Endoscopies digestives

Mis à jour : Mercredi 08 Juin 2016

Les endoscopies digestives, hautes et basses, sont des examens d’imagerie médicale destinés à visualiser et à explorer la paroi interne du tube digestif (la « muqueuse ») par le biais d’un câble souple introduit par la bouche ou l’anus, et équipé d’un système d’éclairage et d’une caméra vidéo miniaturisée.

Destinées au diagnostic ou à des interventions chirurgicales mineures, les endoscopies digestives nécessitent fréquemment une anesthésie générale légère et une hospitalisation d’une journée. L’endoscopie digestive basse (« coloscopie ») demande une préparation rigoureuse au cours des deux journées précédant l’examen.

Les principes de l'endoscopie digestive

On distingue deux types d’endoscopie digestive :

  • l’endoscopie digestive haute, qui visualise l’œsophage, l’estomac et le début de l’intestin grêle ;
  • la coloscopie, ou endoscopie digestive basse, qui visualise le côlon (gros intestin) et le rectum, éventuellement la partie terminale de l’intestin grêle.

D’autres termes peuvent être employés : fibroscopie digestive, gastroscopie (estomac), rectosigmoïdoscopie (rectum et partie terminale du côlon), etc.

Dans tous les cas, le principe est de faire pénétrer, sous anesthésie le plus souvent générale, un tube flexible équipé d’une caméra (endoscope) dans les voies digestives (par la bouche pour les endoscopies hautes, par l’anus pour les endoscopies basses). L’endoscope transmet les images de la paroi digestive le long de son trajet. Le médecin gastro-entérologue visualise ainsi la surface interne du tube digestif sur un écran et peut enregistrer les images reçues.

Les instruments de l'endoscopie digestive

endoscope

Pour pratiquer une endoscopie digestive, le médecin utilise un câble souple de 1 cm de diamètre, l’endoscope, ou fibroscope (gastroscope pour l’estomac, coloscope pour le côlon, etc.). Sa longueur et ses particularités varient en fonction du type d’endoscopie. En général, il est d’une longueur allant de 1,5 à 2 mètres. À l’extrémité du câble sont positionnées une source lumineuse et une ou plusieurs caméras vidéo miniaturisées. À l’intérieur du câble, peuvent se trouver :

  • un tube destiné à insuffler de l’air ou du dioxyde de carbone (gaz carbonique) ;
  • un tube destiné à aspirer l’air ou les liquides, voire à injecter du liquide pour nettoyer la surface du tube digestif ou la caméra vidéo ;
  • un tube pour passer les instruments chirurgicaux (par exemple, pour faire des prélèvements ou enlever un polype, ou pour coaguler un petit vaisseau sanguin).

Un système de commande situé à l’extérieur permet au médecin de faire pivoter l’extrémité de l’endoscope dans toutes les directions pour aider sa progression dans le tube digestif. La rigidité du câble peut également être modifiée par le médecin (plus ou moins souple), ce qui l’aide à faire avancer le câble.

Certains endoscopes possèdent trois caméras vidéo qui enregistrent les images situées devant leur extrémité, mais aussi de chaque côté un peu vers l’arrière. Ainsi, le médecin a une vision du tube digestif à quasiment 360°.

Entre chaque patient, l’endoscope est désinfecté puis lavé en machine. Les accessoires utilisés sont stérilisés ou jetés (dans le cas de matériel à usage unique). Ces mesures sont destinées à éviter la transmission de micro-organismes infectieux entre patients.

L'anesthésie lors d'une endoscopie digestive

En règle générale, la moitié des endoscopies digestives hautes est pratiquée sous anesthésie générale légère. Parfois, une anesthésie générale plus profonde est nécessaire, en particulier quand une petite intervention chirurgicale est prévue. Dans l’autre moitié des cas, une anesthésie locale est préférée. Dans plus de 95 % des cas, la coloscopie nécessite une anesthésie générale (l’examen du rectum peut éventuellement se faire sans anesthésie générale).

L’anesthésie générale légère est généralement pratiquée à l’aide d’une substance particulière injectée par voie intraveineuse et qui, une fois éliminée du corps, assure un réveil rapide qui permet de rentrer chez soi (accompagné, en transport individuel ou en commun) sans attendre.

Il est nécessaire de rencontrer un anesthésiste huit à dix jours avant l’endoscopie pour une consultation de pré-anesthésie. Lors de cette consultation, le patient reçoit une fiche de recommandations pour la préparation de l’examen, ainsi qu’une fiche d’information concernant l’endoscopie et un formulaire de consentement éclairé. Ce dernier document doit être rapporté signé le jour de l’examen. N’oubliez pas de prévenir le médecin si vous souffrez ou avez récemment souffert d’un problème de santé, même mineur (rhume, problème dentaire, grippe, etc.) ou si vous prenez un traitement (même en automédication).

Dans certains centres médicaux, l’injection du produit anesthésique est précédée d’une séance d’hypnothérapie conversationnelle : une infirmière ou un médecin formé à cette pratique accompagne le patient en lui suggérant des exercices de visualisation (des scènes agréables que le patient connaît). Cet exercice permet au patient de se détendre avant l’anesthésie et contribue à un meilleur endormissement et à un réveil dans de meilleures conditions.

Attention si vous prenez des médicaments !
Certains médicaments ne sont pas compatibles avec l’endoscopie digestive, en particulier les médicaments qui freinent la coagulation du sang (les « fluidifiants sanguins»), ou ceux qui ralentissent le transit intestinal (pour la coloscopie). La consultation pré-examen avec le gastro-entérologue ou l’anesthésiste est le moment de signaler tous les traitements que vous prenez (y compris ceux disponibles sans ordonnance ou les compléments alimentaires). Il est possible que votre médecin vous demande d’arrêter certains médicaments une dizaine de jours avant l’endoscopie.
Attention, avant une endoscopie, évitez les médicaments ou les compléments alimentaires contenant du charbon activé ou du fer, et ce au moins une semaine avant l’examen.

Le réveil après une endoscopie digestive

Après une endoscopie digestive, une infirmière s'assure de l'absence de saignements et de maux de ventre pendant environ une heure. Une surveillance de 24 heures peut être nécessaire après un geste chirurgical, par exemple lorsque des polypes volumineux ont été enlevés de la paroi du côlon. Sinon, le patient prend une petite collation et rentre chez lui dans la journée, accompagné ou en transports en commun (mieux vaut éviter de conduire pendant 24 heures).

L’équipe médicale rédige un compte-rendu qui décrit les conditions de l’examen et les observations du médecin, ainsi que ses conclusions, et qui sera envoyé au médecin traitant.

Dès le lendemain de l’examen, vous pouvez reprendre vos activités professionnelles ou autres. Des effets indésirables peuvent survenir juste après l’examen (ballonnements, maux de ventre ou de thorax, vomissements, nausées, toux, saignements, fièvre). Devant tout symptôme anormal ou qui dure, consultez votre médecin.

Quel coût pour l'endoscopie digestive ?

Outre les consultations avec le gastro-entérologue et l’anesthésiste, qui doivent être réglées par le patient (puis seront remboursées), l’endoscopie digestive, lorsqu’elle est prescrite par un médecin, nécessite le règlement d’un forfait hospitalier, et parfois d’un dépassement d’honoraires, qui peuvent être pris en charge par l’assurance complémentaire santé (la « mutuelle »), sur présentation d’une facture acquittée.

Dans certains cas (affection de longue durée, couverture médicale universelle, invalidité, par exemple), cette participation forfaitaire n’est pas due.


L'endoscopie digestive haute, qu'est-ce que c'est ?

L’endoscopie digestive haute est un examen visuel de l’intérieur de l’œsophage, de l’estomac et du duodénum (la première partie de l’intestin grêle). Cet examen est également nommé « endoscopie œsogastroduodénale » ou « fibroscopie œsogastroduodénale ». Il est prescrit pour effectuer un diagnostic d’un trouble digestif (douleurs, reflux gastro-œsophagien résistant aux traitements habituels, par exemple) ou en cas d’anémie, mais également pour réaliser d’éventuels gestes chirurgicaux mineurs, par exemple :

  • un prélèvement de la paroi digestive (une « biopsie ») ;
  • le retrait d’une tumeur bénigne ou d’un corps étranger (arête de poisson, par exemple) ;
  • la coagulation de petits vaisseaux sanguins qui saignent.

Cet examen permet de diagnostiquer les gastrites (inflammations de la paroi de l’estomac), les ulcères de l’œsophage, de l’estomac ou du duodénum, les varices œsophagiennes, les tumeurs de l’œsophage ou de l’estomac, etc.

L'endoscopie digestive haute en pratique

fibroscopie œsogastroduodénale

Lorsqu’elle se fait sous anesthésie générale, l’endoscopie digestive haute exige un séjour de quelques heures à l’hôpital ou en clinique (chirurgie ambulatoire). Elle nécessite d'être à jeun de la veille au soir (au moins six heures avant l'examen) : ni nourriture, ni boisson, ni tabac.

La personne est vêtue d’une blouse, d’une charlotte et de chaussons jetables. Éventuellement, ses prothèses dentaires amovibles sont retirées. Un protège-dents peut lui être fourni. Ensuite, dans un bloc opératoire équipé d’appareils de surveillance, l’anesthésiste injecte le produit via un cathéter préalablement posé et le patient s’endort.

Le gastro-entérologue introduit l’endoscope par la bouche (plus rarement par le nez). Via le câble souple, il envoie de l’air ou du dioxyde de carbone (gaz carbonique) pour écarter les parois de l’estomac afin de pouvoir les observer. Il introduit progressivement le câble jusqu’à l’endroit le plus bas qu’il souhaite examiner (estomac ou intestin grêle). Ensuite, il retire progressivement et lentement l’endoscope et, grâce à la caméra, il examine l’intérieur de l’intestin grêle (le cas échéant), de l’estomac puis de l’œsophage. Si nécessaire, il effectue des prélèvements et des soins.

Lors d’examen sous anesthésie locale
Si le médecin gastro-entérologue a décidé de procéder à une endoscopie haute sous anesthésie locale, le fond de la gorge est anesthésié à l’aide d’un spray ou d’un gel. La personne se couche sur le côté gauche et l’endoscope est introduit par la bouche (plus rarement par le nez). Le patient se concentre sur sa respiration et évite de déglutir sa salive. La suite de l’examen est identique à la procédure sous anesthésie générale.
Après l’examen, il est possible de boire et de manger dès que l’anesthésie locale ne fait plus effet, soit une heure environ après l’examen.

Quels sont les risques de l'endoscopie digestive haute ?

L’endoscopie digestive haute présente peu de risques. Ses complications concernent plutôt les personnes âgées de plus de 60 ans, celles qui souffrent d’une maladie cardiaque ou respiratoire, celles qui prennent des médicaments anticoagulants ou anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, kétoprofène, par exemple).

Les complications de l’endoscopie digestive haute les plus fréquemment observées sont :

  • une complication de l’anesthésie générale (baisse de la concentration d’oxygène dans le sang),
  • une hémorragie après avoir effectué un geste chirurgical, soit immédiatement, soit quelques heures ou jours après l’examen (rare, environ 0,03 %) ;
  • une perforation de la paroi du tube digestif, immédiate ou dans les jours qui suivent l’endoscopie (rare, 0,03 à 0,1 % des patients) ;
  • une infection, (les personnes à risque infectieux peuvent recevoir un traitement antibiotique préventif avant l’endoscopie) ;
  • plus rarement, des troubles cardiovasculaires (troubles du rythme cardiaque, accident vasculaire cérébral, par exemple).

Quelles sont les contre-indications de l'endoscopie digestive haute ?

Dans certains cas, il n’est pas possible de pratiquer une endoscopie digestive haute. Par exemple :

  • lorsque le patient présente une insuffisance respiratoire grave ;
  • lorsque le patient souffre de troubles du rythme cardiaque graves ;
  • lorsque le patient présente des troubles de la coagulation sanguine sévères.

Qu'appelle-t-on coloscopie ?

La coloscopie est un examen médical destiné à observer l’aspect de la paroi interne du côlon (gros intestin) et du rectum, et à intervenir chirurgicalement sur cette paroi, par exemple pour faire un prélèvement (biopsie) ou pour enlever une excroissance (un « polype » ou un « adénome ») ou une tumeur de petite taille.

La coloscopie (également appelée « vidéocoloscopie ») est prescrite par le médecin traitant lorsque un patient présente des symptômes d’une maladie intestinale, par exemple des diarrhées chroniques inexpliquées, ou des douleurs chroniques résistantes aux traitements habituels ou la présence de sang dans les selles, ou dans une optique de dépistage d’une lésion cancéreuse ou précancéreuse, comme c’est le cas avec le cancer colorectal.

Chaque année, en France, plus d’un million de coloscopies sont réalisées.

schéma d'une coloscopie
Schéma d'une coloscopie

Qu'appelle-t-on « polype » et « adénome » ?
Souvent, les cancers colorectaux évoluent à partir de polypes (des amas de cellules ressemblant à une plaque, un gonflement ou une petite grappe sur la surface interne du côlon ou du rectum). Ces polypes sont le plus souvent bénins, mais lorsque leur taille devient supérieure à un centimètre de diamètre, ils peuvent devenir cancéreux. On estime qu’entre 60 et 80 % des cancers colorectaux se développent à partir d’un polype.
Avant de se transformer en tumeur cancéreuse, les polypes passent par une phase dite « précancéreuse ». On les désigne alors par le terme « adénome ». À l’œil nu, les polypes et les adénomes ont le même aspect. Pour cette raison, au cours d’une coloscopie, le médecin gastro-entérologue enlève tous les polypes sans chercher à distinguer s’ils sont devenus des adénomes. Seul le laboratoire d’analyses peut, sous le microscope, différencier les polypes des adénomes.

Le déroulement de la coloscopie

La coloscopie s’effectue sous anesthésie générale. Une fois le patient endormi et placé sur le côté gauche ou sur le dos, le médecin gastro-entérologue introduit le coloscope dans le rectum par l’anus. Ensuite, le médecin le fait remonter le long du rectum puis du côlon, jusqu’au point où l’intestin grêle (le « petit intestin ») s’abouche au côlon (là où se trouve l’appendice). Il visualise la progression sur un écran vidéo et peut s’aider en injectant un peu d’air ou de gaz carbonique. Cette étape prend dix minutes en moyenne.

Une fois le coloscope parvenu à destination, l’examen visuel du côlon peut commencer. Il se déroule donc en retirant progressivement et lentement le coloscope. À ce stade, le médecin insuffle une plus grande quantité d’air pour déplisser le côlon et voir ainsi ses parois. C’est cet air qui provoque les sensations de ballonnement ressenties après une coloscopie. Le médecin essaie d’en aspirer le maximum en fin d’examen, néanmoins, il en persiste toujours un peu. L’usage de dioxyde de carbone (gaz carbonique) plutôt que d’air réduit les ballonnements après l’examen.

Dans certains cas particuliers, par exemple chez les personnes qui souffrent de syndrome de Lynch ou de polypose adénomateuse familiale, le médecin peut injecter un colorant dans le côlon, qui l’aide à identifier les lésions qui ne sont pas en relief. On parle alors de « chromo-endoscopie ».

En l’absence de lésions de la paroi intestinale, l’examen complet du côlon et du rectum prend entre 20 et 30 minutes. Ainsi, une coloscopie complète dure entre 30 et 40 minutes environ.

Que fait le médecin en cas de lésion du côlon ou du rectum ?

Lors de la coloscopie, le médecin peut visualiser des éléments anormaux de la paroi interne (la « muqueuse ») du côlon et du rectum. Par exemple, une inflammation ou des lésions : ulcères, polypes, adénomes, tumeurs, etc. Si nécessaire, il peut prélever un fragment de la surface du côlon (une « biopsie ») qui sera envoyé au laboratoire pour analyse microscopique.

Dans le cadre du dépistage et du suivi du cancer colorectal, la coloscopie permet de rechercher la présence de polypes, d’adénomes ou de tumeurs. Pour enlever les polypes, le médecin introduit dans le câble du coloscope un outil appelé « anse diathermique ». Il s’agit d’une sorte de petit lasso avec lequel il va saisir le polype et le retirer en brûlant sa base : c’est la « polypectomie ». Lorsque l’adénome est plat (on dit qu’il est « sessile »), il peut l’enlever avec une pince adaptée ou le brûler sur place.

Selon l’aspect du polype, il peut décider de le prélever et de l’envoyer au laboratoire d’analyses, comme une biopsie. Si le polype est trop gros pour être retiré via le coloscope, le médecin en prélève un fragment et brûle le reste.

Les manipulations chirurgicales faites à travers le coloscope (biopsie, polypectomie) ne sont pas douloureuses.

Quelle est la place de la coloscopie dans le dépistage du cancer colorectal ?

Dans la plupart des cas, le dépistage du cancer colorectal par coloscopie est prescrit aux personnes qui :

  • ont des symptômes pouvant évoquer ce cancer (sang dans les selles, diarrhée et/ou constipation inhabituelle, maux de ventre d’apparition récente en particulier chez une personne de plus de 50 ans, amaigrissement récent inexpliqué, anémie d’origine non identifiée) ;
  • ou qui ont un test de recherche de sang dans les selles (test immunologique utilisé dans le dépistage organisé du cancer colorectal) positif.

Par ailleurs, certaines personnes dont le risque de cancer colorectal est plus élevé que la moyenne doivent régulièrement faire une coloscopie :

  • les personnes qui ont déjà eu un cancer colorectal ;
  • les personnes chez qui ont a déjà enlevé plusieurs polypes de la paroi du côlon/rectum (ou un seul polype d’un diamètre supérieur à 1 cm) ;
  • les personnes dont un parent du 1er degré (père, mère, frères et sœurs, enfants) a eu un cancer colorectal (ou un gros polype) avant l’âge de 65 ans ;
  • les personnes dont plus d’un parent du 1er degré a eu un cancer colorectal (ou un gros polype) quel que soit leur âge au moment du diagnostic ;
  • les personnes qui souffrent de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) : rectocolite hémorragique, maladie de Crohn ;
  • les personnes qui souffrent de polypose adénomateuse familiale ou de syndrome de Lynch, deux maladies génétiques qui exposent à un risque très élevé de polypes multiples et de cancer colorectal. Chez ces personnes, un type particulier de coloscopie (la « chromo-endoscopie ») est utilisé.

Pour les personnes dites « à risque élevé » de cancer colorectal, une première coloscopie doit être effectuée :

  • dès l’âge de 45 ans ;
  • OU cinq ans avant l’âge qu’avait le parent au moment du diagnostic de son cancer ;
  • OU après dix années d’évolution de la MICI.

Chez les personnes qui sont à risque modérément élevé de cancer colorectal, une coloscopie de contrôle doit être effectuée tous les cinq ans, sauf cas particuliers où elle peut être faite tous les deux ans.

Quels sont les risques de la coloscopie ?

La coloscopie est un geste technique sûr. Néanmoins, dans 2 % des cas, une hospitalisation pour complication est nécessaire. Ces complications concernent plutôt les personnes âgées de plus de 60 ans, celles qui souffrent d’une maladie cardiaque ou respiratoire, celles qui prennent des médicaments anticoagulants ou anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, kétoprofène, par exemple), ou celles chez lesquelles un polype volumineux (plus de 2 cm de diamètre) est enlevé.

Les complications de la coloscopie les plus fréquemment observées sont :

  • une complication de l’anesthésie générale (baisse de la concentration d’oxygène dans le sang), qui représente la moitié des complications des coloscopies (soit environ 1 % des personnes examinées) ;
  • une hémorragie après l’ablation d’un polype, soit immédiatement, soit une à trois semaines après la coloscopie (0,2 à 3 % des personnes examinées) ;
  • une perforation du côlon, immédiate ou dans les jours qui suivent la coloscopie (0,1 à 2 % des personnes examinées) ;
  • une infection, dans moins de 4 % des cas (les personnes à risque infectieux peuvent recevoir un traitement antibiotique préventif avant la coloscopie) ;
  • plus rarement, des troubles cardiovasculaires (troubles du rythme cardiaque, accident vasculaire cérébral, par exemple).

Hors complications, les personnes qui ont subi une coloscopie peuvent, dans les heures qui suivent l’examen, ressentir des maux de ventre (dans 5 % des cas), des saignements digestifs (dans 2 % des cas), de la fatigue, des douleurs musculaires, des problèmes urinaires ou génitaux ou des maux de tête.

Quelles sont les limites de la coloscopie ?

Dans environ 5 % des cas, le médecin gastro-entérologue ne parvient à explorer le côlon dans sa totalité : rétrécissement de l’intestin infranchissable par le coloscope, matières fécales résiduelles (du fait d’une mauvaise préparation) ou encore difficultés anatomiques qui entravent la progression du coloscope. Dans ce cas, il peut être nécessaire de réaliser un examen radiologique (après un lavement avec un produit qui bloque les rayons X) ou une coloscopie virtuelle (coloscanner) pour compléter l’examen.

Même lorsqu’elle est complète, la coloscopie peut ne pas détecter des anomalies, en particulier si le côlon n’est pas parfaitement propre : c’est le cas de 15 à 25 % des polypes de moins de 1 cm, de 0,1 à 6 % des polypes de plus de 1 cm, et de 0,5 à 6 % des cancers du côlon.

Quelles sont les contre-indications de la coloscopie ?

Dans certains cas, il n’est pas possible de pratiquer une coloscopie « classique ». Par exemple :

  • lorsque l’état de santé du patient ne permet pas d’envisager une anesthésie générale ;
  • lorsque la santé du patient ne permet pas d’insérer un tube d’endoscopie dans le côlon : colite aiguë, suspicion de perforation ou d’occlusion intestinale, sigmoïdite, etc.
  • lorsqu’un polype de grande taille a été récemment enlevé et que la paroi du côlon est en phase de cicatrisation ;
  • lorsque le patient est paniqué à l’idée de l’anesthésie ou de la coloscopie classique.

Dans ce cas, il est possible de pratiquer une forme particulière de coloscopie, sans anesthésie et sans insertion d’un tube dans le côlon : la coloscopie virtuelle ou coloscanner.


Parce que la coloscopie est un examen visuel de la paroi interne du côlon (gros intestin) et du rectum, elle nécessite que l'intestin soit vidé de son contenu et que cette paroi soit propre. Pour « laver » son côlon et son rectum, il est nécessaire de suivre un régime particulier dit « sans résidus » pendant un jour ou deux, et d'ingérer un produit destiné à éliminer les matières fécales (la « préparation colique »).

Pourquoi la préparation de la coloscopie est-elle si importante ?

Si les consignes de préparation ne sont pas bien respectées, des matières fécales persistent dans le côlon et le médecin ne peut pas visualiser correctement la paroi de l’intestin. L’examen dure plus longtemps et est moins précis.

Dans certain cas, et malgré la possibilité de laver l’intestin localement via le tube du coloscope (le « nettoyage aspiration » ou « waterjet »), le médecin est obligé d’arrêter l’examen et doit le reprogrammer. C’est malheureusement le cas de 10 à 20 % des examens coloscopiques en France.

Outre les coûts inutiles engendrés (estimés à 35 millions d’euros en 2008 en France !) et l’impact sur le programme de rendez-vous de l’équipe, cette mauvaise préparation expose le patient à une anesthésie générale inutile et à un retard dans le diagnostic d’un éventuel problème digestif.

Le régime sans résidus

Le régime alimentaire dit « sans résidus » est destiné à diminuer, voire éliminer, les fibres de l’alimentation, en particulier les fibres d’origine végétale : fruits, légumes, y compris les peaux, graines et pépins. Ce régime appliqué 24 à 48 h avant la coloscopie réduit le volume des selles et ralentit le transit intestinal. Sa nature exacte et sa durée seront précisées par le médecin lors de la consultation pré-coloscopie.

Le régime sans résidus interdit :

  • tous les légumes, y compris les haricots, pois, lentilles, et les préparations contenant des légumes (soupes, par exemple) ;
  • tous les fruits et les préparations contenant des fruits (y compris les jus, les confitures et les laitages aux fruits) ;
  • tous les aliments contenant des céréales complètes (pain complet, riz complet, pains spéciaux, son, etc.) ;
  • les boissons alcoolisées, le café turc (avec le marc), les jus de fruits avec pulpe.

Il autorise :

  • les viandes, les poissons, les œufs, le jambon cuit ;
  • le riz blanc, les pâtes, les pommes de terre sans la peau ;
  • les fromages à pâte cuite (gruyère, emmenthal, comté, beaufort, etc.) ;
  • le pain blanc, la semoule et les biscottes non complètes ;
  • les biscuits secs (sablés, petits beurres, etc.) ;
  • l’eau (au moins 1,5 litres par jour), les sodas, les sirops, le café (filtre ou à l’italienne), le thé, les tisanes, les bouillons de viande.

Certains médecins interdisent le lait, les laitages nature et les flans, d’autres non. Demandez l’avis de votre praticien.

La préparation colique : modalités et pratique

Plusieurs produits existent pour « laver » le côlon avant une coloscopie. Ils sont regroupés dans deux familles selon leurs ingrédients :

  • les préparations coliques à base de PEG (polyéthylèneglycol ou macrogol) ;
  • les préparations coliques à base de laxatifs osmotiques ou stimulants.

Dans les deux cas, associées à la prise de grandes quantités d’eau, elles sont destinées à provoquer des diarrhées non douloureuses qui vont vider le côlon de ses résidus.

Par ailleurs, il est indispensable d’arriver à la coloscopie à jeun (ne pas boire, ni manger, ni fumer, hors préparation colique) depuis la veille minuit pour un examen le matin, ou depuis 9 heures du matin pour un examen l’après-midi.

Quelle préparation colique choisir ?

Chaque préparation colique a ses particularités (volume total à ingérer, heures de prise, goût, possibilité de la prendre avec un liquide neutre en goût ou aromatisé, etc.). Certaines nécessitent une prise au milieu de la nuit précédant l’examen.

Le choix d’une préparation colique dépend des préférences du gastro-entérologue qui va pratiquer la coloscopie, de votre capacité à boire de grandes quantités de liquide, de votre tendance à avoir la nausée et à vomir, et éventuellement de votre âge et de votre état de santé (par exemple de l’état de vos reins ou la présence d’une poussée inflammatoire du côlon). Discutez-en avec lui, il vous présentera les options les plus adaptées à votre cas.

Lorsque vous aurez choisi ensemble, il vous précisera les modalités et les horaires de prise et vous remettra, le cas échéant, un livret illustrant votre préparation colique. Le plus souvent, la prise est fractionnée en une prise le soir et une prise le matin (éventuellement une prise en deux temps le matin si la coloscopie est prévue pour l’après-midi).

Comment rendre la préparation colique moins pénible ?

Dans l’ensemble, la prise de la préparation colique n’est pas très agréable, même si des progrès considérables ont été faits pour la rendre moins difficile : nausées, plus rarement vomissements, maux de ventre, ballonnements, etc. Les patients qui font régulièrement des coloscopies ont développé quelques astuces qui pourront vous être utiles :

  • mélanger les produits de préparation avec de l’eau fraîche, mais pas glacée, pour diminuer la perception du goût, et les garder au réfrigérateur ;
  • boire la préparation avec une ou plusieurs grosses pailles pour « court-circuiter » le passage sur la langue et donc diminuer la perception du goût ;
  • se pincer le nez en buvant, de nouveau pour réduire la perception du goût ;
  • se rincer la bouche à l’eau ou se brosser les dents sitôt la préparation avalée ;
  • faire précéder la prise de deux ou trois cuillerées d’huile d’olive pour « masquer » les papilles gustatives.

De plus, il peut être utile d’acheter des lingettes pour les fesses de bébés pour éviter les irritations de l’anus avec le papier toilette.


Qu'est-ce que la coloscopie virtuelle ?

Parfois, pour des raisons médicales, il n’est pas possible de pratiquer une vidéocoloscopie. Dans ce cas, comment parvenir à dépister la présence de polypes ou de tumeurs colorectales ? Une technique particulière, le coloscanner ou coloscopie virtuelle, peut alors être utilisée.

La coloscopie virtuelle est en fait une forme particulière de scanner (qui met en œuvre des rayons X, comme pour une radiographie). Comme un scanner classique, des images « en tranches » de l’abdomen sont collectées, puis un programme informatique les assemble pour former une image en 3D, en l’occurrence une image de l’intérieur du côlon.

La coloscopie virtuelle est pratiquée lorsque la coloscopie traditionnelle ne peut pas être utilisée, ou lorsqu’elle a dû être arrêtée avant examen complet du côlon, chez une personne qui a un test de recherche du sang dans les selles positif.

La coloscopie virtuelle en pratique

En pratique, la préparation au coloscanner n’est pas différente de celle de la coloscopie classique : régime sans résidus 24 heures avant l’examen et administration d’un produit, la préparation colique, qui provoque des diarrhées destinées à « laver » le côlon. L’examen se pratique à jeun.

Le patient s’allonge sur un lit qui va s’avancer progressivement au travers de l’anneau du scanner qui délivre les rayons X (en quantité moindre qu’un scanner habituel). Un produit dit « de contraste » (pour une meilleure définition des images recueillies) et un médicament contre les spasmes de l’intestin peuvent être injectés par voie intraveineuse. Une sonde est placée dans le rectum, qui va insuffler de l’air ou du dioxyde de carbone (gaz carbonique) dans le côlon.

Pendant l’examen, le médecin demande au patient de retenir sa respiration pendant environ 30 secondes, plusieurs fois et dans plusieurs positions du corps. La durée totale du coloscanner est d’environ une demi-heure.

Ensuite, les images sont transmises à un ordinateur qui va transformer les données recueillies en images en trois dimensions et reconstruire une image complète de l’intérieur du côlon. Cette transformation informatique demande entre 15 et 45 minutes.

Quelles sont les limites de la coloscopie virtuelle ?

Malgré l’absence d’anesthésie, la coloscopie virtuelle exige cependant d’insuffler de l’air dans le côlon, ce qui la rend inutilisable lorsque le côlon est très fragile (perforation ou plaie, par exemple). De plus, elle n’est disponible que dans certains centres médicaux et son coût est plus élevé.

La précision du coloscanner est un peu plus faible que celle de la coloscopie classique : il a du mal à identifier les lésions de l’intestin qui ne sont pas en relief, ainsi que les polypes d’un diamètre inférieur à 6 mm. De plus, le coloscanner ne permet pas d’enlever des polypes ou de faire une biopsie. Lorsqu’un polype est identifié, une vidéocoloscopie « classique » sera nécessaire pour l’enlever.

Pour toutes ces raisons, la coloscopie virtuelle ne peut pas remplacer la coloscopie classique dans la pratique courante et elle reste limitée à des cas particuliers où cette dernière, plus performante et moins coûteuse, ne peut pas être utilisée. De plus, les performances actuelles du coloscanner ne lui permettent pas d’assurer le suivi des personnes à risque élevé de cancer colorectal, du fait de sa moindre sensibilité et parce qu’il ne permet pas d’enlever, dans le même temps, les polypes qui sont fréquemment observés dans cette population.

La capsule colique, une alternative à la coloscopie virtuelle

La capsule colique est un dispositif d'imagerie médicale miniaturisé à usage unique pour l’exploration du côlon. Elle est destinée à être avalée après une préparation colique spécifique.

Les autorités de santé considèrent que la capsule colique peut constituer une modalité d'exploration chez les adultes pour la recherche de polypes et de cancers colorectaux dans les mêmes circonstances cliniques que celles de la coloscopie virtuelle.

L'examen de la muqueuse du côlon par capsule colique exige une préparation colique comme pour une coloscopie optique classique (avec coloscope), mais avec un volume 1,5 fois supérieur. Les éventuels effets indésirables et contre-indications de la capsule colique sont liés à la préparation colique et à la prise de phosphate de sodium (qui favorise les mouvements du côlon nécessaires à la progression de la capsule).

Pour en savoir plus : La HAS a évalué les performances et la sécurité des capsules coliques.

Sources: