Anorexie et boulimie

Mis à jour : Mardi 08 Octobre 2019

Se nourrir ne se résume pas à alimenter son corps pour qu’il fonctionne : il y a dans l’alimentation une forte connotation affective. Le comportement alimentaire peut donc devenir la forme d’expression d’une souffrance, les troubles devenant des maladies à part entière qui peuvent mettre la vie en danger.

Quels sont les symptômes de l’anorexie et de la boulimie ?

anorexie et boulimie

Certains pensent à leur prochain repas dès qu’ils sortent de table, d’autres vivent l’alimentation comme une corvée. Gourmandise ou ascétisme, ces façons de s’alimenter sont-elles anormales ? Dans la plupart des cas, elles ne constituent pas un trouble du comportement alimentaire. Nous n’avons pas tous le même métabolisme, ni le même rapport à la nourriture. L’essentiel est que notre comportement alimentaire ne mette pas en péril notre santé et réponde aux besoins essentiels de notre organisme.

Les troubles alimentaires peuvent se classer en deux grandes catégories : les troubles boulimiques (avec prise excessive de nourriture) et les troubles anorexiques (avec restriction alimentaire plus ou moins stricte). Ces deux formes de troubles peuvent cependant coexister ; on parle alors d’anorexie-boulimie.

Les troubles boulimiques

Les personnes atteintes de troubles boulimiques souffrent de crises pendant lesquelles elles absorbent rapidement des quantités très importantes de nourriture. Ces crises sont incontrôlables et se manifestent plusieurs fois par semaine. Certaines personnes, dites boulimiques non hyperphagiques, essaient de maintenir constamment leur propre poids. Elles compensent ces crises en se faisant vomir juste après les prises alimentaires (d’où l’appellation parfois rencontrée de boulimie vomitive), en jeûnant, en pratiquant beaucoup de sport ou encore en consommant des médicaments laxatifs ou diurétiques. Ces personnes souffrent de troubles de l'estime de soi et sont affectée de manière excessive par leur apparence physique.

La frénésie alimentaire (également appelée hyperphagie, boulimie hyperphagique ou binge eating) se traduit par des épisodes de consommation excessive d’aliments sur de courtes périodes (en général, moins de deux heures) jusqu’à l’inconfort gastrique. Ces épisodes se répètent au moins deux fois par semaine, pendant des mois. Pendant l’épisode de frénésie, la personne ressent un sentiment de perte de contrôle qui provoque honte, culpabilité, colère, dépression, etc. Les personnes boulimiques hyperphagiques ne cherchent pas à compenser leurs excès alimentaires et souffrent de surpoids ou d’obésité. Ce trouble génère une souffrance importante.

Les troubles anorexiques

Les personnes souffrant de troubles anorexiques (également appelée anorexie mentale) sont obsédées par l’idée de prendre du poids et s’imposent une conduite de restriction alimentaire sévère et durable. Certaines personnes, dites anorexiques contrôlées, respectent ces restrictions. D’autres, les anorexiques boulimiques, alternent phases anorexiques et crises de frénésie alimentaire, s’obligeant à compenser ces crises par une pratique sportive intense, des vomissements ou la prise de médicaments. A l’inverse des personnes souffrant de troubles boulimiques, les anorexiques perdent régulièrement du poids jusqu’à mettre leur vie en danger. Ces troubles sont pris en charge par des équipes pluridisciplinaires au sein de services de psychiatrie.


Outre les troubles anorexiques ou boulimiques, d’autres types de troubles ont été identifiés.

Les troubles de l’alimentation nocturne

Les troubles de l’alimentation nocturne (night-eating syndrome) se traduisent par un décalage de la prise alimentaire dans la soirée. Les personnes qui souffrent de ces troubles ne mangent rien avant le début, voire la fin de l’après-midi. Elles consomment de grandes quantités de nourriture pendant, et surtout après le dîner, éventuellement jusque tard dans la nuit. Elles souffrent de troubles du sommeil et se relèvent parfois la nuit pour manger. Ces troubles sont présents de manière chronique et peuvent être le symptôme d’une dépression.

Le somnambulisme alimentaire

Le somnambulisme alimentaire (sleep-eating syndrome) est une forme de somnambulisme pendant laquelle la personne mange, au lit ou ailleurs dans la maison, sans en avoir aucun souvenir le lendemain. Ce trouble du comportement alimentaire est également un trouble du sommeil et la personne qui en souffre se sent fatiguée et anxieuse. Les épisodes de somnambulisme alimentaire surviennent de manière occasionnelle ou régulière, souvent pendant un régime trop pauvre en calories. La personne somnambule a alors tendance à consommer les aliments qu’elle s’interdit habituellement. Ce type de trouble peut également être un effet indésirable de certains médicaments hypnotiques.

Les prises alimentaires non conscientes

Les prises alimentaires non-conscientes sont fréquentes. Les personnes consomment des aliments en dehors des repas, sans en garder le souvenir. Ce phénomène se produit le plus souvent chez des personnes qui suivent un régime contraignant. Tout se passe comme si, tiraillée entre le désir de manger et la volonté de suivre le régime, la conscience choisissait de ne pas mémoriser le moment où la règle a été enfreinte.

L’orthorexie

C’est une forme de trouble obsessionnel où la personne est obsédée de manière durable par la qualité de son alimentation : qualité sanitaire, nutritionnelle ou… gustative. Le souci de la nourriture prend alors une place excessive dans la vie quotidienne. L’orthorexie peut devenir une gêne considérable dans la vie sociale, d’autant que les personnes qui en souffrent expriment souvent un sentiment de supériorité en lien avec la haute qualité de leur alimentation.

La dysmorphie musculaire

La dysmorphie musculaire (bigorexie, de l’anglais big, « costaud ») est un trouble essentiellement masculin. Malgré tous ses efforts, celui qui en souffre se voit comme insuffisamment musclé. Il passe un temps considérable à faire de la musculation, à manger des aliments riches en protéines et pauvres en matières grasses, ainsi qu’à rechercher des substances dopantes anabolisantes (qui augmentent la masse musculaire). Ce trouble est plus fréquent dans le milieu du culturisme et s’accompagne souvent de signes de dépression, car la personne atteinte n’est jamais satisfaite du volume de ses muscles.

Le pica

On appelle pica le désir de manger, de mâcher ou de lécher des objets non alimentaires ou encore des produits alimentaires sans valeur nutritive, tels écailles de peinture, plâtre, colle, rouille, glaçons, marc de café ou même cendre de cigarette. Le pica peut provoquer des empoisonnements. Parfois lié à une déficience d’apport en vitamines ou en minéraux, le pica est plus fréquent chez les enfants et chez les femmes enceintes.


Qui peut être touché par l’anorexie ou la boulimie ?

La fréquence des troubles du comportement alimentaire a beaucoup augmenté au cours des trois dernières décennies. Certains codes culturels, comme la mode de la minceur, ont largement influencé la progression de ces maladies.

L’anorexie concerne principalement les adolescentes de 12 à 20 ans. Elle touche 1 % à 2 % de la population de cette tranche d’âge, soit environ quarante mille jeunes en France. Cette maladie est essentiellement féminine ; on compte neuf filles pour un garçon. Les troubles anorexiques sont en augmentation dans les pays occidentaux, et le nombre d’hospitalisations pour anorexie a doublé en une génération. Ils surviendraient davantage chez les jeunes filles issues de classes sociales aisées, vivant en milieu urbain.

Les troubles boulimiques sont plus répandus que l’anorexie et concernent essentiellement les femmes. Ils touchent 2 % à 3 % de la population féminine totale et environ 1,5 % des filles âgées de 11 à 20 ans (et trois filles pour un garçon). Ils apparaissent souvent un peu plus tardivement que l’anorexie, en moyenne autour de 19 ans. Les adolescentes boulimiques apparaissent souvent sûres d’elles, très attentives à leur apparence et cherchant à plaire. Elles souffrent parfois d’autres troubles du comportement, parmi lesquels la kleptomanie, la nymphomanie ou une toxicomanie. Dans sept cas sur dix, il s’agit de boulimie non hyperphagique (le poids est normal). La boulimie hyperphagique (avec surpoids) touche autant les hommes que les femmes. Elle concernerait de 3 à 5 % de la population. En général, elle est diagnostiquée à l'âge adulte. Les formes dites "précoces" (avant l'âge de 20 ans) sont plus sévères.

Les régimes à répétition
Certaines personnes enchaînent des régimes amaigrissants plus ou moins fantaisistes, mettant ainsi leur santé en danger. Cette obsession de l’amaigrissement est néfaste, mais ne doit pas être confondue avec les troubles anorexiques. Les régimes à répétition laissent des traces dans le métabolisme, rendant la perte de poids de plus en plus difficile (effet yo-yo), et peuvent entraîner des carences alimentaires. Sauf dans les cas extrêmes, ils ne présentent pourtant pas le même caractère de gravité que les troubles anorexiques.

Les causes des troubles du comportement alimentaire

La plupart des troubles du comportement alimentaire apparaissent au moment de l’adolescence, lorsqu’il devient nécessaire de s’adapter aux modifications rapides du corps dues à la puberté. Se sentant mal dans leur nouvelle peau, soumis aux pressions sociales, les adolescents ne peuvent attendre que leur anatomie se stabilise et que les quelques kilos en trop s’estompent. Les troubles du comportement apparaissent sur ce terrain fragile, en fonction de la personnalité, de l’environnement affectif et des habitudes alimentaires.

Les troubles anorexiques apparaissent parfois à la suite d’un régime. La perception du corps se modifie et la personne anorexique ne parvient plus à s’arrêter de maigrir. Les mécanismes de faim et de satiété se modifient sous l’effet de la privation de nourriture et amplifient le phénomène. Souvent, le patient développe un rejet de tout ce qui touche au fonctionnement du corps et a du mal à assumer l’apparition de ses pulsions sexuelles. Des difficultés relationnelles et familiales peuvent également jouer. Les jeunes filles anorexiques sont souvent en situation de dépendance vis-à-vis de leur mère.

Les aspects psychologiques et sociaux sont déterminants dans l’installation de la boulimie. Les relations familiales sont souvent conflictuelles pour les jeunes boulimiques, qui sont par ailleurs très sensibles à la pression sociale et à une image de perfection physique à laquelle ils pensent devoir correspondre. De plus, la dépression peut être un facteur favorisant l’apparition de troubles boulimiques.


Comment évoluent l’anorexie et la boulimie ?

Les conséquences médicales de l’anorexie et de la boulimie peuvent être graves, tant sur un plan individuel, familial que social. Les séquelles de la dénutrition et des vomissements à répétition sont parfois irréversibles. Les carences en minéraux, vitamines et oligoéléments peuvent entraîner un retard de croissance, un arrêt de la puberté et une décalcification qui augmente le risque d’ostéoporose (fragilité des os) à l’âge adulte. Après plusieurs années de troubles non soignés, ceux-ci peuvent devenir chroniques ou évoluer vers d’autres troubles psychiques comme les dépressions (avec un risque accru de suicide), l'anxiété et les phobies, les troubles obsessionnels compulsifs, les troubles addictifs et les troubles de la personnalité. Avoir souffert d'un trouble des conduites alimentaires fait courir le risque de souffrir d'une récidive ou d'un autre trouble des conduites alimentaires au cours de la vie. Des troubles métaboliques (diabète de type 2, par exemple) peuvent apparaître en lien avec l'obésité.

L’anorexie est une maladie mortelle dans 5 % des cas. Elle est souvent plus grave chez les rares garçons touchés par ce trouble. Lorsque le traitement est instauré précocement, la guérison est obtenue chez sept malades sur dix. Si le traitement est entrepris tardivement, les rechutes sont fréquentes, elles interviennent pour un malade sur deux. Les anorexiques gardent souvent des séquelles psychologiques de leur maladie : difficultés relationnelles et sexuelles, phobies, par exemple.


Il est parfois difficile pour les proches d’identifier un trouble du comportement alimentaire. La personne atteinte à tendance à nier sa maladie et refuse de se faire traiter. Il convient donc de l’accompagner chez un médecin, afin de mettre en place rapidement une prise en charge psychothérapeutique.

Comment détecter les troubles du comportement alimentaire ?

Les troubles anorexiques ou boulimiques avec prise de poids (hyperphagiques) sont plus facilement identifiés par l’entourage que les troubles boulimiques sans prise de poids (non hyperphagiques), qui peuvent être dissimulés pendant des années. Les personnes atteintes de troubles du comportement alimentaire consultent plus fréquemment leur médecin généraliste dans les années qui précèdent le diagnostic, pour des plaintes diverses.

Il n’est pas facile de savoir quand et comment agir face à une personne présentant des symptômes qui font penser à un trouble du comportement alimentaire. Lorsque celle-ci veut maigrir au-delà du raisonnable, devient obsédée par son alimentation ou la pratique d’exercices physiques, maigrit ou marque un arrêt dans sa croissance, il convient de s’inquiéter et de prendre rendez-vous pour elle chez un médecin. Les autorités de santé recommandent un repérage ciblé chez les personnes appartenant à des groupes à risque : étudiants, sportifs, personnes en surpoids, par exemple.

Quelle attitude adopter en cas d’anorexie ou de boulimie ?

Les familles des personnes atteintes de ce type de maladie mentale sont souvent désemparées. Les parents d’adolescents anorexiques peuvent se sentir coupables et ne pas savoir comment se comporter. S’ils essaient de forcer l’adolescent à s’alimenter normalement, la situation peut empirer ; s’ils décident de ne pas imposer de règles, ils ont peur pour sa santé. De plus, le déni de l’anorexique vis-à-vis de sa maladie rend difficile tout dialogue. L’embarras suscité par le regard des autres, surtout quand la personne anorexique est très maigre, peut être culpabilisant et isoler la famille de ses relations sociales et amicales.

Le meilleur conseil est d’accompagner le plus rapidement possible la personne concernée chez un médecin, voire dans un service spécialisé dans le traitement des troubles alimentaires. Plus la prise en charge sera précoce, meilleur sera le pronostic. Il ne faut pas reculer devant l’éventualité d’une hospitalisation, même contre l’avis de la personne anorexique. Il peut s’agir d’une urgence médicale mettant sa vie en jeu.


Les troubles du comportement alimentaire doivent être pris en charge le plus tôt possible pour une meilleure efficacité des traitements et pour éviter des conséquences graves sur la santé. Les traitements reposent essentiellement sur la prise en charge psychothérapeutique et l’éducation nutritionnelle, mais la prise en charge est d'emblée pluridisciplinaire : médicale, psychologique, nutritionnelle, sociale et familiale. Elle est adaptée à l'âge du patient et à l'intensité de ses troubles. Il est préférable que la famille soit impliquée dans la prise en charge.

La psychothérapie est-elle efficace contre l’anorexie et la boulimie ?

Les troubles anorexiques sont pris en charge par des équipes pluridisciplinaires (médecin, nutritionniste, psychologue). La personne anorexique passe un contrat de prise de poids régulière avec son équipe soignante. Ces contrats sont couronnés de succès dans 50 % des cas, mais les rechutes sont fréquentes. Le pronostic est meilleur lors de troubles boulimiques sans anorexie.

Lors de troubles du comportement alimentaire, les psychothérapies cognitives et comportementales sont souvent mises en œuvre. Elles ont pour objectif de modifier l’attitude globale du patient vis-à-vis de la nourriture. Ces thérapies durent de trois à six mois et nécessitent une vingtaine de séances. Elles font le point sur l’histoire alimentaire de la personne, et en particulier sur l’image qu’elle a de son corps, sur ses attentes ou ses difficultés relationnelles. Dans le cas de la boulimie, elles permettent d’identifier les facteurs déclenchants des crises et d’apprendre à adopter un comportement autre que la frénésie alimentaire. Des consignes sont données progressivement, parmi lesquelles manger lentement, prendre des repas à heures régulières ou résister aux tentations.

Ces thérapies sont presque toujours associées à des mesures d’éducation nutritionnelle qui visent à modifier les croyances du malade sur les aliments et sur la relation entre alimentation et prise de poids. Des techniques de relaxation peuvent aider le patient à diminuer l’anxiété déclenchée par les repas ou la survenue d’une crise de boulimie.

Une thérapie familiale peut également être entreprise, si les conflits de l’adolescent avec ses parents sont importants, ou si la famille souffre beaucoup des conséquences du trouble du comportement alimentaire. Enfin, les psychothérapies d’inspiration analytique conservent une place de choix dans le traitement au long cours des personnes atteintes de troubles alimentaires.

Quels sont les médicaments contre l’anorexie et la boulimie ?

Un antidépresseur, la fluoxétine (Prozac et ses génériques), peut être prescrit dans le cadre de troubles boulimiques. Il contribue à diminuer la fréquence des crises, des vomissements ou des prises abusives de laxatifs, en complément d’une psychothérapie. Il est utilisé, pendant les premiers mois du traitement, à des posologies souvent plus élevées que celles préconisées dans le traitement de la dépression. En revanche, aucun médicament n’a encore fait la preuve scientifique de son efficacité dans le traitement de l’anorexie.

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Médicament générique

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