives, voire des problèmes de foie.

Attention aux symptômes trompeurs chez les personnes âgées !
Chez les personnes très âgées, les symptômes de l’insuffisance cardiaque peuvent être particuliers. Outre la fatigue, elles peuvent présenter des troubles du comportement, de la confusion, de la désorientation, des mains et des pieds froids, des chutes, voire une prise de poids rapide. Ces symptômes sont peu évocateurs d’un problème cardiaque, ce qui peut retarder le diagnostic d’insuffisance cardiaque.

Comment classe-t-on la sévérité des symptômes de l'ICC ?

Selon la gravité des symptômes, on distingue quatre stades d’ICC, selon la New York Heart Association (NYHA) :

  • NYHA I : la maladie cardiaque est présente mais le patient n’est pas limité dans ses activités physiques, même avec un effort important ;
  • NYHA II : il existe une limitation légère à l’activité physique ordinaire qui se traduit par un essoufflement, de la fatigue ou des palpitations ;
  • NYHA III : limitation marquée à l’activité physique, des efforts modestes entraînent essoufflement, fatigue ou palpitations, mais absence de symptômes au repos ;
  • NYHA IV : il est impossible de faire une activité physique sans symptômes, qui sont présents même au repos.

Comment évolue l'insuffisance cardiaque chronique ?

L’insuffisance cardiaque chronique (ICC) est une maladie grave dont l’évolution varie selon la nature de la maladie qui en est à l’origine. Ses complications sont l’insuffisance cardiaque aiguë et l’œdème aigu pulmonaire ou périphérique (des jambes et des organes digestifs). L’œdème aigu du poumon se traduit par une respiration rapide, des crachats blancs et mousseux, de la transpiration et un essoufflement majeur soulagé par la position assise.

On estime que seulement 50 % des personnes qui souffrent d’ICC sont vivantes cinq ans après la date du diagnostic, mais ce pourcentage est surtout lié au mauvais pronostic des insuffisances cardiaques gauches, plus graves et souvent dues à un infarctus du myocarde qui a rendu une partie du muscle cardiaque fibreux et donc incapable de se contracter. Les ICC qui ne sont pas dues aux séquelles d’un infarctus ont un meilleur pronostic de survie à cinq ans.

Comment diagnostique-t-on l'insuffisance cardiaque chronique ?

Le diagnostic de l’insuffisance cardiaque chronique repose sur :

  • l’examen clinique ;
  • un électrocardiogramme ;
  • une radiographie du thorax ;
  • une échographie du cœur (échocardiographie doppler) qui permet de mesurer la taille des ventricules et de leurs parois, le fonctionnement des valvules, etc. ;
  • éventuellement, une épreuve d’effort (un examen cardiaque pendant un exercice physique d’intensité croissante).

Le médecin peut également demander une analyse de sang. En effet, lors d’insuffisance cardiaque, le muscle cardiaque fabrique certaines substances (les « peptides natriurétiques », BNP et NY-proBNP) qui peuvent être dosées dans le sang. Leur quantité est d’autant plus élevée que l’insuffisance cardiaque est sévère.


Comment soigne-t-on l'insuffisance cardiaque chronique ?

La prise en charge de l’insuffisance cardiaque chronique (ICC) vise à réduire ses symptômes et améliorer ainsi la qualité de vie des personnes qui en souffrent. Elle a également pour objectif de prévenir les épisodes d’insuffisance cardiaque aiguë et les autres complications de l’ICC. Pour une efficacité plus importante et plus durable, ces traitements doivent être mis en place le plus rapidement possible et être scrupuleusement suivis par les patients.

Dans tous les cas, l’ICC étant une complication, son traitement commence par la prise en charge de la maladie qui en est la cause.

Parce que l’insuffisance cardiaque chronique ne peut jamais être guérie définitivement, ces traitements sont pris pour le reste de la vie.

Les conseils d'hygiène de vie dans le traitement de l'insuffisance cardiaque chronique

Quelle que soit la cause de l’ICC, sa prise en charge repose sur des mesures d’hygiène de vie destinées à soulager le travail du cœur et à prévenir certaines complications :

  • arrêt du tabac ;
  • lutte contre le surpoids et l’obésité ;
  • réduction de la consommation de sel (moins de 4 à 6 g par jour), d’aliments gras, de viandes rouges et de boissons alcoolisées ;
  • réduction de la qualité de liquides bus chaque jour (pour éviter la rétention d’eau), en général autour de 1 à 2 litres, chez les patients qui souffrent d’une ICC sévère seulement ;
  • contrôle du stress ;
  • activité physique adaptée régulière (natation, marche, vélo d’appartement, sous contrôle médical).

De plus, la vaccination contre la grippe (tous les ans) et les pneumocoques (tous les 5 ans) est recommandée pour éviter ces maladies respiratoires virales.

Qu'est-ce que l'éducation thérapeutique des patients (ETP) ?

Les personnes qui souffrent d’ICC se voient fréquemment proposer de participer à des ateliers d’éducation thérapeutique dans le cadre de l’hôpital. Ces ateliers sont destinés à les aider à prendre soin d’eux-mêmes : mesures d’hygiène de vie, adaptation du lieu de vie ou du poste de travail, compréhension et bonne prise du traitement médicamenteux, mais aussi mesures d’autosurveillance (pour dépister une aggravation le plus tôt possible).

Parmi ces mesures d’autosurveillance de l'insuffisance cardiaque :

  • se peser au moins deux fois par semaine (pour surveiller une éventuelle rétention d’eau, toute prise de poids soudaine de plus de 1,5 kg devant amener à consulter) ;
  • identifier rapidement des signes d’œdème (gonflement) des jambes ;
  • repérer une aggravation de la fatigue ou de l’essoufflement ;
  • repérer d’autres signes d’une éventuelle aggravation comme les palpitations, les crampes musculaires, les vomissements, la diarrhée, etc.

Les médicaments sont utilisés dans l’insuffisance cardiaque pour réduire les symptômes, améliorer la qualité de vie et éviter les complications. Ils sont pris à vie. Il est particulièrement important de bien suivre la prescription de votre médecin.

Les familles de médicaments destinés à soigner l'insuffisance cardiaque

Les médicaments prescrits dans le traitement de l’insuffisance cardiaque chronique (ICC) sont de plusieurs types :

  • ceux qui inhibent la formation ou l’action de l’angiotensine II, une substance qui participe au contrôle du volume et de la pression du sang (inhibiteurs de l’enzyme de conversion, antagonistes des récepteurs à l’angiotensine II) ;
  • ceux qui renforcent et soutiennent le travail du cœur (bêtabloquants, digoxine, ivabradine, dérivés nitrés) ;
  • ceux qui préviennent la rétention d’eau (diurétiques « classiques », antagonistes de l’aldostérone).

En général, le traitement de l’ICC nécessite la prescription associée d’un médicament de chacune de ces familles, le plus souvent un bêtabloquant, un diurétique et un inhibiteur de l’enzyme de conversion.

Parfois, il est nécessaire de prescrire également des traitements anticoagulants (en cas d’infarctus, de fibrillation auriculaire), ou des médicaments destinés à traiter l’angine de poitrine (angor).

Éviter l’automédication !
Il est fortement déconseillé de recourir à l’automédication si vous avez une insuffisance cardiaque. En effet, de nombreux médicaments sont susceptibles d’aggraver votre insuffisance cardiaque ou d’interagir avec les médicaments prescrits pour la traiter. Il peut s’agir dans certains cas de médicaments disponibles sans ordonnance, tels que les anti-inflammatoires (AINS, tels que l’ibuprofène) ou certains laxatifs. Demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien quand vous prenez d’autres médicaments même quand il s’agit de soigner des petits maux.

Les médicaments qui inhibent la formation ou l’action de l’angiotensine II

Le contrôle du volume et de la pression du sang est un élément essentiel de la stratégie thérapeutique contre l’insuffisance cardiaque chronique (ICC). Pour cela, outre les médicaments destinés à prévenir la rétention d’eau le cas échéant, le médecin peut prescrire des inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC, comme le captopril, l’énalapril, le fosinopril, le lisinopril, le périndopril, le quinapril ou le ramipril). Ces médicaments améliorent la survie, les symptômes et réduisent les hospitalisations, en particulier lors d’ICC gauche. Le traitement est initié à faible dose, le soir, et augmenté progressivement afin de limiter le risque d’hypotension. Les IEC sont fréquemment responsables d’une toux sèche. Leur association avec les AINS (ibuprofène, kétoprofène, etc.) et les antidiarrhéiques contenant du racécadotril est à éviter.

Les antagonistes des récepteurs à l’angiotensine II (ARA II ou sartans, comme le candésartan, le losartan ou le valsartan) sont une autre famille de substances destinées à contrôler le volume et la pression du sang. Ils sont prescrits en cas d’intolérance aux IEC ou en association avec les IEC lorsque les symptômes persistent. Un médicament (ENTRESTO) associe le valsartan avec une autre substance, le sacubitril, qui agit également sur le tonus des vaisseaux sanguins, l’équilibre de la fonction cardiaque et l’élimination du sodium par les reins. Selon la Haute autorité de santé, ce médicament est plutôt réservé aux personnes dont les symptômes n’ont pas été suffisamment améliorés malgré un traitement contenant un IEC ou un sartan. Il ne doit jamais être associé avec un inhibiteur de l’enzyme de conversion.

En cas d’utilisation pendant la grossesse, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion et les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II peuvent entraîner des effets indésirables graves pour l’enfant à naître. En cas de projet de grossesse, il est nécessaire de consulter son médecin pour envisager une modification du traitement. Tous ces médicaments comportent désormais sur leur boîte le pictogramme « cercle rouge barré avec une silhouette de femme enceinte » signifiant que leur utilisation est interdite pendant la grossesse.

Voir Actualités : IEC et ARA II : un mésusage persistant pendant la grossesse.

Liste des médicaments mise à jour : Mardi 21 Avril 2020

Inhibiteur de l’angiotensine II + sacubitril

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Médicament générique

Les médicaments qui visent à renforcer le travail du cœur

Parmi ces médicaments, les bêtabloquants (bisoprolol, carvédilol, métoprolol, nébivolol) sont les plus souvent prescrits. Ils améliorent la survie, soulagent les symptômes et réduisent les hospitalisations pour insuffisance cardiaque aiguë. Ils sont prescrits à une dose progressivement croissante jusqu’au dosage efficace.

En 2016, une vaste étude a été publiée sur l’usage des bêtabloquants en cas d’insuffisance cardiaque. Elle a clairement confirmé l’intérêt de ces médicaments, quel que soit l'âge ou le sexe des patients atteints d’insuffisance cardiaque.

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Médicament générique

La digoxine appartient à la famille des digitaliques. Elle ralentit, renforce et régularise l’activité du cœur. Elle peut être prescrite en association avec les bêtabloquants. La survenue de troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhée, perte de l'appétit) peut être le signe d'un surdosage.

Liste des médicaments mise à jour : Mardi 21 Avril 2020

Digitaliques

L’ivabradine régule également la fréquence cardiaque, mais son usage est réservé à certains cas particuliers. La prescription initiale doit être faite par un spécialiste en cardiologie (voir Actualités) ; en effet, des examens cardiaques (comprenant des mesures régulières de la fréquence cardiaque et un électrocardiogramme) sont nécessaires avant la mise en route du traitement ou en cas d'augmentation des doses. Le rythme cardiaque est susceptible de ralentir sous l'effet du médicament : en cas de fatigue anormale, d'essoufflement et de pouls inférieur à 50 battements par minute, consultez votre médecin.

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Médicament générique

Les dérivés nitrés (isosorbide dinitrate) dilatent les artères et réduisent la demande en oxygène du muscle cardiaque. En raison d'un risque d'hypotension, la tension artérielle doit être contrôlée régulièrement. Les autres principaux effets indésirables sont des maux de tête et des bouffées de chaleur.

Liste des médicaments mise à jour : Mardi 21 Avril 2020

Dérivés nitrés

Les médicaments qui préviennent la rétention d'eau

Les diurétiques sont un élément important du traitement de l’insuffisance cardiaque chronique chez les patients qui présentent une tendance à l’accumulation d’eau dans les tissus. Ils évitent cette rétention d’eau et les œdèmes. Ils améliorent rapidement l’essoufflement, la tolérance à l’effort et la qualité de vie.
Les diurétiques « classiques » peuvent favoriser l'élimination du potassium, un sel minéral indispensable au bon fonctionnement du cœur. Le médecin prescrit souvent un dosage régulier du taux de potassium dans le sang. Il est parfois nécessaire de prescrire une supplémentation en potassium.

Liste des médicaments mise à jour : Mardi 21 Avril 2020

Diurétiques classiques : bumétanide

Diurétiques classiques : hydrochlorothiazide

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Médicament générique

Certains diurétiques (les antagonistes de l’aldostérone, comme le canrénoate de potassium, l’éplérénone ou la spironolactone avec ou sans altizide) préservent les concentrations de potassium dans le sang. Ils sont parfois prescrits en association avec les diurétiques « classiques » (amiloride, bumétanide, furosémide, hydrochlorothiazide).

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Médicament générique
L’insuffisance cardiaque fait partie des affections longue durée
L’insuffisance cardiaque est inscrite sur la liste des affections de longue durée (ALD), ce qui signifie que si vous souffrez d’insuffisance cardiaque, les examens et les traitements en rapport avec la maladie seront pris en charge à 100 % s’ils sont remboursables, quel que soit leur taux de remboursement.

Les autres traitements de l'insuffisance cardiaque chronique

Dans certains cas, des traitements chirurgicaux sont indispensables pour soulager une insuffisance cardiaque chronique (ICC).

Par exemple, lorsque l’ICC est liée à une malformation congénitale ou un défaut de fermeture d’une valvule cardiaque, il est nécessaire de corriger ces causes chirurgicalement (par exemple, en posant une valvule artificielle).

Lorsque l’ICC est liée à une obstruction des artères coronaires (qui irriguent le muscle cardiaque), la chirurgie vise à rétablir le débit dans ces artères par la pose de stents (des ressorts qui maintiennent l’artère dilatée) ou la greffe de fragments d’artère saine (le « pontage »).

La pose d’un stimulateur cardiaque (« pacemaker ») est parfois nécessaire pour resynchroniser les contractions cardiaques (par exemple lors de troubles du rythme résistant au traitement médicamenteux). Ce stimulateur cardiaque peut aussi assurer une fonction de défibrillateur implantable chez les patients qui souffrent de fibrillation auriculaire (une oreillette se contracte anarchiquement) ou de tachycardie ventriculaire (un ventricule accélère ses contractions de façon incontrôlée).

Enfin, dans les cas les plus graves, la transplantation cardiaque est nécessaire. Cette greffe est réservée aux patients âgés de moins de 65 ans.


Sources et références de l'article "Insuffisance cardiaque chronique"