Alcoolodépendance

Mis à jour : Mardi 23 Avril 2019

L'alcoolodépendance (ou alcoolisme) est une addiction à l'alcool qui a des conséquences néfastes sur la santé, la vie sociale et la vie affective. Elle est souvent précédée d'habitudes dites « à risque » puis « nocives » où la personne perd petit à petit le contrôle de sa consommation d'alcool. De nombreux facteurs peuvent favoriser la dépendance à l'alcool : sexe, âge, hérédité, environnement, niveau socio-économique, etc. Son traitement repose sur une prise en charge psychologique et médicamenteuse dans des centres spécialisés, ainsi que sur la participation à des groupes d'entraide animés par d'anciens buveurs.

L'alcoolodépendance est-elle une addiction fréquente ?

verre de whisky

En France, on estime qu’environ 1,5 millions de personnes sont alcoolodépendantes et que 2,5 millions de personnes ont une consommation à risque (mais parviennent encore contrôler leur addiction). L’addiction à l’alcool concerne plus souvent les hommes : 14 % de la population masculine aurait une consommation à risque contre 5 % de la population féminine.

La consommation excessive d’alcool serait responsable, selon les sources, de 33 000 à 49 000 décès par an en France. La mortalité masculine liée à l’alcool en France est supérieure de 30 % à celle observée en moyenne en Europe.

La France, un pays où l'on boit moins qu'avant
En France, la consommation de boissons alcoolisées a fortement baissé en quarante ans : de 22 litres d’alcool pur par personne de plus de 15 ans et par an en 1970, nous sommes passés à environ 12 litres (en nombre de verres par jour, cela correspond à respectivement 5 verres par jour et par personne et 2,6 verres par jour et par personne). Cette diminution de moitié de la consommation globale est essentiellement due à une baisse de la consommation de vin. Mais ces chiffres optimistes ne doivent pas cacher la réalité : la consommation moyenne des hommes en France reste autour de 4,4 verres par jour et par personne !
Vingt pour cent des Français et 7 % des Françaises de 12 à 75 ans déclarent consommer une boisson alcoolisée tous les jours de l’année et les mêmes pourcentages déclarent avoir été au moins une fois en état d’ivresse au cours des douze derniers mois. Entre 65 et 75 ans, les consommateurs quotidiens représentent 56 % des hommes et 23 % des femmes.
En France, la consommation de boissons alcoolisées se compose essentiellement de vins (58 %, en baisse sensible), de spiritueux (22 % avec une tendance à l’augmentation) et de bière (17,5 %, une valeur constante depuis des années). Dans l’Union européenne, la France se place en 15e position en terme de consommation d’alcool par habitant, un peu au dessus de la moyenne. Les pays d’Europe centrale et de l’Est restent les plus gros consommateurs de boissons alcoolisées.

Quand parle-t-on d'alcoolodépendance ?

Dans le langage courant, la consommation excessive, répétée et incontrôlable de boissons alcoolisées est le plus souvent nommée « alcoolisme ». Cependant, le manque de précision de ce terme a amené l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à proposer un terme plus précis, « alcoolodépendance », qui met en avant le caractère addictif de l’alcool et le parallèle qui existe avec les autres troubles de l’addiction (dépendance aux dérivés de l’opium, aux jeux d’argent, au sexe, etc.). L’alcoolodépendance est une addiction à l’alcool sous forme de boissons plus ou moins « fortes ».

La consommation répétée de boissons alcoolisées peut prendre différentes formes selon le rythme de consommation et la quantité d’alcool ingérée. On distingue divers degrés de sévérité qui vont de l’abstinence (aucune prise d’alcool) à la dépendance avérée, selon un continuum d’intensité.

Les consommations « à risque » ou « dangereuses »

On parle de consommation de boissons alcoolisées dite « à risque » ou « dangereuse » lorsque la quantité d’alcool ingérée et la fréquence des prises est telle que, si ce comportement persiste sur une durée prolongée, des complications physiques, psychiques et sociales surviendront inévitablement. Pour l’OMS, la consommation est dite « à risque » à partir d’une consommation moyenne quotidienne de deux à quatre verres par jour pour une femme, et de quatre à six verres par jour pour un homme.

Bien sûr, toute consommation d’alcool est à risque (en particulier en ce qui concerne le risque de développer un cancer, ou chez la femme enceinte), mais les autorités sanitaires considèrent que les premières formes de dépendance apparaissent lorsque la consommation quotidienne atteint ces chiffres.

À quoi correspond un verre de boisson alcoolisée ?
En France, pour des raisons liées à la tradition, la contenance des verres est adaptée au degré alcoolique des boissons qu'ils sont supposés contenir. Ainsi, un ballon de vin ou une flûte de champagne (10 cl) contiennent autant d'alcool qu'un demi de bière (25 cl) ou qu'un verre de pastis ou de whisky (2,5 cl) : dans tous les cas, un verre de boisson apporte environ dix grammes d'alcool pur. Ainsi, il est possible de décrire la consommation en « verres », quelle que soit la boisson choisie.

Les consommations « nocives » ou « à problème »

Une consommation de boissons alcoolisées est dite « nocive » ou « à problème » lorsqu’elle est supérieure à quatre verres par jour pour une femme et à six verres par jour pour un homme. Ce niveau de consommation entraîne toujours des complications physiques (par exemple au niveau du foie), psychiques (fréquemment de la dépression) et sociales (par exemple une perte de son emploi).

À consommer avec modération
L'expression « à consommer avec modération », devenue systématique sur les publicités pour les boissons alcoolisées, rappelle les dangers d'une consommation excessive ou incontrôlée. Malheureusement, il n'existe pas de définition objective de la modération et le consommateur est laissé à son jugement sur ce qui est « modéré » ou ne l'est pas...

L'alcoolodépendance

Selon l’OMS, l’alcoolodépendance est avérée lorsque la consommation de boissons alcoolisées devient prioritaire par rapport aux autres comportements auparavant prédominants chez une personne. Le désir de boire de l’alcool devient impossible à maîtriser et doit être assouvi au détriment de toute autre considération. L’alcool devient une obsession. Sa consommation doit être poursuivie même lorsqu’elle entraîne des conséquences manifestement problématiques. Tout d’abord, le buveur développe une tolérance. Il doit boire des quantités toujours plus importantes d’alcool pour obtenir les effets recherchés. Puis le buveur passe à un stade où il ne peut plus contrôler sa consommation. Une dépendance physique s’installe. L’arrêt des boissons alcoolisées provoque alors des symptômes de manque (sueurs, tremblements, vertiges, etc) qui sont difficiles à supporter.

La consommation épisodique massive (« binge drinking »)

Certaines personnes boivent des quantités d’alcool importantes (au moins six verres) en un minimum de temps. Cette consommation occasionnelle et massive, également appelée « binge drinking » ou « biture express », est devenue fréquente chez les adolescents et les jeunes adultes. Elle est particulièrement dangereuse, car elle peut être responsable d’intoxication aiguë (déliriums) pouvant entraîner le décès par arrêt cardiaque.

Récemment, une forme particulière de binge drinking est apparue, la « neknomination », où des adolescents se lancent des défis via la mise en ligne de vidéos où ils ingurgitent de grandes quantités d’alcool « cul sec ».


L'alcoolodépendance a été définie de manière précise dans la classification internationale des maladies (CIM-10). De plus, divers questionnaires existent pour faire le point sur sa propre consommation de boissons alcoolisées.

Les critères de diagnostic d'alcoolodépendance

Six critères doivent être recherchés pour poser un diagnostic d’alcoolodépendance.

  • Tolérance accrue à l’alcool : la consommation d’une quantité constante d’alcool se traduit par une diminution nette de son effet. La personne a besoin de boire toujours plus pour ressentir l’ivresse ou le soulagement des symptômes de manque.
  • Apparition de symptômes de manque (anxiété, agitation, irritabilité, insomnie, sueurs, cauchemars, tremblements, palpitations, nausées, etc.) lorsque la personne diminue ou cesse de consommer des boissons alcoolisées. Pour soulager ces symptômes, elle doit alors boire ou se tourner vers d’autres substances psychotropes (par exemple des médicaments anxiolytiques).
  • Consommation persistante malgré la survenue de problèmes liés à la consommation d’alcool, conséquences connues et bien identifiées par la personne alcoolodépendante.
  • Obsession pour la consommation d’alcool qui peut se traduire par un abandon ou une réduction des autres sources de plaisir et d’intérêt au profit de l’alcool, ainsi qu’une augmentation du temps passé à se procurer des boissons alcoolisées, à les consommer et à récupérer de leurs effets négatifs.
  • Impossibilité de contrôler sa consommation de boissons alcoolisées en termes de début, de fin et de quantité de prise : la personne alcoolodépendante en consomme de plus en plus, pendant des périodes de plus en plus longues (souvent plus longues que prévues), et ne parvient pas à réduire sa consommation même si elle en a le désir.
  • Désir de consommer des boissons alcoolisées puissant, compulsif, irrésistible.

Faire le point sur sa consommation de boissons alcoolisées

Plusieurs questionnaires peuvent être utilisés pour dépister une consommation d'alcool à problème.

Le questionnaire DETA

Le questionnaire DETA (Diminuer, Entourage, Trop, Alcool) est le plus simple. Il comprend quatre questions :

  • Avez-vous déjà ressenti le besoin de diminuer votre consommation de boissons alcoolisées ?
  • Votre entourage vous a-t-il fait des remarques au sujet de votre consommation ?
  • Avez-vous déjà eu l’impression que vous buviez trop ?
  • Avez-vous déjà eu besoin d’alcool le matin pour vous sentir en forme ?

Deux réponses positives peuvent indiquer une consommation excessive et justifier une consultation avec son médecin généraliste à ce sujet. Les limites du questionnaire DETA sont liées au fait que les réponses reposent davantage sur un ressenti portant sur l’ensemble de la vie plutôt que sur des faits objectifs dans les semaines ou les mois précédant le questionnaire.

Le questionnaire FACE

Le questionnaire FACE est plus complet que le DETA.

Le questionnaire AUDIT

Le questionnaire AUDIT est le questionnaire de référence pour évaluer la consommation de boissons alcoolisées.


Le questionnaire FACE (Formule pour Approcher la Consommation d’alcool par Entretien) repose sur l’analyse des consommations au cours des douze mois qui précèdent.

alt Vous êtes ?

   
alt À quelle fréquence vous arrive-t-il de consommer des boissons contenant de l'alcool ? (sur les douze derniers mois)




   
alt Combien de verres standards buvez-vous au cours d’une journée ordinaire ? (sur les douze derniers mois)




   
alt Votre entourage vous a-t-il déjà fait des remarques au sujet de votre consommation d'alcool ?

   
alt Avez-vous déjà eu besoin d'alcool le matin pour vous sentir en forme ?

   
alt Vous arrive-t-il de boire et de ne plus vous souvenir ensuite de ce que vous avez pu dire ou faire ?

   
   
Résultat
 
   

Le questionnaire AUDIT (Alcohol Use DIsorders Test) est le questionnaire de référence pour évaluer la consommation de boissons alcoolisées. Il repose sur une série de questions portant sur les douze mois précédents.

alt Vous êtes ?

   
alt Combien de fois vous arrive-t-il de consommer de l’alcool ?




   
alt Combien de verres standard buvez-vous au cours d’une journée ordinaire où vous buvez de l’alcool ?




   
alt Au cours d'une même occasion, combien de fois vous arrive-t-il de boire six verres standard ou plus ?




   
alt Dans l'année écoulée, combien de fois avez-vous observé que vous n'étiez plus capable de vous arrêter de boire après avoir commencé ?




   
alt Dans l'année écoulée, combien de fois, parce que vous avez bu, n'avez-vous pu faire ce que vous aviez à faire ?




   
alt Dans l'année écoulée, combien de fois, après une période de forte consommation, avez-vous dû boire de l'alcool dès le matin pour vous remettre en forme ?




   
alt Dans l'année écoulée, combien de fois avez-vous eu un sentiment de culpabilité ou de regret après avoir bu ?




   
alt Dans l'année écoulée, combien de fois avez-vous été incapable de vous souvenir de ce qui s'était passé la nuit précédente parce que vous aviez bu ?




   
alt Vous êtes-vous blessé ou avez-vous blessé quelqu'un parce que vous aviez bu ?


   
alt Est-ce qu'un ami, un médecin ou un autre professionnel de santé s'est déjà préoccupé de votre consommation d'alcool et vous a conseillé de la diminuer ?


   
   
Résultat
 
   

Toutes les personnes ne sont pas égales face à l'alcool : le sexe, l'âge, le patrimoine génétique, le milieu socio-économique et culturel d'origine et certains troubles psychiques contribuent au risque de devenir dépendant à l'alcool.

Les femmes sont plus touchées

verre de vin

Les femmes sont plus fragiles face à l’alcool. Les effets des boissons alcoolisées se manifestent plus vite et plus intensément chez les femmes, probablement en lien avec le fait que leur corps est, à poids égal, moins riche en eau que celui des hommes. Quel que soit leur niveau de consommation, les femmes sont davantage prédisposées à la dépendance chronique à l’alcool.

L'âge auquel débute la consommation

De nombreuses études ont montré que les adolescents qui consomment le plus de boissons alcoolisées sont plus vulnérables face à l’alcool une fois adultes. Ils sont prédisposés à devenir alcoolodépendants et à souffrir de complications graves (troubles psychiques, suicide, niveau d’études plus faible, risque accru de délits, accidents de la route, relations sexuelles non protégées, etc.).

Les facteurs génétiques

L’hérédité est un facteur important de prédisposition à l’alcoolodépendance. Des études faites sur des jumeaux et sur des familles où les problèmes d’alcoolodépendance sont fréquents ont montré que certains gènes pourraient compter pour 50 à 60 % de la prédisposition d’une personne à devenir alcoolodépendante. Des régions particulières sur les chromosomes 1, 2 et 7 ont été identifiées comme importantes dans cette prédisposition.

À l’inverse, certaines variantes des gènes ADH2 et ADH3, qui participent à la synthèse d’une enzyme impliquée dans le métabolisme de l’alcool dans l’organisme, semblent protéger de l’alcoolodépendance en provoquant un malaise après la consommation de boissons alcoolisées.

Les facteurs socio-économiques

Quel que soit le pays étudié, il existe un lien entre la probabilité de décéder des complications de l’alcoolodépendance et l’appartenance aux classes socio-économiques les plus défavorisées. Les personnes qui ont grandi dans la pauvreté ont une consommation de boissons alcoolisées supérieure à celle des personnes de classes sociales plus favorisées.

De plus, à consommation excessive égale, les personnes qui vivent dans la précarité ont un risque plus élevé de développer des complications sévères, en particulier celles relatives à la violence qui accompagne souvent l’alcoolodépendance. La mortalité liée à l’alcool peut varier d’un facteur de 1 à 15 selon le niveau social du buveur.

Les facteurs culturels

Dans toutes les cultures, les boissons alcoolisées font partie de la vie sociale. Parce que la prise d’alcool accroît la sociabilité (le plaisir à être ensemble) et que nous sommes conditionnés à associer boire et s’amuser, les boissons alcoolisées sont un élément familier des fêtes et des moments de détente.

Que ce soit à l’occasion d’une soirée ou simplement en rentrant du travail, les boissons alcoolisées sont appréciées pour leur capacité à nous détendre et à nous mettre de bonne humeur. Certaines personnes y ont recours pour s’endormir, ignorant que l’alcool est source de réveil en pleine nuit et d’insomnies.

Les habitudes de consommation de boissons alcoolisées sont fortement déterminées par les habitudes culturelles du pays d’origine. Au cours des événements sociaux où l’alcool est présent, les comportements des participants vis-à-vis des boissons alcoolisées et de l’ivresse fixent une norme que les plus jeunes générations ont tendance à perpétuer. Dans un pays donné, il existe un lien fort entre la consommation d’alcool moyenne par habitant et la proportion de personnes alcoolodépendantes : au plus la consommation moyenne nationale est importante, au plus le nombre de personnes alcoolodépendantes est élevé.

Les troubles psychiques

L’alcool possède un effet relaxant et anxiolytique qui est recherché par ceux qui souffrent de troubles anxieux (anxiété généralisée, phobies, troubles obsessionnels compulsifs, etc.). On estime que 12 % des personnes souffrant de troubles anxieux ont du mal à contrôler leur consommation de boissons alcoolisées. Ces personnes, qui comptent sur l’alcool pour diminuer leur anxiété, sont particulièrement vulnérables vis-à-vis de l’alcoolodépendance.

Par ailleurs, les personnes qui souffrent de psychoses (schizophrénie, par exemple) semblent avoir une plus grande vulnérabilité vis-à-vis de l’alcool.


Sur la durée, la consommation excessive de boissons alcoolisées entraîne des complications sévères qui touchent à la fois la santé physique, mentale et sociale de la personne alcoolodépendante.

Les conséquences sociales de l'alcoolodépendance

Les complications de l’alcoolodépendance sur la vie sociale sont essentiellement liées à l’ivresse et aux modifications du comportement qui en résultent.

L’ivresse est souvent source de conflits avec l’entourage, que ce soit dans un débit de boissons (bar, boîtes, etc.) sous la forme d’agressions verbales des personnes présentes, voire de bagarres, au domicile sous la forme de conflit avec le conjoint ou de maltraitance des enfants, ou également au lycée ou au travail avec une baisse des performances, par exemple.

Les conséquences sociales de l’alcoolodépendance sont nombreuses et varient selon l’âge et la situation des personnes : abandon des études, absentéisme et chômage, violence sexuelle et conjugale, divorce, éloignement des amis, délits pouvant amener à une incarcération, etc. La fréquence et la sévérité des conséquences sociales de l’alcoolodépendance sont directement proportionnelles à la quantité d’alcool consommée.

La consommation d'alcool peut-elle être sans risque ?
Il ne faut pas croire que seul l'abus d'alcool est dangereux pour la santé. Le risque de cancer est augmenté dès le premier verre d'alcool. Toute consommation d'alcool est donc dangereuse. Néanmoins, les autorités de santé ont défini des recommandations de consommation pour limiter les risques : pas plus de 2 verres par jour, moins de 10 verres par semaine et au moins un jour sans alcool par semaine. Ces seuils à ne pas dépasser sont valables pour les hommes comme pour les femmes (sauf si elles sont enceintes). Idéalement, pour sa santé, il ne faudrait jamais boire d'alcool.

Les conséquences de l'alcoolodépendance sur la santé

La consommation excessive de boissons alcoolisées aggrave plus de soixante maladies, et elle est la cause principale de certaines d’entre elles.

Alcoolodépendance et cancers

L’alcoolodépendance augmente le risque de développer de nombreux cancers : bouche, œsophage, larynx, estomac, côlon, rectum, foie et sein chez les femmes. Cet effet favorisant de l’alcool sur le risque de cancer apparaît même pour des consommations qui ne sont pas considérées à risque par les addictologues.

Alcoolodépendance et troubles digestifs

L’alcoolodépendance augmente le risque de cirrhose du foie (une fibrose irréversible qui empêche le foie de fonctionner), en particulier chez les femmes. Le risque de pancréatite chronique et de diabète de type 2 est également augmenté par l’alcool. De plus, des varices œsophagiennes peuvent apparaître (une dilatation des vaisseaux autour de l’œsophage) et provoquer de graves hémorragies.

Alcoolodépendance et maladies du cœur et des vaisseaux sanguins

L’alcool augmente le risque d’hypertension artérielle et de ses complications (accident vasculaire cérébral - AVC, maladie rénale chronique). Chez les personnes de moins de 40 ans, un AVC sur cinq est lié à la consommation excessive d’alcool.

L’alcoolodépendance peut également être la cause de troubles du rythme cardiaque (arythmies) pouvant entraîner une mort brutale, même chez des personnes sans antécédents cardiaques. Le cas d’arrêt cardiaque dû à une alcoolisation massive est régulièrement observé chez de jeunes consommateurs adeptes du « binge drinking » (ainsi que des accidents vasculaires cérébraux inhabituels dans cette tranche d’âge).

L'alcool, bon ou mauvais pour les vaisseaux sanguins ?
Depuis de nombreuses années, les médias reviennent régulièrement sur des études qui semblent indiquer qu’une consommation modérée de boissons alcoolisées est associée à une diminution du risque de maladies cardiovasculaires (infarctus, accident vasculaire cérébral, thrombo-embolie, etc.). Qu’en est-il ?
Pour résumer simplement l’état de nos connaissances sur ce sujet, on peut dire que, chez les personnes âgées de 45 à 64 ans, la consommation de petites doses d’alcool (un peu moins d’un verre de boisson alcoolisée par jour pour les hommes - 9 grammes d’alcool ; un tiers de verre pour les femmes – 3 grammes) réduit de 20 % le risque de maladies des artères qui irriguent le cœur (celles dont l’obstruction cause l’infarctus).
Après 65 ans, cet effet protecteur est observé avec des consommations d'un peu plus d'un verre par jour pour les hommes (11 grammes) et d'un petit demi-verre par jour pour les femmes (4 grammes).
Par contre, quel que soit l'âge, la consommation de boissons alcoolisées à des doses supérieures à ces valeurs faire disparaître cet effet protecteur et augmente le risque de souffrir de maladies cardiovasculaires.
Il ne semble pas que le choix du type de boisson alcoolisée soit important. Malgré les campagnes de promotion, le vin rouge ne semble pas plus efficace que les autres types de boissons alcoolisées. L’effet de l’alcool s’expliquerait par l’augmentation du taux sanguin de cholestérol HDL (le « bon » cholestérol) et par une action inhibitrice sur les mécanismes de la coagulation sanguine, réduisant ainsi le risque de formation de caillots.

Alcoolodépendance et troubles psychiques

La consommation excessive d’alcool favorise la dépression et le suicide, et aggrave les troubles du sommeil. Elle augmente le risque de dépendance à d’autres substances, en particulier l’addiction au tabac, avec les conséquences négatives du tabagisme sur la santé. De plus, avec le temps, l’alcoolodépendance entraîne une atrophie de certaines régions du cerveau et peut entraîner des problèmes de mémoire et altérer le raisonnement.

Chez les personnes schizophrènes, les symptômes psychotiques sont exacerbés par la prise d'alcool.

Les autres conséquences physiques de l'alcoolodépendance

L’abus de boissons alcoolisées expose aux traumatismes physiques, que ce soit en lien avec une chute, une bagarre ou un accident de la route, par exemple. Les adolescents et les jeunes adultes qui pratiquent le « binge drinking » sont particulièrement exposés aux traumatismes liés à l’alcool.

De plus, l’alcoolodépendance peut, comme le tabac, réduire la fertilité masculine et féminine. Elle expose également à un risque plus élevé de fractures osseuses, en particulier chez les hommes. Enfin, l’alcool exerce un effet négatif sur le système immunitaire et augmente le risque de développer une maladie infectieuse, par exemple la tuberculose, le VIH/sida ou les pneumonies.

Les conséquences de la consommation d’alcool pendant la grossesse
Pendant la grossesse, la prise d’alcool est particulièrement néfaste. La consommation d’alcool chez la femme enceinte augmente le risque de fausse-couche, de mort du foetus et de naissance prématurée. De plus, comme l’alcool passe du sang de la mère au fœtus, la prise d’alcool peut entraîner un développement anormal du cerveau susceptible d’entrainer pendant l’enfance des difficultés d’apprentissage, des troubles du langage, des problèmes de mémoire et de raisonnement, ainsi qu’un retard du développement moteur (équilibre, temps de réaction, coordination des mouvements, etc.). Des troubles du développement social peuvent également apparaître à l’adolescence, ainsi que des troubles du psychisme. Dans les cas les plus sévères, on parle de Syndrome d’Alcoolisation Fœtale (SAF).
L’alcoolisation fœtale est la première cause non génétique de handicap mental en France (1,3 cas pour 1 000 naissances). On estime qu’environ 23 % des Françaises consomment de l’alcool pendant leur grossesse. Pour cette raison, les autorités sanitaires mènent régulièrement des campagnes d’information invitant les femmes enceintes ou qui allaitent à s’abstenir de toute consommation de boissons alcoolisées.


Le plus souvent, les personnes alcoolodépendantes se voient proposer un traitement à la suite d’un événement lié à l’ivresse ayant eu des conséquences plus graves que de coutume (un accident de la route, des violences familiales, une arrestation, par exemple) ou à l’occasion d’une intervention chirurgicale. Parfois, la recherche d’un traitement est le résultat d’une prise de conscience personnelle ou du conseil de proches inquiets.

La décision de suivre un traitement contre l’alcoolodépendance peut également être le fruit d’un dialogue avec le médecin traitant qui, au cours d’une visite, a perçu que son patient souffre d’un problème d’alcoolodépendance et discute avec lui de son désir d’être soigné pour cette addiction. Le rôle du médecin généraliste est d’accompagner la réflexion de son patient et de l’aider à formuler ce qu’il ressent et ce qu’il se sent prêt à faire.

Si le patient se sent prêt à réduire ou cesser sa consommation d’alcool, le médecin lui conseille en général de consulter un spécialiste en alcoologie, soit dans un service hospitalier spécialisé, soit dans un Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA).

Réduction de la consommation ou sevrage alcoolique ?

Contrairement à une idée reçue, le but d’un traitement contre l’alcoolodépendance n’est pas nécessairement d’arriver à une abstinence totale. Pour les médecins, réduire la consommation à un niveau inférieur à celui qui caractérise la nocivité peut être l’objectif du traitement. Le sevrage complet et le maintien de l’abstinence sont difficiles et le choix entre réduction de la consommation et arrêt complet doit être laissé au patient qui choisira selon ce qu’il ou elle pense être capable d’accomplir.

Pourtant dans certains cas, le sevrage complet doit impérativement être envisagé : pancréatite alcoolique chronique, hépatites virales à un stade avancé, cirrhose du foie, etc.

Les modalités du sevrage alcoolique

Le sevrage repose sur la prise de conscience par le patient de sa dépendance à l’alcool. Il ne peut être envisagé que si la personne alcoolodépendante exprime le désir de réduire ou de cesser sa consommation. Le moment du sevrage doit être programmé en laissant au patient le choix du moment et de la méthode, tout en renforçant et en maintenant sa motivation. Idéalement, le sevrage s’inscrit dans un projet de vie plus global sur lequel le patient pourra se concentrer pour puiser forces et motivation en cas de difficultés à contrôler sa consommation.

Comment se passe le sevrage alcoolique ?

Le sevrage alcoolique peut être mené en ambulatoire (le patient se rend au centre de soins dans la journée mais rentre chez lui le soir) ou au cours d’une hospitalisation. Cette dernière solution est préférée pour les personnes qui sont dépendantes à plusieurs substances (par exemple, alcool et opiacés, ou alcool et médicaments du psychisme), celles qui souffrent de maladies psychiatriques, ou celles qui vivent dans la précarité ou dans un environnement peu propice à l’arrêt de la consommation d’alcool.

Pour accompagner le sevrage, le médecin prescrit des médicaments anxiolytiques à longue durée d’action. Ces médicaments sont destinés à aider le patient à surmonter les symptômes de manque les plus pénibles. Il peut également prescrire des vitamines B (B1, B6) et il recommande à son patient de boire beaucoup d’eau (le sevrage peut provoquer une déshydratation). Les patients qui fument sont accompagnés pour arrêter le tabac : en effet, l’arrêt de la cigarette a un effet favorable sur le sevrage alcoolique. Les addictologues ont coutume de dire : « Fumer fait boire (et boire fait fumer). »

Tout au long du sevrage, le patient est suivi par un psychologue et, le cas échéant, un travailleur social. La participation à un groupe d’entraide (de type Alcooliques Anonymes) augmente les chances de réussite du sevrage : les bénévoles anciens buveurs sont des alliés efficaces vis-à-vis desquels le patient peut s’identifier et peut s’exprimer sans crainte d’être jugé. De plus, chaque patient est associé à un « sponsor » ancien buveur qui est disponible 24 heures sur 24 pour l’aider à passer les caps difficiles, en particulier la nuit et les weekends, quand les psychologues ne sont pas disponibles.

Quels sont les symptômes du manque ?

Le syndrome de manque se caractérise par de l’anxiété, de l’agitation, de l’irritabilité, des insomnies et des cauchemars, des sueurs, des tremblements et des palpitations, des nausées, des vomissements et une perte d’appétit, une accentuation des difficultés sexuelles (impuissance), etc. Dans les cas les plus sévères, les patients peuvent présenter des hallucinations, des convulsions, de la fièvre et de la confusion. Les symptômes du manque durent moins d’une semaine après l’arrêt de la consommation de boissons alcoolisées.

De plus, dans 80 % de cas, le sevrage s’accompagne de troubles dépressifs qui ont tendance à s’estomper en deux à quatre semaines. Pendant cette période, le suivi psychologique est renforcé mais il est d’usage de ne pas prescrire de médicaments antidépresseurs durant cette période pour éviter d’exacerber un éventuel risque suicidaire.

Le sevrage chez les personnes qui souffrent d'autres maladies

Si le patient souffre d’autres maladies que l’alcoolodépendance, il peut être nécessaire d’adapter les modalités du sevrage. Par exemple, chez les personnes schizophrènes, le sevrage doit impérativement être mené dans un service de psychiatrie et des médicaments neuroleptiques pourront être prescrits.

Le sevrage alcoolique des usagers de drogues intraveineuses (opiacés) vise à permettre l’arrêt des deux types d’addiction. Il est mené au cours d’une hospitalisation et peut nécessiter la prescription de médicaments anxiolytiques, antalgiques (contre la douleur) et antihypertenseurs (clonidine). Les usagers de drogues intraveineuses en traitement de substitution (par la buprénorphine ou la méthadone) peuvent bénéficier d’un sevrage alcoolique avec une éventuelle adaptation des doses d’anxiolytiques pour éviter d’éventuelles interactions médicamenteuses avec leur traitement de substitution.

Les personnes qui sont à la fois dépendantes de l’alcool et des médicaments anxiolytiques ou somnifères (benzodiazépines) doivent être hospitalisées et prises en charge par une équipe spécialisée. Le sevrage alcoolique est mené en premier pendant une semaine, puis il est suivi par un sevrage progressif des benzodiazépines pendant deux à trois semaines.

La place du baclofène dans le sevrage alcoolique

Le baclofène est un médicament autorisé en 1975 dans le traitement des contractures musculaires involontaires d'origine cérébrale ou survenant au cours de la sclérose en plaques ou de certaines maladies de la moelle épinière. En 2011, un médecin, lui-même patient alcoolodépendant, a mis en lumière le potentiel du baclofène dans le sevrage alcoolique. L’administration de ce médicament supprimerait le désir irrésistible d’alcool qui caractérise l’alcoolodépendance.

Cependant, les études cliniques actuellement disponibles n’ont pas permis de conclure quant à la sécurité d’emploi et l’efficacité du baclofène dans le traitement de l’alcoolodépendance, du fait de l’inclusion de petits effectifs de patients, de courtes durées de traitement et de doses limitées dans ces études. De plus, le baclofène n’est pas dénué d’effets indésirables : somnolence, confusion, vertiges, voire convulsions, hypotension et risque suicidaire.

Pour en savoir plus, deux essais cliniques sont en cours en France qui portent sur des effectifs plus importants (636 patients évalués au total dont 318 recevront du baclofène) et des doses journalières plus élevées (180 et 300 mg de baclofène par jour). Ces essais devraient offrir la possibilité d’apprécier les bénéfices du baclofène dans le traitement de l’alcoolodépendance et de détecter des risques éventuels.

Avant même les résultats de ces études, l’Agence française du médicament (ANSM) a décidé de rendre possible sa prescription selon des modalités particulières : une recommandation temporaire d’utilisation (RTU). Le baclofène pourra être prescrit qu’en cas d’échec des autres traitements dans deux situations :

  • aide au maintien de l’abstinence après sevrage des patients dépendants à l’alcool,
  • réduction de la consommation d’alcool jusqu’à un faible niveau chez des patients alcoolodépendants à haut risque.

L’utilisation du baclofène dans l’alcoolodépendance est sécurisée par un protocole de suivi qui définit les modalités de prescription et de surveillance rapprochée de son action et d’éventuels effets indésirables.

Le maintien de l'abstinence

L’alcoolodépendance est une maladie qui récidive souvent après un sevrage. Comme pour le tabac, plusieurs tentatives sont souvent nécessaires pour parvenir à une abstinence durable. Les études ont montré que, quatre à dix ans après un sevrage hospitalier, 60 à 85 % des personnes ont rechuté au moins une fois. Mais dans la moitié des cas, après la rechute, la consommation d’alcool reste moindre qu’avant le sevrage.

Le maintien de l’abstinence repose sur une prise en charge psychothérapeutique de longue durée, ainsi que sur la participation à un mouvement d’entraide de type Alcooliques Anonymes. Ce double soutien est destiné à aider le patient à maintenir sa motivation, à mieux comprendre les situations qui le mettent à risque de vouloir boire, et à analyser les facteurs environnementaux qui l’ont poussé à la dépendance (enfance, parcours de vie, échecs personnels, etc.).

Dans certains cas, le médecin peut décider de prescrire un médicament qui déclenche un malaise après la prise de boissons alcoolisées (les « réducteurs d’appétence », comme la naltrexone ou l’acamprosate), créant ainsi une association négative avec la prise d’alcool.

Les rechutes après un sevrage alcoolique

On distingue trois niveaux de rechute de sévérité croissante :

  • l’écart (le patient boit un verre d’alcool) ;
  • la reconsommation (le patient consomme pendant plusieurs jours sans signe de dépendance avérée) ;
  • la rechute (le patient est à nouveau dépendant). La rechute est moins grave lorsque la consommation est moindre qu’avant le sevrage.

La rechute, lorsqu’elle arrive, doit être considérée non comme un échec personnel mais comme un apprentissage qui permet d’évaluer plus précisément la motivation et l’alcoolodépendance. L’identification des facteurs qui l’ont provoquée (anxiété, dépression, fréquentation de lieux de consommation, usage du tabac, difficultés sexuelles aggravées par le sevrage, etc.) peut aider le patient à développer des stratégies pour éviter les rechutes ultérieures.

Selon la sévérité de la rechute, le médecin pourra décider d’une éventuelle hospitalisation pour refaire un sevrage.


Sources et références de l'article "Alcoolodépendance"


Documents utiles Alcoolodépendance proposés par les laboratoires et sociétés

Vous trouverez ci-dessous une liste de documents et de ressources utiles concernant la maladie Alcoolodépendance. Ils sont proposés par des laboratoires pharmaceutiques ou des sociétés de parapharmacie.
Ils peuvent vous permettent d'obtenir plus d'informations sur cette maladie et contribuer à mieux la gérer. Ils sont mis à votre disposition sous la responsabilité de leurs auteurs.

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Site internet

Site internet

Site "alcoolmoinscmieux" (Lundbeck SAS)

Site d’information destiné aux patients pour agir sur la consommation d’alcool

http://www.alcoolmoinscmieux.fr/

Site internet

site "maladiequisesoigne" (Lundbeck SAS)

Site d’information sur la dépendance à l’alcool destiné aux patients

http://maladiequisesoigne.org