Goutte

Mis à jour : Jeudi 26 Mars 2020

L'acide urique est une substance provenant, entre autres, de la dégradation des noyaux des cellules contenues dans les aliments (en particulier des produits d'origine animale). On parle de crise de goutte lorsque cette substance se trouve en trop grande quantité dans le sang et se dépose sous forme de cristaux dans une articulation en entraînant une inflammation.

Qu'est-ce que la goutte ?

goutte

La goutte est l’inflammation d’articulations due à des dépôts de cristaux d’acide urique, une substance provenant, entre autres, de la dégradation des aliments, en particulier les aliments d'origine animale. L’acide urique est habituellement éliminé par les reins. Mais lorsqu’il se trouve en trop grande quantité dans le sang, il se dépose dans une articulation et entraîne une inflammation : c'est la crise de goutte. Cette maladie est beaucoup plus fréquente chez les hommes. Chez les femmes, elle ne s'observe qu'après la ménopause et reste rare.

Quels sont les symptômes de la goutte ?

La personne atteinte de goutte est réveillée au milieu de la nuit par une douleur soudaine au gros orteil. Il arrive également que d’autres articulations soient touchées : doigt, coude, genou ou cheville. L’articulation est chaude, rouge, enflée et extrêmement douloureuse. La crise s’arrête normalement au bout de quelques jours. L'orteil démange et pèle. Après une crise, il est probable qu'une nouvelle crise survienne des mois ou des années plus tard.

Si le taux sanguin d’acide urique reste élevé, celui-ci peut continuer à se déposer dans les articulations (sans provoquer de symptômes) et les déformer progressivement : c'est la goutte chronique.

Quelles sont les complications éventuelles de la goutte ?

Lors de goutte chronique (également appelée arthropathie uratique ou goutteuse), les articulations peuvent être très déformées. Les chevilles et les genoux sont touchés après les orteils. Les poignets et les mains peuvent également être atteints. La douleur devient permanente. À la radiographie, des signes d'usure peuvent apparaître au niveau des articulations.

De plus, les dépôts d'acide urique peuvent se faire au niveau des reins. Pour cette raison, les personnes sujettes à la goutte doivent être surveillées régulièrement afin de dépister une éventuelle atteinte des reins.


Qu'est-ce qui provoque une crise de goutte ?

La goutte touche surtout les hommes entre 50 et 60 ans et en particulier ceux issus d’une famille de "goutteux" (qui ont tendance à fabriquer beaucoup d'acide urique, environ 1 % de la population française). Les personnes qui souffrent de goutte sont souvent sujettes aux crises de coliques néphrétiques. L’obésité et les excès alimentaires aggravent la maladie.

D’autres affections peuvent également provoquer une crise de goutte, en particulier chez les femmes après la ménopause : insuffisance rénale, hypertension artérielle, troubles de la thyroïde, psoriasis, alcoolisme, etc. Des médicaments (par exemple, certains diurétiques) peuvent entraîner un taux élevé d’acide urique et nécessitent une surveillance régulière.

Peut-on prévenir les crises de goutte ?

Chez les personnes qui ont un taux élevé d'acide urique, il est possible de minimiser les risques de crise de goutte.

  • Évitez l’alcool. Il favorise la formation d’acide urique. Les crises de goutte font souvent suite à des repas bien arrosés.
  • Buvez au moins un litre et demi d'eau par jour pour éliminer l'acide urique. Une eau de pH basique (eau de Vichy, par exemple) est recommandée.
  • N'abusez pas de certains aliments susceptibles d’élever le taux d’acide urique : la charcuterie, les abats, les sauces, les poissons gras, les fruits de mer, les viandes et volailles, le gibier et certains légumes comme les champignons, les épinards, le chou-fleur, les asperges, l’oseille ou les lentilles.

Comment diagnostique-t-on la goutte ?

Un excès d'acide urique dans le sang est souvent découvert au cours d'un examen de routine pour un dépistage ou une surveillance systématique. Lors d'une crise, l'atteinte typique des orteils et l'intensité de la douleur suffisent à diagnostiquer la maladie dans la plupart des cas.

Quels sont les traitements de la goutte ?

Les traitements de la goutte sont de 2 types : les médicaments qui visent à soulager une crise, et les médicaments pris au long cours pour prévenir les récidives. Lors de crise, la colchicine ou les anti-inflammatoires non stéroïdiens, de type ibuprofène, sont prescrits. Après la crise, le taux sanguin d'acide urique est contrôlé par un régime alimentaire adapté et, éventuellement, par des médicaments qui doivent être pris toute la vie. Ces derniers mettent souvent plusieurs mois à agir.

Les médicaments pour soulager la crise de goutte

Une crise de goutte est traitée par la colchicine ou des médicaments anti-inflammatoires (AINS ou, éventuellement, corticoïdes). Parfois, les deux familles de médicaments sont associées.

La colchicine dans le traitement de la crise de goutte

La colchicine (COLCHICINE OPOCALCIUM, COLCHIMAX) doit être prise le plus tôt possible dans le traitement de la crise de goutte, en respectant strictement la dose prescrite par le médecin. Un surdosage provoque des effets indésirables graves, potentiellement mortels. En septembre 2011, l'Agence du médicament a publié une mise en garde suite à la survenue d’effets indésirables graves dus à des interactions médicamenteuses ayant entraîné un surdosage en colchicine. Il est rappelé que l’association de la colchicine avec les antibiotiques de la famille des macrolides ou la pristinamycine est formellement contre-indiquée. En cas de traitement avec un médicament contenant de la colchicine, celui-ci doit systématiquement être signalé au médecin lors de toute nouvelle prescription de médicaments. La survenue de vomissements ou de diarrhées, qui pourraient être le signe d’un surdosage, nécessite une consultation médicale rapide.

En juillet 2016, l'Agence du médicament a rappelé les règles de bon usage de la colchicine suite à des cas de décès (voir Colchicine : information de sécurité de l'ANSM, 07/2016). Une information similaire avait été faite en décembre 2013 (voir Médicament à base de colchicine : mises en garde suite à de nouveaux décès, 12/2013).

Liste des médicaments mise à jour : Jeudi 14 Mai 2020

Antigoutteux : colchicine

Les anti-inflammatoires dans le traitement de la crise de goutte

Les AINS permettent de diminuer l’inflammation. Ils sont utilisés à la place de colchicine ou en association à de petites doses de colchicine. Leur dose est progressivement diminuée jusqu'à la guérison de la crise de goutte. Les AINS pourraient aggraver certaines infections.

Les corticoïdes peuvent être prescrits en injection intra-articulaire ou en comprimés en cas d’échec ou de contre-indication à la colchicine ou aux AINS.

AINS : indométacine

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Médicament générique

Les biothérapies dans le traitement de la crise de goutte

Un médicament de biothérapie, le canakinumab (ILARIS), dispose d’une indication dans le traitement de la crise de goutte. Il s’agit d’un anticorps monoclonal, un inhibiteur l'interleukine-1 qui modifie le système immunitaire et réduit l'inflammation. Il est réservé à certains patients (ayant au moins 3 crises de goutte par an) en cas de contre-indication, d’intolérance ou d’échec des AINS, de la colchicine et d’utilisation inappropriée des corticoïdes. Il est injecté en une dose unique.

Les médicaments pour prévenir les récidives de goutte

Après la crise, le taux élevé d'acide urique est combattu par un régime alimentaire adapté (voir ci-dessous) et, éventuellement, par des médicaments qui permettent de maintenir le taux d’acide urique sous un certain seuil (traitement hypo-uricémiant). Ce type de traitement vise à prévenir les récidives. Il doit être pris toute la vie et il est prescrit aux personnes qui présentent au moins deux crises de goutte par an et qui présentent des nodules d'acide urique au niveau des articulations (tophus). Ces médicaments préventifs peuvent aussi être prescrits après une première crise de goutte chez les patients de moins de 40 ans ou chez les personnes qui ont une maladie cardiovasculaire associée (angine de poitrine, HTA, etc.), ou une insuffisance rénale, ou un taux d’acide urique très élevé dans le sang. Ils agissent au bout de plusieurs mois et il n'est pas rare qu'une crise de goutte survienne pendant les premiers six mois de traitement. Un traitement des crises de goutte (colchicine à faible dose, AINS) est donc proposé pendant les 3 à 6 premiers mois.

Les différents traitements hypo-uricémiants peuvent freiner la fabrication de l’acide urique (allopurinol, fébuxostat) ou favoriser l’élimination de l’acide urique par les reins (probénécide).

L’allopurinol dans le traitement de fond de la goutte

L’allopurinol (ZYLORIC et ses génériques) est le traitement de fond de première intention. Il est débuté à distance de la crise de goutte et doit être pris à doses progressives. Les effets indésirables digestifs (nausées, vomissements, diarrhées) sont fréquents. Leur survenue ne contre-indique pas la poursuite du traitement.
Il peut provoquer une toxicité cutanée potentiellement grave (incluant des syndromes de Lyell et d’hypersensibilité médicamenteuse) qui impose l’arrêt du traitement et contre-indique formellement la reprise du médicament. La survenue d'une éruption cutanée d’évolution rapide, avec des lésions des muqueuses (bouche, yeux) ou de la fièvre nécessite l'arrêt immédiat du traitement et un avis médical rapide.

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Médicament générique

Le fébuxostat dans le traitement de fond de la goutte

Le fébuxostat (ADENURIC et ses génériques) est prescrit dans les cas où un dépôt d’urates s’est déjà produit. Les effets indésirables les plus fréquents sont des nausées, des diarrhées, des maux de tête, des éruptions cutanées et des anomalies du bilan hépatique. De rares cas de réaction allergique grave, incluant des éruptions cutanées graves, ont été rapportés. En cas d’apparition d’une éruption cutanée progressive, accompagnée de bulles ou de lésions des muqueuses et d'une irritation oculaire, il faut arrêter le traitement et consulter un médecin en urgence. (voir ADENURIC comprimés : risque de réactions d'hypersensibilité, 07/2012). Une récente étude montre que le traitement par fébuxostat expose à un risque accru de mortalité chez les patients ayant des antécédents de maladies cardiovasculaires majeures (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral ou angor instable). Ce traitement doit donc être évité chez ces patients (voir ADENURIC et génériques : à éviter en cas de maladie cardiovasculaire majeure préexistante, 07/2019).

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Médicament générique

Le probénécide dans le traitement de fond de la goutte

Le probénécide n’est proposé que dans certaines situations. Suite à l'arrêt de commercialisation du seul médicament contenant du probénécide disponible en France, un médicament importé est mis à disposition à titre exceptionnel et transitoire.

Quels sont les aliments déconseillés en cas de goutte ?

Les personnes sujettes aux crises de goutte devraient s'abstenir de consommer les aliments suivants en grande quantité ou trop souvent : abats, gibier, charcuterie, oie, canard, anchois, sardine, saumon, hareng, truite, coquillages et crustacés, champignons, épinards, chou-fleur, asperge, oseille et lentilles. Ces aliments sont riches en substances qui sont dégradées en acide urique par le corps.

De plus, il est conseillé aux personnes goutteuses de ne pas abuser de l'alcool et de manger moins de 150 g de viande par jour. Les personnes qui souffrent d'obésité ont tendance à être plus sujettes aux crises de goutte et il leur est conseillé de prendre des mesures pour perdre du poids.


Sources et références de l'article "Goutte"

  • Goutte, Vidal Recos, 07/2019
  • Goutte, ameli.fr, 09/2018
  • Guide de l'automédication, Vidal, 2010
  • Guide Santé après 50 ans, Vidal, 2005