Schizophrénie et autres psychoses

Mis à jour : Vendredi 31 Août 2018

Les psychoses sont des maladies mentales qui atteignent généralement les jeunes adultes. Le malade est déconnecté du réel, ce qui engendre de graves répercussions sur sa vie sociale, affective ou professionnelle. Diagnostiqué à temps, ce type de troubles psychiques peut être atténué par la prise d’un traitement adapté.

Qu’appelle-t-on psychose ?

La psychose est une maladie mentale qui entraîne, par périodes, une incapacité à discerner le réel de l’irréel. Les psychoses se traduisent par des hallucinations et des délires (c’est-à-dire des propos irrationnels tenus sans que leur auteur soit en mesure de les critiquer ni d’en percevoir l’étrangeté). L’usage de drogues ou d’alcool aggrave ces symptômes. Le psychotique n’est pas conscient de sa maladie. Son langage et son comportement peuvent devenir si désorganisés qu’il ne peut plus communiquer avec le monde extérieur. Le malade a tendance à se replier sur lui-même et n’est souvent plus capable d’accomplir les actions nécessaires à sa vie en société. Si elles ne sont pas soignées précocement, les psychoses entraînent souffrance, solitude et exclusion. Elles deviennent alors les plus invalidants des troubles psychiques.

Névrose ou psychose ?
La manière dont les maladies mentales sont nommées et classées évolue en fonction des connaissances scientifiques et de la pratique médicale. Pendant de nombreuses années, les troubles psychiques ont été classées en névroses (les maladies sans modification de la personnalité et dont le patient est conscient) et en psychoses (celles où la personnalité est modifiée et où le patient n’est pas toujours conscient de son trouble). En 1980, sous l’influence des Anglo-saxons, il fut décidé, en l’absence d’accord, de supprimer le terme de névrose. Depuis, des classifications nouvelles définissant les troubles par critères se sont imposées, en particulier dans la recherche. Ces classifications recoupent largement le champ des névroses mais classent les troubles différemment. 

Qu’est-ce que la schizophrénie ?

La schizophrénie fait partie des psychoses. C’est une maladie grave, qui peut avoir des répercussions dramatiques. Contrairement aux idées reçues et à l’étymologie (schizo – fendre et phren– esprit), elle n’est pas un dédoublement de la personnalité. Le schizophrene ne se prend pas pour un autre, mais il perçoit la réalité d’une manière très différente de ceux qui l’entourent. Cette psychose provoque une désorganisation du psychisme qui entraîne des hallucinations, des délires, et des modifications du langage et du comportement. Les malades ont fréquemment de graves difficultés de communication avec les autres.

La schizophrénie apparaît le plus souvent au début de la vie d’adulte, période où se construisent les bases d’une carrière professionnelle et d’un réseau de relations affectives durables. La maladie entrave cette évolution naturelle, empêche le jeune adulte d’acquérir son indépendance et perturbe souvent le déroulement de ses études. Entre l’apparition des premiers symptômes et la stabilisation du traitement, les schizophrènes perdent fréquemment le contact avec leurs amis, et leurs relations sociales se réduisent. Pourtant, si le diagnostic est posé tôt, les médicaments et les dispositifs de soutien permettent à de nombreux malades de rester autonomes et de mener une vie affective et professionnelle normale.


Quels sont les symptômes de la schizophrénie ?

Les psychiatres distinguent des symptômes dits positifs, qui ne sont pas observés chez les personnes en bonne santé, et des symptômes dits négatifs, qui sont un affaiblissement de capacités psychologiques normalement présentes. Souvent, les deux types de symptômes coexistent. La prédominance des uns ou des autres va influencer l’évolution de la maladie et le choix du traitement.

Quels que soient les symptômes exprimés, les schizophrènes ont beaucoup de mal à effectuer les tâches de la vie quotidienne. Leur pensée n’est pas claire, leurs rapports avec les autres deviennent difficiles, ils ont des difficultés à contrôler leurs émotions et à prendre des décisions.

Les symptômes dits positifs

Les hallucinations

Le malade perçoit des sensations qui n’existent pas. Les hallucinations peuvent concerner tous les sens, auditives, visuelles, olfactives ou encore cénesthésiques (sensation de courant électrique). Les hallucinations auditives sont les plus fréquentes. Le patient atteint de schizophrénie entend des voix qui peuvent commenter son comportement, le juger, l’insulter, l’avertir de dangers imaginaires ou lui ordonner d’accomplir certains actes.

Les délires

Ils peuvent survenir ponctuellement ou être présents en permanence. Le délire peut s’élaborer autour de différents thèmes (persécution, mégalomanie, mysticisme, etc.) sans qu’il y ait forcément de lien entre les diverses idées délirantes. Le schizophrène croit à son délire, il est impossible de le raisonner. Dans un tiers des cas, les malades souffrent de symptômes de type paranoïde, se sentent persécutés, trompés, harcelés, espionnés, ou ont l’impression que les autres devinent leurs pensées.

Les troubles de la pensée et du langage

Le schizophrène ne parvient pas à organiser ses idées, il n’a plus de raisonnement logique, son discours devient incohérent. Son esprit peut rester longtemps fixé sur une idée, et des pensées parasites entravent le déroulement de son raisonnement. Il peut s’arrêter net au milieu d’une phrase et en commencer une nouvelle sans aucun rapport avec la précédente. Il peut également utiliser un langage qui ne suit pas les règles habituelles de grammaire et de syntaxe et inventer des mots. Il arrive aussi que le malade ne parvienne plus à interpréter correctement des mots pourtant courants. Communiquer avec lui devient extrêmement difficile.

L’agitation et les troubles psychomoteurs

Une multitude d’attitudes peuvent se retrouver chez les schizophrènes, par exemple des gestes impulsifs, des mouvements répétés (se balancer, se gratter compulsivement), des grimaces (mâchoires serrées, paupières fermées), des sourires ou des rires paradoxaux sans rapport avec la situation. Les schizophrènes peuvent être en constant déplacement, toujours actifs, ou au contraire rester assis, rigides, silencieux et immobiles pendant des heures.

Les symptômes dits négatifs

Le schizophrène peut paraître insensible, froid, distant, dépourvu d’émotions. Sa capacité à exprimer ses sentiments est fortement diminuée. Il rechigne à s’engager dans une conversation. En réalité, il est souvent en proie à des émotions intenses et à des pulsions contradictoires. Il a généralement une sensibilité exacerbée et un fort besoin d’affection, mais il existe une discordance totale entre ses émotions et la façon dont il les exprime.

La démotivation

Les schizophrènes manquent souvent d’énergie, d’initiative, et ont du mal à s’engager dans toute forme d’activité. Ils peuvent passer des journées à ne rien faire, négligeant même leur hygiène personnelle. Il ne faut pas confondre ces symptômes avec de la simple paresse.

L’apathie et le retrait social

Le schizophrène tend à se replier sur lui-même et à se protéger des conflits liés à une mauvaise communication en se réfugiant dans la solitude. Aggravé par la démotivation, ce symptôme peut provoquer indifférence et absence totale d’intérêt pour le monde extérieur.

La dépersonnalisation

C’est la perte du sentiment d’être soi-même qui s’accompagne souvent d’anxiété. Le schizophrène a l’impression que son corps est dissocié de sa personne, ou que ses membres pourraient se détacher. Cette peur peut se traduire par des attitudes d’autocontemplation : le malade observe attentivement ses mains, passe des heures devant un miroir à regarder son visage, palpe certaines parties de son corps.

Quelles sont les différentes formes de schizophrénie ?

La schizophrénie peut se présenter sous des formes diverses et de gravité variable.

La schizophrénie simple

Le malade manifeste une froideur affective, semble incapable d’exprimer ses sentiments, marque un désintérêt pour les autres, se complaît dans la solitude. Parallèlement, il a des comportements étranges, des croyances bizarres, et perçoit des choses inhabituelles.

La schizophrénie paranoïde

Les idées délirantes sont très présentes, parfois permanentes. Cette forme de schizophrénie est la plus fréquente ; elle répond bien au traitement qui permet au patient de reprendre une vie sociale et professionnelle satisfaisante.

L’héboïdophrénie

Cette forme de schizophrénie est caractérisée par le comportement antisocial des malades : délinquance, vols, agressions, vagabondage, toxicomanie, par exemple. Elle se rencontre fréquemment chez des personnes en rupture sociale. Le délire se manifeste par épisodes.

L’hébéphrénie

Elle représente 20 % des schizophrénies. Les malades hébéphréniques présentent peu de délires. Ils vivent dans un repli profond, passent beaucoup de temps au lit ou devant la télévision. Leur langage est incohérent, ils paraissent indifférents au monde extérieur malgré une forte anxiété. Ces malades refusent souvent les traitements.

La schizophrénie catatonique 

Le malade ne répond à aucune sollicitation. Il peut rester prostré, en position fœtale, sans faire le moindre mouvement. Il peut aussi répéter, comme un écho, les derniers mots des phrases qu’il entend, ou imiter les gestes qu’il observe chez les autres.

Les troubles schizo-affectifs

La personne atteinte de trouble schizo-affectif (ou schizophrénie dysthymique) présente des signes de schizophrénie accompagnés de signes de dépression ou de manie. Ces troubles ressemblent aux troubles bipolaires mais ils s’en distinguent par la présence d’idées délirantes ou d’hallucinations pendant au moins deux semaines.


Quelles sont les causes de la schizophrénie ?

La schizophrénie n’a pas de cause unique connue. Comme beaucoup d’autres maladies psychiques, elle semble due à un ensemble de facteurs qui interagissent.

La vulnérabilité à la maladie serait transmise génétiquement. Les membres de la famille d’un schizophrène ont dix fois plus de risque de développer la maladie que l’ensemble de la population. Mais la génétique n’explique pas tout. Chez les vrais jumeaux dont l’un est schizophrène, le second n’est touché par cette maladie que dans moins de la moitié des cas.

Des anomalies de l’anatomie du cerveau et de son fonctionnement ont été détectées chez les schizophrènes. Elles pourraient être la conséquence d’une exposition du fœtus à une infection au cours de la grossesse, ou de complications ayant entraîné une atteinte du cerveau du nouveau-né au moment de l’accouchement. Des formes de psychose existent chez les enfants et certains scientifiques soupçonnent que des signes annonciateurs de schizophrénie pourraient être identifiés dès l’enfance, semblant ainsi indiquer une origine dans les premières années de la vie.

Le rôle de l’environnement familial dans le développement de la schizophrénie, longtemps mis en avant, semble difficile à cerner. Pour un enfant ayant une vulnérabilité biologique à la schizophrénie, une carence affective ou une forte surprotection pourraient faire partie des facteurs influençant, plus tard, le déclenchement des symptômes.

Enfin, à l’adolescence, la nécessité d’acquérir rapidement de nouveaux modes relationnels (en rapport avec la sexualité, l’acquisition d’une certaine indépendance, l’importance grandissante du regard des autres, par exemple) pourrait agir comme révélateur d’un fonctionnement anormal du cerveau jusque-là peu visible.

Comment évolue la schizophrénie ?

La première manifestation de la schizophrénie peut être une bouffée délirante, mais la maladie peut également se déclarer progressivement, sur une période de plusieurs mois. Parfois, en particulier pendant les deux premières années, la schizophrénie peut disparaître spontanément. Avec un traitement adapté mis en place précocement, un patient schizophrène sur trois mène une vie normale. Les effets de ce traitement se maintiennent au cours des années. Parfois, on observe une amélioration après l’âge de 40 ans qui permet de diminuer le traitement, voire de le supprimer progressivement.

Sans traitement, la maladie s’aggrave souvent. Les épisodes aigus se succèdent et les hospitalisations sont de plus en plus fréquentes. Les conséquences sont lourdes. Les personnes atteintes de schizophrénie sans traitement (ou qui le prennent mal) s’exposent à des complications, toxicomanie, alcoolisme et comportements suicidaires. Un schizophrène sur dix fait au moins une tentative de suicide dans sa vie.


Qui peut être touché par la schizophrénie ?

La schizophrénie concerne un peu moins de 1 % de la population. Elle touche indifféremment toutes les cultures et tous les milieux sociaux. Les femmes semblent un peu moins atteintes que les hommes. La maladie débute le plus souvent entre la fin de l’adolescence et l’âge de 30 ans. Les premiers symptômes se manifestent en général plus tôt chez les hommes (entre 16 et 25 ans) que chez les femmes (entre 25 et 30 ans). Celles-ci peuvent également présenter les premiers symptômes de la maladie au moment de la ménopause.

Schizophrénie ou toxicomanie ?

Lorsque les premiers signes de schizophrénie apparaissent chez un adolescent, il n’est pas rare que ses parents les attribuent à une toxicomanie. L’usage de drogues (amphétamines, cocaïne, alcool, mais aussi cannabis) peut agir comme un catalyseur révélant une schizophrénie jusque-là silencieuse et peut accroître la confusion des parents.

La schizophrénie déclarée peut également se compliquer de toxicomanie, d’alcoolisme, ou d’abus de médicaments. La consommation de drogues ou d’alcool aggrave les symptômes de la schizophrénie, favorise l’expression des idées délirantes et entraîne parfois des actes de violence. La forme de toxicomanie la plus courante chez les schizophrènes est le tabagisme, dont la fréquence est trois fois plus élevée dans cette population que dans la population générale.

La toxicomanie sous toutes ses formes réduit l’efficacité des médicaments antipsychotiques. De plus, la consommation de drogues ou d’alcool nuit à la prise régulière des traitements.

Comment diagnostique-t-on la schizophrénie ?

Les manifestations de la schizophrénie varient beaucoup selon les personnes atteintes. Pour qu’un médecin porte avec certitude un diagnostic de schizophrénie, les symptômes doivent être présents de façon quasi permanente pendant une période d’au moins six mois, avec des répercussions négatives sur la vie familiale, sociale, scolaire ou professionnelle. Il est important d’avoir éliminé d’autres troubles qui auraient pu provoquer des symptômes rappelant ceux de la schizophrénie, dont les tumeurs du cerveau, les troubles de la thyroïde, la toxicomanie ou l’épilepsie.

Parfois, le comportement d’un adolescent peut faire soupçonner un début de schizophrénie. S’il se replie sur lui-même, abandonne ses activités de loisirs, a des difficultés scolaires importantes et inhabituelles, se passionne soudainement pour le mysticisme ou les sciences occultes, a une conduite et des raisonnements étranges, fait preuve d’agressivité ou de méfiance, ne se lave plus, il peut être nécessaire de l’amener consulter un médecin.

La plupart du temps, ces comportements ne sont que les symptômes d’une puberté difficile, mais ils peuvent parfois signaler une dépression ou un début de schizophrénie. Il est important de ne pas négliger ni banaliser ces signes.


Quelles sont les autres psychoses ?

Si la schizophrénie est la psychose la plus répandue, il en existe de nombreuses autres formes. Les psychiatres les nomment délires chroniques non schizophréniques. Ces psychoses apparaissent généralement après l’âge de 30 ans, souvent chez des personnes marquées par un caractère rigide, obsessionnel, méfiant et orgueilleux.

Les paranoïas

Dans cette forme de psychose, les délires semblent avoir une base logique et paraissent crédibles. Le patient se sent persécuté, victime d’un complot. Quelques exemples : la jalousie pathologique, le délire étant alors fondé sur l’infidélité fantasmée du conjoint ; la revendication, lorsque le malade est persuadé de subir de graves préjudices et qu’il veut à tout prix faire valoir ses droits.

La psychose hallucinatoire chronique

Dans cette psychose, les hallucinations sont nombreuses et touchent tous les sens. Le délire s’organise en général autour des thèmes de la persécution, du mysticisme ou de la mégalomanie. Cette psychose se déclare le plus souvent chez les femmes au moment de la ménopause. Elle peut être efficacement traitée.

Les paraphrénies

Dans ce cas, le délire est riche, très imaginatif, axé sur des thèmes fantastiques, cosmiques. Mais les troubles restent discrets et les personnes atteintes semblent souvent bien adaptées à la vie sociale.

Attention, ce que l’on appelait autrefois psychose maniaco-dépressive ou maniaco-dépression n’est plus considérée comme une psychose aujourd’hui : on parle désormais de troubles bipolaires.


Comment soutenir une personne schizophrène ?

Le rôle des proches dans le succès des traitements est fondamental. Pour aider une personne schizophrène, l’entourage peut s’impliquer de plusieurs façons : acquérir une meilleure compréhension de la maladie et de ses traitements, communiquer avec le malade, et surveiller l’apparition d’éventuelles rechutes.

S’informer sur la maladie

Pour soutenir efficacement une personne schizophrène, il est indispensable d’avoir une bonne compréhension de la maladie et de ses traitements. Les activités psychoéducatives et le dialogue avec l’équipe soignante sont une bonne manière d’acquérir ce savoir. Il existe également des associations de parents et de proches de patients schizophrènes. Il ne faut pas hésiter à les contacter, à participer à leurs réunions et à leurs groupes de paroles. Partager ses difficultés et échanger ses expériences permet de prendre du recul et de trouver de nouvelles ressources pour affronter la maladie.

Suivre l’évolution des symptômes

Souvent, les patients n’ont pas conscience de leurs comportements étranges ou de leurs idées délirantes. L’entourage peut alors aider l’équipe médicale à évaluer l’état de la personne schizophrène et à trouver le traitement le plus adapté, en apportant des indications précieuses sur ses symptômes, sa tolérance au traitement ou ses habitudes, par exemple.

Dialoguer avec le patient

Les clichés sur les personnes atteintes de schizophrénie sont nombreux. Cette stigmatisation est très mal vécue par les malades qui se replient alors davantage sur eux-mêmes. Pour lutter contre cette tendance, le rôle de la famille est primordial. Les proches doivent apprendre à mieux comprendre le schizophrène et à communiquer avec lui. Ils doivent aussi le rassurer et lui rappeler que les progrès de la prise en charge thérapeutique permettent désormais d’améliorer la vie de nombreux patients schizophrènes.

Parfois, les proches doivent faire face à des déclarations étranges. Dans ce cas, il est important de ne pas faire comme si de rien n’était ni d’abonder dans le sens du patient. Il est préférable, tout en admettant qu’il puisse voir les choses différemment, d’exprimer clairement que l’on n’est pas d’accord avec ses conclusions. Parfois, le schizophrène a besoin de repères pour distinguer le réel de l’imaginaire.

Favoriser la prise régulière des médicaments

Les proches doivent s’impliquer dans le traitement. Ils peuvent s’assurer que le patient prend son traitement conformément à la prescription du médecin et le persuader de ne pas l’interrompre. Ils peuvent l’aider à gérer les effets indésirables (par exemple à suivre les recommandations alimentaires qui lui ont été données) et l’encourager en insistant sur les bienfaits à long terme d’un traitement correctement suivi.

Repérer les rechutes

Parce qu’ils connaissent bien la personne schizophrène, les proches sont à même de distinguer rapidement les changements de comportement qui pourraient indiquer une rechute. En identifiant des signes d’alerte précoces, comme des modifications du rythme de sommeil ou une tendance accrue au repli sur soi, ils peuvent alerter l’équipe médicale et permettre une adaptation rapide du traitement, avant l’apparition d’un épisode aigu.

Les schizophrènes sont-ils violents ?

Contrairement à une idée largement répandue, les patients schizophrènes ne sont ni particulièrement violents ni dangereux. Ils préfèrent plutôt se retirer en eux-mêmes et éviter les conflits. En réalité, du fait de leurs difficultés à gérer les relations humaines, ils sont plus souvent victimes que coupables d’actes violents. Seuls les malades schizophrènes ayant déjà une personnalité violente avant de développer la maladie, les patients sous l’influence de drogues ou de l’alcool, ou encore ceux atteints de délires de persécution sévères non traités peuvent se montrer agressifs. Ils le sont plus fréquemment envers leurs proches au sein du domicile.


Le traitement de la schizophrénie a pour objectif de réduire les symptômes et de favoriser l’insertion sociale et professionnelle du patient. Il s’étend sur plusieurs années (au moins cinq ans) et comprend différents volets indispensables et complémentaires.

Pourquoi un traitement médicamenteux ?

Les patients et leurs proches sont souvent inquiets face à un traitement par des neuroleptiques et se demandent si les médicaments ne vont pas « assommer » le malade. S’ils sont prescrits à une posologie adaptée au patient, les neuroleptiques ne privent pas les schizophrènes de leur personnalité ni de leur capacité à prendre des décisions. Même s’ils peuvent avoir des effets sédatifs (calmants, ces effets sont souvent recherchés au début du traitement), ils agissent en réduisant la fréquence des délires et en permettant au patient d’avoir une pensée plus logique et mieux organisée. Les neuroleptiques aident donc la personne schizophrène à agir rationnellement et à mieux communiquer avec le monde extérieur. Ils ne provoquent pas de dépendance et peuvent être pris pendant des années.

En cas de grossesse ou d’allaitement
L’usage de certains neuroleptiques est possible en cas de grossesse. Il se fait en fonction du rapport entre les bénéfices attendus et les risques encourus. La surveillance médicale de la future mère est alors accrue. En l’absence de données scientifiques sur le passage des neuroleptiques dans le lait maternel, il est déconseillé d’allaiter lorsque l’on prend ce type de médicaments.

Les différents antipsychotiques utilisés dans la schizophrénie

Les médicaments utilisés contre la schizophrénie et les psychoses sont les médicaments antipsychotiques. Les premiers qui ont été développés dans les années cinquante font partie de la famille des neuroleptiques dits classiques. Ils auraient essentiellement une action sur un des messagers chimiques du cerveau, la dopamine. Ils sont surtout actifs contre les symptômes dits positifs, tels que délires ou hallucinations, et entraînent souvent de nombreux effets indésirables, dont certains invalidants.

Plus récemment, de nouveaux neuroleptiques sont apparus. Ces neuroleptiques, dits atypiques, agissent simultanément sur deux messagers chimiques du cerveau (neurotransmetteurs), la sérotonine et la dopamine. Ils montrent une plus grande efficacité sur les symptômes négatifs de la maladie (démotivation, troubles de l’humeur, apathie) que les antipsychotiques dits classiques.

Les antipsychotiques atypiques contenant de la clozapine (Leponex et ses génériques) sont susceptibles de provoquer une diminution importante du nombre de globules blancs dans le sang (une agranulocytose, une baisse des défenses immunitaires). Ils sont réservés aux patients dont la maladie a résisté à d'autres traitements ou ne tolérant pas leurs effets indésirables. De plus, des prises de sang doivent être régulièrement effectuées au cours du traitement par clozapine. Chaque mois, le pharmacien ne délivrera le traitement qu’après avoir vérifié sur un carnet de surveillance le résultat récent des analyses de sang.

    Au-delà de la distinction entre classiques d’une part et atypiques d’autre part, les neuroleptiques peuvent être classés selon leurs effets. Ils peuvent avoir :
  • une action sédative qui soulage l’angoisse et l’agitation ;
  • une action dite antiproductive qui traite les délires et les hallucinations ;
  • une action désinhibitrice qui lutte contre l’apathie et la démotivation.

Certains neuroleptiques produisent essentiellement l’un de ces effets, mais ces trois types d’action peuvent se retrouver pour une même substance selon la dose utilisée : désinhibition à faible dose, antiproduction à dose moyenne, sédation à forte dose.

Liste des médicaments mise à jour : Jeudi 22 Août 2019

Neuroleptiques dits atypiques

Légende
Médicament générique

Les autres traitements

Dans les formes sévères de schizophrénie ou celles qui résistent à tous les médicaments, le traitement peut faire appel à la sismothérapie (électrochocs).

Les schizophrènes peuvent également présenter des symptômes d’anxiété, de dépression ou de troubles de l’humeur. Dans ce cas, le médecin prescrit des médicaments adaptés à ces pathologies en complément du traitement antipsychotique.


Bien utiliser les médicaments contre la schizophrénie

Avant la mise en place d’un traitement neuroleptique, il est nécessaire de pratiquer des examens complémentaires pour éviter certaines complications. Sauf en cas de psychose aiguë, le traitement par un neuroleptique est mis en place progressivement. Chaque patient réagit différemment à ces substances et il faut du temps pour identifier la dose minimale efficace qui provoquera le moins d’effets indésirables à long terme. Pendant cette période d’ajustement, le soutien de l’entourage est important. Les associations de plusieurs neuroleptiques sont rares et réservées aux cas les plus résistants aux traitements.

Les neuroleptiques doivent être pris de préférence pendant les repas pour éviter certains troubles digestifs, notamment les nausées. Lorsque l’on prend un neuroleptique, il ne faut jamais boire d’alcool. Les effets combinés de ces deux substances peuvent entraîner des troubles graves du comportement. Conduire un véhicule ou utiliser des outils potentiellement dangereux est fortement déconseillé tout au long du traitement. Les risques d’interactions entre les neuroleptiques et d’autres médicaments (anxiolytiques, hypnotiques, médicaments contre l’allergie ou l’hypertension artérielle, certains traitements de la maladie de Parkinson et des troubles de l’érection, etc.) sont importants. Il est indispensable de signaler la prise de neuroleptiques à son pharmacien et à tout nouveau médecin consulté.

Chez des personnes traitées par des neuroleptiques, l’apparition d’une fièvre inexpliquée (température supérieure à 38 °C) nécessite une consultation médicale d’urgence. Ces substances peuvent en effet provoquer un effet indésirable très grave qui apparaît progressivement, le syndrome malin.

Les médicaments de la famille des neuroleptiques peuvent également être responsables de mouvements anormaux appelés dyskinésies. Ce phénomène peut se produire dans les premiers jours du traitement (dyskinésies précoces) ou après plusieurs mois (dyskinésies tardives). On observe également des dyskinésies tardives lors de l’arrêt d’un traitement prolongé (réactions de sevrage).

Les effets indésirables des antipsychotiques

Les antipsychotiques, et en particulier ceux dits classiques, ont de nombreux effets indésirables : constipation, somnolence (plus marquée en début de traitement), troubles de l’accommodation, vision floue, sécheresse de la bouche, hypotension orthostatique, rétention d’urine, irrégularité des règles, troubles sexuels, troubles neurologiques tels que des mouvements anormaux, des tremblements, une raideur musculaire. Certains de ces effets nécessitent parfois d’être corrigés par d’autres médicaments.

Un effet indésirable particulier, la dyskinésie tardive, survient au cours de traitements prolongés. Elle se manifeste par des mouvements involontaires de la bouche, des lèvres, de la langue (mâchonnement), des bras ou des jambes. Elle apparaît chez 15 à 20 % des malades traités pendant plusieurs années avec des antipsychotiques dits classiques.

Un problème fréquent du traitement par les antipsychotiques est l’apparition d’un surpoids (en particulier à hauteur de l’abdomen) associé à des taux sanguins élevés de sucre, de cholestérol et de triglycérides (graisses du sang). Pour cette raison, il est important que les patients traités soient suivis par un médecin généraliste, endocrinologue ou nutritionniste qui prescrira des examens sanguins réguliers et donnera des conseils pour une alimentation équilibrée.

    A ces effets indésirables, s’ajoutent des événements rarissimes qui constituent des urgences médicales :
  • Le syndrome malin qui se traduit par une fièvre élevée, des sueurs, des troubles de la conscience, une salivation excessive, etc.
  • L’agranulocytose qui se caractérise par une baisse des globules blancs du sang, un mal de gorge, des aphtes ou une fièvre anormale.

Lorsqu’on prend un traitement antipsychotique, ce type de symptômes nécessite une consultation médicale en urgence.


Qu’appelle-t-on traitements psychosociaux ?

Les traitements psychosociaux associent une prise en charge psychothérapeutique par des professionnels de la santé mentale et des programmes de réinsertion sociale. Si la prise de médicaments est indispensable pour soulager les symptômes et permettre au schizophrène de mieux appréhender le monde extérieur, les traitements psychosociaux sont indispensables pour améliorer sa vie sociale et professionnelle. Ils l’aident à retrouver sa motivation, à mieux communiquer, à affronter les tâches de la vie quotidienne et à lutter contre la solitude et l’exclusion.

Les programmes de réadaptation

Ces programmes visent à aider le patient à retrouver une place dans la société malgré les années perdues en termes de formation professionnelle et d’apprentissage de l’autonomie. Les compétences enseignées peuvent aller de tâches quotidiennes simples (prendre les transports en commun, gérer son budget, adopter une bonne hygiène, aborder une personne inconnue, etc.) à l’apprentissage d’une profession. Ces programmes sont essentiels, car ils apprennent aux patients à mener une vie active et à s’intégrer dans un réseau de relations personnelles et professionnelles.

La psychothérapie individuelle

Elle permet au patient de parler de ses pensées, sentiments, craintes et problèmes à un professionnel formé à l’écoute de personnes qui communiquent difficilement. Dans un cadre rassurant, le schizophrène peut ainsi acquérir une certaine capacité à analyser et exprimer ses expériences, et à faire le tri entre la réalité et l’interprétation qu’il a tendance à en faire. Les psychothérapies comportementales et cognitives, qui apprennent au patient à résoudre les problèmes qu’il rencontre, peuvent être particulièrement utiles.

La psychoéducation du patient et de ses proches

Le rôle de la famille dans la prise en charge de la schizophrénie est particulièrement important. Il est donc essentiel, pour les proches comme pour le patient, de mieux connaître la maladie, ses symptômes et ses traitements. Ce savoir leur permettra d’améliorer leurs relations, mais également de dépister plus rapidement une rechute éventuelle. Les activités psychoéducatives enseignent aussi à l’entourage les stratégies qui permettront de faire face à une question ou une crise et à favoriser la prise régulière du traitement.


Sources et références de l'article "Schizophrénie et autres psychoses"

  • Schizophrénie, Vidal Recos, 11/2016
  • Guide du bien-être psy, Vidal, 2008