Acidocétose diabétique

Mis à jour : Mardi 04 Juin 2019

L'acidocétose diabétique est une complication aiguë du diabète qui consiste en une élévation de l'acidité du sang liée à l'accumulation de substances toxiques pour l'organisme, appelées corps cétoniques. L'acidocétose diabétique est la conséquence d'une concentration d'insuline trop faible dans le sang, en cas de diabète débutant ou mal compensé par le traitement. C'est une urgence médicale qui nécessite une hospitalisation.

Qu'est-ce que l'acidocétose diabétique ?

sang

L'acidocétose est une acidité excessive du sang causée par l’accumulation de corps cétoniques. Elle s’observe en particulier chez les personnes diabétiques (chez qui elle est appelée « acidocétose diabétique » ou parfois « céto-acidose diabétique »), lorsque la quantité d’insuline dans le sang est insuffisante, notamment avant le diagnostic de la maladie.

Qu'appelle-t-on corps cétoniques ?

Lorsque le corps ne peut pas utiliser son carburant énergétique principal, le glucose (« sucre »), il consomme ses graisses de réserve. Les corps cétoniques (acétone, acide acéto-acétique, acide bêta-hydroxybutyrique) sont des substances issues de la transformation des graisses en acétyl-coenzyme A par le foie. Ces corps cétoniques sont ensuite éliminés dans les urines. La production de corps cétoniques est normale à jeun ou suite à un effort physique intense. Elle cesse habituellement après un nouveau repas, à condition que le corps soit capable de produire suffisamment d’insuline, l’hormone qui sert à faire entrer le glucose dans les cellules, ou qu’il reçoive de l’insuline injectable (en cas de diabète).

Cétose ou acidocétose ?

Lorsque la quantité de corps cétoniques dans le sang est modérée, on parle plutôt de « cétose », car l’acidité sanguine est peu perturbée. L’acidocétose survient quand la concentration de corps cétoniques dans le sang dépasse largement les capacités d’élimination de l’organisme et que le sang devient trop acide.

L'acidocétose diabétique est-elle une maladie fréquente ?

Si le diabète est une maladie fréquente en constante progression qui concerne désormais plus de 4 % de la population française, l’acidocétose diabétique sévère est heureusement devenue rare depuis la généralisation de l’insuline injectable et grâce à l’éducation des patients diabétiques. Toutefois, elle survient encore chaque année chez environ un patient diabétique sur 250. De plus, chez les enfants, l’acidocétose diabétique est à l’origine de la découverte d’un tiers des cas de diabète de type 1 (lorsque le pancréas ne produit plus suffisamment d’insuline).


Au-delà de celle liée au diabète, les autres formes d'acidocétose sont rares.

Les acidocétoses liées au jeûne

Une cétose modérée apparaît en cas de jeûne, de régime sans sucre ou de vomissements répétés et, parfois, chez la femme enceinte. Elle est facilement compensée par une prise alimentaire sucrée.

L’acidocétose s’observe chez les personnes en hypoglycémie prolongée et qui présentent donc un taux sanguin de glucose trop faible pour déclencher la sécrétion d’insuline par le pancréas. En effet, c’est le taux de glucose dans le sang qui, au-delà d’un certain seuil, déclenche la sécrétion d’insuline. Ce cas de figure est observé, par exemple, chez les personnes qui font un régime sans glucides (« sans sucres »), chez des sportifs d’endurance après un effort prolongé ou chez des personnes qui ne s’alimentent pas suffisamment pour diverses raisons.

Diabète et ramadan
Pour des raisons religieuses, les croyants musulmans pratiquent le ramadan qui implique notamment un jeûne répété, chaque jour pendant un mois, du lever au coucher du soleil. Le Coran précise que le croyant est exempté du jeûne si cela peut mettre en péril sa santé. Néanmoins, pour les patients diabétiques qui souhaitent tout de même pratiquer le jeûne, il est recommandé de prévoir avec le médecin des adaptations de leurs doses d'insuline. En effet, outre le risque d'hypoglycémie pendant la journée, le patient risque de ne pas s'injecter suffisamment d'insuline au moment des repas pour utiliser tout le sucre dont il a besoin après une journée de jeûne.

L'acidocétose liée aux régimes amaigrissants

Les personnes qui pratiquent un jeûne prolongé ou ne consomment pas suffisamment de glucides (« sucres ») produisent moins d’insuline. Si ces faibles taux sanguins d’insuline perdurent, la cétose modérée risque de s’aggraver en acidocétose. Pour cette raison, en cas de régime amaigrissant, l’alimentation doit néanmoins préserver un certain apport en glucides (pommes de terre, pâtes, riz, lentilles, légumes secs, etc.).

L'acidocétose liée aux troubles digestifs

Les personnes qui présentent des vomissements importants et répétés, et qui ne peuvent pas se réalimenter (par exemple lors d’une gastro-entérite), ont un risque plus élevé de développer une cétose modérée susceptible de s’aggraver en acidocétose si leur état persiste plusieurs jours. Pour prévenir cette forme d’acidocétose, le patient doit boire de l’eau sucrée pour maintenir un apport de sucre dans l’organisme et se réhydrater.

Qu'est-ce que l'acidocétose alcoolique ?

L’acidocétose alcoolique affecte un patient suite à une consommation excessive d’alcool récente (une « cuite »). Suite à cette alcoolisation, le patient présente des vomissements souvent associés à des douleurs abdominales qui entraînent une période de jeûne. Chez ce patient déjà déshydraté à cause de son excès de boissons alcoolisées, l’acidocétose peut devenir sévère mais elle est facilement traitée par administration de sérum physiologique additionné de glucose (sucre).

Le traitement des acidocétoses non diabétiques

Les patients qui présentent une acidocétose liée à une hypoglycémie prolongée doivent boire de l’eau sucrée ou manger des aliments riches en sucre. Dans les cas sévères, ils peuvent être hospitalisés et recevoir une perfusion de sérum physiologique additionné de glucose et de potassium. Dans le cas de l’acidocétose due à une hypoglycémie, l’injection d’insuline est évidemment contre-indiquée.


L'acidocétose diabétique est la conséquence d'une concentration sanguine d'insuline trop faible.

Pourquoi les concentrations d'insuline dans le sang deviennent-elles trop faibles ?

Une carence en insuline, à l’origine de l’acidocétose diabétique, peut se produire lorsque que le pancréas ne peut pas en secréter suffisamment (cas du diabète de type 1 ou diabète insulinodépendant) ou parce que les cellules n’arrivent pas à utiliser l’insuline bien qu’elle soit présente (cas du diabète de type 2). Elle peut également être liée à l’injection de trop faibles quantités d’insuline (cas du diabète mal équilibré par le traitement).

Les mécanismes de l'acidocétose diabétique

Quelle qu’en soit la raison, un taux sanguin d’insuline insuffisant empêche la pénétration du glucose dans les cellules, ce qui provoque l’utilisation des graisses pour obtenir le carburant nécessaire à leur fonctionnement. Cette utilisation des graisses produit des corps cétoniques. Lorsque l’insuffisance en insuline est prolongée, la production de corps cétoniques se poursuit jusqu’à dépasser la capacité d’élimination par l’organisme. Les corps cétoniques s’accumulent, ce qui acidifie le sang : l’acidocétose diabétique s’installe. En parallèle, le glucose, inutilisé par les cellules, s’accumule dans le sang et commence à être éliminé dans les urines.

Qui est à risque pour l'acidocétose diabétique ?

Les patients diabétiques sont susceptibles de souffrir d’acidocétose notamment lorsque la dose d’insuline injectée est insuffisante, ou lorsque les besoins en insuline augmentent, notamment en cas de traitement par des médicaments corticoïdes ou bêta-mimétiques (pour une autre maladie). Par ailleurs, certaines affections peuvent favoriser une acidocétose diabétique, par exemple une infection, un infarctus du myocarde, une intolérance alimentaire (vomissements répétés), ou encore en une intervention chirurgicale. Ces facteurs contribuent à déséquilibrer les besoins en glucose (« sucre ») et à perturber le traitement du diabète même si celui-ci était jusque-là adapté au patient.

Peut-on prévenir l'acidocétose diabétique ?

La prévention de l’acidocétose diabétique repose sur le respect du traitement insulinique, sans oubli des doses d’insuline. En cas de réduction de l’alimentation (par exemple si la personne diabétique saute un repas), l’injection régulière d’insuline doit être maintenue puisque c’est l’absence d’insuline qui déclenche la production de corps cétoniques.


Les symptômes de l'acidocétose diabétique chez les adultes

L’acidocétose diabétique s’installe progressivement en quelques jours. Les premiers symptômes sont une soif intense, des urines fréquentes et abondantes, une perte de poids rapide, des crampes durant la nuit et un essoufflement discret. L’acidocétose diabétique provoque très souvent des douleurs abdominales intenses, des nausées et des vomissements. En outre, le patient perd l’appétit. Enfin, quand l’acidocétose diabétique est sévère, la respiration s’accélère et l’haleine est caractéristique, avec une odeur d’acétone qui rappelle celle de la pomme reinette.

Les symptômes de l'acidocétose diabétique chez les enfants

L’acidocétose diabétique, voire le coma acidocétosique, est une cause fréquente de découverte d’un diabète de type 1 chez l’enfant. L’enfant se lève la nuit pour uriner, il souffre de douleurs abdominales, de vomissements, de difficultés respiratoires et de troubles de la conscience. Son haleine peut également sentir la pomme (acétone).

Quelles sont les éventuelles complications de l'acidocétose diabétique ?

En cas d’acidocétose diabétique, l’acidité du sang et l’élimination de grandes quantités de corps cétoniques dans les urines provoquent un déséquilibre du sodium et du potassium dans le sang, ainsi qu’une forte déshydratation aggravée par l’élimination du glucose dans les urines. Ces complications peuvent avoir des répercussions graves sur le fonctionnement du cœur et entraîner des troubles respiratoires.

En l’absence de traitement, l’état du patient s’aggrave. Des difficultés respiratoires peuvent apparaître. Par la suite, l’acidocétose diabétique entraine des troubles de la conscience, susceptibles d’évoluer jusqu’au coma, voire au décès du patient.


Comment diagnostique-t-on l'acidocétose diabétique ?

analyse de sang

Le signe le plus évident de l’acidocétose diabétique est l’haleine caractéristique, à l’odeur de pomme. La prise de sang montre une diminution du pH sanguin, un taux sanguin de glucose trop élevé (hyperglycémie), la présence de corps cétoniques, ainsi que des anomalies des taux de potassium et de sodium. L’examen des urines révèle par ailleurs la présence de corps cétoniques et de glucose.

Pour rappel, la présence de corps cétoniques à jeun ou après un effort physique intense est normale.

Le dépistage de l'acidocétose diabétique par les patients

L’éducation du patient diabétique à l’autosurveillance est essentielle afin d’identifier au plus vite l’apparition d’une acidocétose diabétique. Lorsque sa glycémie est anormalement élevée (c’est-à-dire supérieure à 2,5 g/l), un patient diabétique doit systématiquement rechercher la présence de corps cétoniques dans ses urines (à l’aide de bandelettes urinaires) ou dans son sang.

Les patients diabétiques sont habituellement équipés de lecteurs de glycémie, qui permettent de mesurer le taux de sucre dans le sang. Certains de ces appareils permettent désormais de détecter les corps cétoniques sur une microgoutte de sang. Ces appareils sont particulièrement utiles chez les personnes dont le diabète n’est pas encore parfaitement stabilisé par le traitement.

Quels sont les traitements de l'acidocétose diabétique ?

Les patients souffrant d’une acidocétose diabétique sont hospitalisés. Le traitement consiste en l’administration d’insuline, de sérum physiologique additionné de glucose et de potassium. Par la suite, le taux de glucose dans le sang ainsi que l’absence de glucose et de corps cétoniques dans les urines sont régulièrement contrôlés.


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