Troubles bipolaires

Mis à jour : Vendredi 30 Juin 2017

Les troubles bipolaires sont caractérisés par une alternance de phases de dépression et d’euphorie excessive. Ces phases sont disproportionnées dans leur durée et leur intensité. Cette maladie désorganise profondément la vie des personnes touchées et peut engendrer de graves complications si elle n’est pas traitée.

Est-il normal d’avoir des hauts et des bas ?

euphorique

Les changements d’humeur ne s’expliquent pas toujours par l’influence de facteurs externes dans la vie affective et professionnelle. L’humeur peut varier pour d’autres raisons moins facilement identifiables, par exemple la durée du jour ou des changements hormonaux. Ces fluctuations reviennent parfois régulièrement, comme c’est le cas pour la dépression hivernale.

Certaines personnes sont plus sujettes à ces variations cycliques de l’humeur, appelées aussi cyclothymie. Elles connaissent une alternance plus ou moins régulière de périodes de bonheur et de tristesse, sans que ce phénomène les empêche de vivre normalement. Tant qu’elle reste supportable, la cyclothymie n’est pas une vraie maladie.

Dans les troubles bipolaires, appelés aussi bipolarité, maniaco-dépression ou psychose maniaco-dépressive, les variations de l’humeur sont disproportionnées dans leur durée et leur intensité. La gaieté devient euphorie exagérée, la tristesse se mue en dépression profonde. Les troubles du comportement qui accompagnent ces phases désorganisent profondément la vie de la personne touchée et dégradent ses relations familiales et professionnelles. Les troubles bipolaires sont une maladie qui peut être grave et nécessite un traitement de longue durée.

Quels sont les symptômes du trouble bipolaire ?

Les troubles bipolaires se caractérisent par des cycles où alternent des phases d’excitation (également appelée manie) et de dépression, souvent reliées par des périodes où l’humeur est normale. Ces fluctuations disproportionnées de l’humeur ne sont généralement pas reliées à des événements précis. L’intensité et la fréquence des cycles sont variables. Certains patients connaissent des troubles où les phases dépressives sont peu marquées, alors que d’autres présentent des phases dépressives intenses entrecoupées de phases maniaques atténuées (hypomanie, voir encadré)

Les phases d’excitation et de dépression qui caractérisent les troubles bipolaires ont une intensité, une durée et une fréquence qui varient d’une personne à une autre. L’alternance des symptômes peut être impressionnante, entre hyperactivité, agressivité, absence d’inhibition, puis tristesse, accablement et démotivation totale.

Selon les symptômes, on parle parfois de troubles bipolaires de type 1 et de type 2. Le trouble bipolaire de type 1 se caractérise par un ou plusieurs épisodes maniaques ou mixtes accompagnés ou non d'épisodes dépressifs majeurs. Le trouble bipolaire de type 2 associe au moins un épisode dépressif majeur avec une hypomanie.

Qu’appelle-t-on phases d’excitation ou phases maniaques ?

Une personne en phase maniaque est anormalement euphorique, énergique, hyperactive ou agressive. Elle est exaltée et conçoit une confiance déraisonnable en elle-même. Elle n’a plus d’inhibition, fait ou dit ce qui lui passe par la tête, sans se soucier des conséquences de ses actes et de ses propos. Elle a une très haute opinion d’elle-même et ne supporte aucune critique. Elle est irritable et s’emporte pour un rien.

Sa pensée est accélérée. Elle parle beaucoup, suit plusieurs idées à la fois, passe volontiers du coq à l’âne. Elle fourmille de projets souvent incongrus, bouge sans arrêt, ne se sent jamais fatiguée. Elle peut oublier de manger pendant plusieurs jours et dort peu. Ses pulsions sexuelles sont accrues. Cet état peut durer plusieurs jours, voire plusieurs semaines.

Certains malades apprécient ces épisodes maniaques au cours desquels ils se sentent invincibles et pensent que rien ni personne ne peut leur résister. Quelques-uns se révèlent d’ailleurs très performants professionnellement ou très créatifs, au cours d’une phase maniaque. Mais la manie a surtout des conséquences négatives. La personne peut agir de façon irréfléchie et provoquer de véritables bouleversements dans sa vie (quitter son emploi ou faire des dépenses inconsidérées, par exemple). Il arrive que des personnes souffrant de troubles bipolaires finissent par avoir des démêlés avec la justice pour des délits commis lors de phases maniaques.

Qu’est-ce que l’hypomanie ?
L’hypomanie est une forme atténuée d’état maniaque. La personne est très énergique, se comporte impulsivement ou avec imprudence, se querelle fréquemment avec son entourage. Son état lui est agréable et elle nie être malade d’autant plus facilement que ses troubles ne perturbent pas trop sa vie quotidienne. L’hypomanie est souvent un signe précoce de troubles bipolaires.

Qu’appelle-t-on phases dépressives ?

Lorsque la phase dépressive se met en place, le découragement s’installe en quelques jours ou en quelques semaines. Plus la phase maniaque a été haute, plus la dépression sera profonde. D’hyperactive, la personne devient indifférente à tout, abattue. Les symptômes sont ceux d’une dépression sévère, tels la tristesse, l’accablement, le ralentissement de la pensée et des mouvements, la fatigue constante, la démotivation, les troubles du sommeil et de l’appétit. Ces manifestations durent deux à trois fois plus longtemps que les phases maniaques, souvent de plusieurs semaines à plusieurs mois. Les idées suicidaires sont fréquentes. Le suicide est considéré à tort, par le patient, comme le seul moyen de se libérer de sa maladie et de ne plus la faire subir à son entourage.

Qu’appelle-t-on phases mixtes ?

Chez certains malades, il existe des phases dites mixtes. Pendant ces périodes, la personne présente simultanément des symptômes de manie et de dépression : agitation, troubles du sommeil et de l’appétit, pensées suicidaires, etc. Les phases mixtes s’observent parfois entre la fin d’un accès maniaque et le début d’un épisode dépressif.

Quelle est la fréquence des cycles ?

Un cycle est constitué d’une phase maniaque, d’une phase dépressive et éventuellement de la phase normale qui les sépare. La durée d’un cycle est très variable, allant de quelques heures à une année ou plus. La fréquence des cycles est également très variable. La plupart des malades non traités vivent huit à dix cycles maniaco-dépressifs au cours de leur vie, mais d’autres vivront plusieurs cycles au cours d’une même année. La maladie est dite à cycle rapide quand la personne développe plus de quatre cycles dans l’année. Les traitements et les conditions de vie influencent la fréquence de répétition des cycles. Un malade bien soigné et entouré aura plus de chances de voir les cycles s’espacer.

Comment évoluent les troubles bipolaires ?

Quand le traitement de fond par les régulateurs de l’humeur est efficace, l’intensité et la fréquence des cycles maniaco-dépressifs diminuent de manière significative, ce qui permet à la personne de retrouver une vie normale. Après plusieurs mois de traitement, les cycles peuvent s’espacer jusqu’à disparaître complètement. Pour cette raison, toutes les personnes souffrant de troubles bipolaires devraient être traitées.

Sans traitement, les cycles se poursuivent et leur fréquence peut s’accélérer. L’intensité des phases maniaques et dépressives peut également s’aggraver. Dans certains cas, les personnes malades développent des symptômes de psychose, d’hallucinations et de délire, défendant avec insistance des croyances fausses et illogiques malgré l’évidence du contraire. Les complications des troubles bipolaires sont multiples. En l’absence de traitement, on estime que 25 % des personnes souffrant d’un trouble bipolaire font une ou plusieurs tentatives de suicide. Les risques d’alcoolisme et de toxicomanie sont importants et les troubles du comportement associés peuvent avoir des conséquences graves, allant jusqu’au divorce, au licenciement ou à l’emprisonnement.


Quelles sont les causes des troubles bipolaires ?

L’origine de la maniaco-dépression est très certainement liée à la génétique. Il existe une forte prédisposition familiale qui se traduit par une vulnérabilité de l’humeur et une incapacité à réguler ses émotions. Cette prédisposition semble déterminée par un ensemble de gènes dont l’influence reste à éclaircir.

Sur ce terrain favorable, l’environnement joue un rôle dans le déclenchement du trouble bipolaire. En effet, les premiers épisodes de psychose maniaco-dépressive seraient souvent déclenchés par un événement stressant ou un surmenage (manque de sommeil, décalage horaire, travail de nuit, etc.). D’autres facteurs peuvent également constituer des éléments déclenchants, comme les infections du système nerveux, les traumatismes crâniens, l’alcoolisme ou la toxicomanie.

Si les premiers épisodes semblent favorisés par des événements extérieurs, les suivants peuvent apparaître spontanément. En effet, ces premiers cycles provoqueraient dans le cerveau des modifications augmentant la probabilité de développer d’autres crises sans facteur déclenchant. 

Qui peut être touché par les troubles bipolaires ?

La maniaco-dépression touche 1 % de la population et concerne autant les hommes que les femmes. Le risque d’en être atteint est augmenté lorsqu’un membre de la famille proche est également touché par la maladie. Il est alors de 15 % à 20 %.

Les premières manifestations de la maladie apparaissent généralement entre 15 et 35 ans. Certains troubles du comportement (dont l’hyperactivité, les troubles du comportement alimentaire, l’alcoolisme et la toxicomanie) pourraient être des signes précoces de psychose maniaco-dépressive.


Comment diagnostique-t-on les troubles bipolaires ?

En général, les personnes souffrant d’un trouble bipolaire consultent un médecin lorsqu’elles se trouvent dans une phase dépressive. Comme elles évoquent rarement leurs épisodes maniaques, soit parce qu’elles ne les ont pas repérés, soit parce qu’elles n’osent pas en parler, le médecin risque de diagnostiquer une simple dépression. Pour cette raison, les troubles bipolaires sont souvent identifiés tardivement, après au moins trois ou quatre accès aigus, et parfois des années après l’apparition des premiers symptômes. Mais, de plus en plus, face à des symptômes dépressifs, le médecin demande à son patient s’il a connu des phases pendant lesquelles son humeur était anormalement bonne et s’il dormait peu pendant ces périodes euphoriques.

Et si ce n’était pas un trouble bipolaire ?
Des fluctuations brutales et exagérées de l’humeur peuvent avoir une autre explication que les troubles bipolaires. Certaines maladies neurologiques, une tumeur au cerveau ou des troubles de la thyroïde s’accompagnent parfois de fluctuations importantes de l’humeur. Des médicaments comme les corticoïdes et les amphétamines, ou encore l’abus d’alcool et de drogues peuvent aussi provoquer des symptômes maniaco-dépressifs.

La prise en charge les troubles bipolaires

Le traitement des troubles bipolaires repose principalement sur la prescription de médicaments destinés à prévenir les rechutes. Ces traitements médicamenteux, qui durent plusieurs années parfois à vie, permettent à de nombreux malades de stabiliser leur humeur et d’améliorer leur qualité de vie. En complément, des approches psychothérapeutiques permettent aux patients et à leur famille de mieux connaître la maladie et de mieux comprendre ses traitements.

La prise en charge d’un trouble bipolaire fait intervenir différents professionnels de santé : médecin généraliste, psychiatre, infirmiers, thérapeutes spécialement formés.

Il est important d’apprendre à connaître la maladie et à savoir identifier les symptômes maniaques (comme l’hyperactivité ou la diminution du besoin de sommeil) et les symptômes dépressifs. Leur survenue doit conduire à consulter rapidement son médecin.

Il est également nécessaire de respecter les visites de suivi régulièrement planifiées par le médecin. Elles sont notamment destinées à vérifier que le traitement médicamenteux est bien adapté et si besoin à l’ajuster. Pour cela, il ne faut pas hésiter à faire part au médecin des éventuels effets indésirables constatés.

Les conseils d’hygiène de vie

    En complément des traitements médicamenteux et de la psychothérapie, il est recommandé d’avoir une bonne hygiène de vie :
  • Adoptez un rythme régulier, en veillant à dormir suffisamment ; limitez les décalages horaires.
  • Apprenez à gérer les situations de stress ; faites attention en cas de travail trop intense sur une longue durée.
  • Evitez ou limitez la cigarette, la consommation d’alcool, du cannabis, ou d’autres drogues (cocaïne, héroïne, ecstasy…). Le trouble bipolaire accroît le risque de consommation d'alcool et de drogues.
  • Pratiquez une activité physique régulière et adaptée et mangez sainement, afin de prévenir une prise de poids, parfois liée au traitement.

Il semble que, chez une femme sur deux, la grossesse et son effet sur la stabilisation des taux d’estrogènes aient un effet bénéfique sur les troubles bipolaires. Cet effet stabilisateur est actuellement remis en cause.

La prise en charge des troubles bipolaires chez la femme enceinte

femme enceinte chez son médecin

En cas de désir de grossesse, les femmes qui prennent des médicaments régulateurs de l’humeur (thymorégulateurs) doivent en parler avec leur médecin. Une réévaluation du traitement est nécessaire avant de débuter la grossesse. Elle ne conduit pas nécessairement à l’interruption des thymorégulateurs.

Les risques de malformations liés aux traitements thymorégulateurs ont été probablement un temps sous-estimés pour être ensuite sur-estimés. Le risque de rechute dépressive ou maniaque provoqué par l’arrêt d’un traitement bien équilibré doit être comparé aux risques induits par la poursuite du traitement pendant la grossesse. Cette évaluation est strictement individuelle.

Néanmoins, toutes les mesures doivent être prises pour éviter une grossesse sous valproate de sodium ou valpromide, en raison du risque de malformations chez le fœtus et de troubles du développement chez les enfants dont les mères ont pris le médicament. Pour les autres substances, le risque malformatif est moins important. Le lithium augmente légèrement le risque de malformations cardiaques, notamment en cas de prise entre le premier et le deuxième mois de grossesse. Si possible, il doit être suspendu pendant cette période. Les autres traitements (lamotrigine et certains neuroleptiques) peuvent être proposés en concertation avec le psychiatre, en utilisant les doses minimales efficaces.

Dans tous les cas, une grossesse chez une femme traitée pour un trouble bipolaire est considérée comme à risque. Elle doit être prise en charge par une équipe spécialisée. Des mesures particulières peuvent être mises en place: dosages plus fréquents des concentrations des médicaments dans le sang, surveillance accrue du développement du fœtus et supplémentation en acide folique (vitamine B9).

La période après l’accouchement chez la femme souffrant de trouble bipolaire

Après l’accouchement, les femmes souffrant d’un trouble bipolaire sont plus vulnérables et doivent faire l’objet d’une surveillance rapprochée. Elles sont exposées à un risque augmenté de dépression et à un risque de psychose. Si le traitement thymorégulateur a été interrompu, le risque de récidive de la maladie justifie la reprise d’un traitement dans les semaines qui précèdent et qui suivent l’accouchement. Les sels de lithium sont souvent privilégiés. Dans ce cas, il est recommandé de ne pas allaiter.


Comment soigne-t-on les troubles bipolaires ?

Le traitement des troubles bipolaires s’appuie essentiellement sur la prescription de médicaments destinés à prévenir les rechutes. C’est un traitement de fond qui sera pris pendant des années, voire toute la vie. Les traitements de fond disponibles aujourd’hui ont apporté un bénéfice considérable aux personnes souffrant de maniaco-dépression. Grâce à eux, de nombreux patients ont vu leur souffrance soulagée. Ces médicaments améliorent la qualité de vie des malades en réduisant la fréquence et l’intensité des cycles ainsi qu’en stabilisant leur humeur. En complément de ce traitement à long terme, des approches psychothérapeutiques permettent aux patients et à leur famille de mieux connaître la maladie et de mieux comprendre ses traitements.

Les traitements de fond

Les médicaments régulateurs de l’humeur (thymorégulateurs) constituent les traitements de fond du trouble bipolaire. Ils sont de plusieurs types. Le choix du médicament s’effectue en fonction des symptômes observés, mais aussi en prévision d’éventuels effets indésirables. Bien que tous ces médicaments aient prouvé leur efficacité contre le trouble bipolaire, certains patients traités continuent à avoir des symptômes. Dans ce cas, pour une plus grande efficacité, le médecin peut décider d’associer plusieurs médicaments thymorégulateurs.

Les sels de lithium

Les sels de lithium sont les thymorégulateurs les plus utilisés (leur mécanisme d’action n’est pas bien élucidé). Leur effet se manifeste lentement. La prescription des sels de lithium nécessite un bilan médical préalable, renouvelé tous les ans : prise de sang (numération formule sanguine, glycémie, dosages pour contrôler le bon fonctionnement des reins et de la thyroïde…), test de grossesse, électrocardiogramme et électroencéphalogramme.

Les principaux effets indésirables du lithium sont : somnolence, tremblements des mains, troubles digestifs, perturbation du fonctionnement de la glande thyroïde. Nausées, tremblements, soif, troubles de l’équilibre sont les signes les plus fréquents d’un surdosage. Ils doivent être signalés rapidement à votre médecin.

Liste des médicaments mise à jour : Mardi 17 Septembre 2019

Thymorégulateurs : sels de lithium

Les antiépileptiques

Des substances initialement développées pour lutter contre l’épilepsie (le valproate, et plus rarement, la carbamazépine) sont également prescrites pour réguler l’humeur. Le valproate est associé à un risque accru de malformations pour l’enfant à naître en cas d’utilisation chez la femme enceinte. Une contraception efficace est nécessaire en cas d’utilisation chez la femme en âge de procréer. La lamotrigine, un autre antiépileptique, est également utilisée en prévention des épisodes dépressifs chez les personnes souffrant de troubles bipolaires.

Liste des médicaments mise à jour : Mardi 17 Septembre 2019

Thymorégulateurs : carbamazépine

Thymorégulateurs : valproate

Légende
Médicament générique

Les neuroleptiques atypiques

Des antipsychotiques atypiques (ou neuroleptiques atypiques) peuvent également être prescrits pour traiter les épisodes maniaques. Certains sont également utilisés pour prévenir les récidives des troubles bipolaires.

Légende
Médicament générique

Les traitements des phases aiguës

Certains médicaments sont utilisés pour soulager les symptômes lorsque ceux-ci sont très sévères. Une fois ce but atteint, ils laissent place aux traitements de fond destinés à prévenir les rechutes. Lors des phases aiguës de troubles bipolaires graves résistants aux traitements, le médecin peut prescrire une sismothérapie (électrochocs).

Les traitements des phases maniaques aiguës

Lors de crises maniaques graves, le médecin peut avoir recours aux régulateurs de l’humeur à des doses plus élevées que celles prescrites pour un traitement de fond, mais aussi à des neuroleptiques sédatifs.

Les traitements des phases dépressives aiguës

Lors d’une phase dépressive sévère, le médecin peut prescrire des antidépresseurs, en particulier de la famille des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS). Cependant, ces médicaments doivent être utilisés avec précaution, car certains d’entre eux peuvent favoriser l’apparition d’une phase maniaque. Pour cette raison, il arrive que la première phase maniaque reconnue chez un patient apparaisse à la suite de la prescription d’un traitement antidépresseur. Cela peut arriver chez des patients dépressifs n’ayant pas signalé à leur médecin qu’ils avaient connu des périodes d’euphorie anormale (donc des signes de troubles bipolaires). Cela se produit également chez des patients n’ayant jamais connu de phase maniaque et chez qui ces antidépresseurs ont révélé l’existence de troubles bipolaires jusque-là inexprimés.

Ainsi, lorsque les troubles bipolaires ne sont pas trop sévères, les antidépresseurs ne sont pas utilisés afin de ne pas risquer de provoquer des épisodes de manie. Si le patient peut supporter un peu plus longtemps les symptômes dépressifs, le médecin préfère souvent attendre que les régulateurs de l’humeur fassent leur effet (en quelques jours à quelques semaines). L’efficacité des thymorégulateurs sur le trouble bipolaire sera meilleure en l’absence d’antidépresseurs.

Comment bien utiliser les médicaments régulateurs de l’humeur ?

Il est indispensable de signaler la prise de thymorégulateurs à son pharmacien et à tout nouveau médecin consulté.

De plus, il faut veiller à ne pas se déshydrater (donc boire suffisamment) et à ne pas consommer trop ou trop peu d’aliments salés. Ainsi, un séjour dans un pays chaud nécessitera une plus grande surveillance et une adaptation de l’apport en sel. Il faut également veiller à ne pas consommer trop de substances diurétiques telles que le café ou le thé.

Un traitement de fond par un sel de lithium est toujours mis en place progressivement. L’ajustement de la dose efficace se fait grâce à une surveillance des concentrations de lithium dans le sang. Des dosages sanguins sont pratiqués tous les cinq jours en début de traitement, puis s’espacent. Lorsque le traitement est stabilisé, ces prises de sang sont faites tous les deux à trois mois. L’efficacité d’un traitement par les sels de lithium est évaluée après un à deux ans. Ce traitement dure plusieurs années, voire toute la vie.

La prise d’alcool est fortement déconseillée avec les sels de lithium. Il faut être extrêmement vigilant sur les risques d’interaction entre les sels de lithium et d’autres médicaments (par exemple les anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’ibuprofène ou l’acide niflumique).

Des analyses de sang sont également nécessaires en cas de traitement avec la carbamazépine (Tégrétol et ses génériques). Ces médicaments interagissent également avec de nombreux médicaments et, en particulier, diminuent l’efficacité des pilules contraceptives.

Quand peut-on arrêter le traitement de fond ?

Si les symptômes ont disparu durablement grâce au traitement de fond, un arrêt très progressif peut éventuellement être envisagé, mais seulement après plusieurs années. La décision en est toujours délicate, et de nombreux patients préfèrent continuer à prendre leur traitement de fond. Lors de l’arrêt du traitement de fond, le patient et son entourage doivent être extrêmement vigilants à l’éventuelle apparition de symptômes maniaques : sensation soudaine d’amélioration, querelles avec les membres de la famille, réapparition d’un tic, achats impulsifs, diminution du sommeil, frénésie d’appels téléphoniques, etc.


Quelle place pour les psychothérapies dans le traitement des troubles bipolaires ?

La forme d’aide la plus indiquée pour les malades maniaco-dépressifs et leurs proches est la psychoéducation, mais elle est toujours associée à un traitement médicamenteux. Cette thérapie éducative consiste à expliquer la maladie et ses traitements pour que le patient respecte le mieux possible la prescription du médecin, mais aussi pour que ses proches et lui soient capables de repérer rapidement des signes de rechute. La psychoéducation peut se faire par le biais de séances individuelles ou de sessions de groupe pendant lesquelles patients et entourage peuvent discuter de leur expérience et interroger le thérapeute. 

Les psychothérapies cognitives et comportementales, ou celles d’inspiration analytique, agissent peu sur les troubles proprement dits mais sont utiles pour permettre à la personne de travailler sur elle-même.

Qu’est-ce que la sismothérapie ?

La sismothérapie (électrochocs, ou électroconvulsivothérapie, ECT) a une mauvaise image auprès du public. Pourtant, cette forme de traitement peut être efficace pour soulager les phases maniaques ou dépressives aiguës résistantes aux médicaments. Elle consiste à provoquer une crise d’épilepsie à l’aide d’un courant électrique très bref (quelques dixièmes de seconde) appliqué sur les tempes lors d’une brève anesthésie générale. Un médicament destiné à relâcher les muscles est également injecté. Les mécanismes de son efficacité contre la psychose maniaco-dépressive sont encore peu connus. Ce traitement n’est pas douloureux et entraîne peu d’effets indésirables (confusion passagère au réveil, maux de tête, nausées, troubles de la mémoire qui s’atténuent après quelques jours ou semaines). Une cure de sismothérapie comporte en général huit à douze séances à raison de deux à trois séances par semaine.


Bien qu’il puisse être difficile à assumer, le rôle des proches dans le succès du traitement de la maniaco-dépression est fondamental. L’entourage peut s’impliquer en acquérant une meilleure compréhension de la maladie et de son traitement, en convainquant le malade de prendre ses médicaments, ainsi qu’en surveillant d’éventuelles rechutes.

Comprendre la situation

Vivre avec une personne bipolaire est complexe et difficile en l’absence de traitement. Les répercussions des troubles du comportement pendant les phases maniaques et le sentiment d’impuissance à soulager la souffrance des phases dépressives pèsent lourdement sur les relations familiales. Il est difficile pour l’entourage de ne pas en vouloir à la personne malade avant le diagnostic des troubles, et aussi bien après.

Les personnes atteintes de psychose maniaco-dépressive ont des attitudes différentes face à leur maladie. Certaines refusent d’admettre qu’elles sont malades, se sentent incomprises et rejetées par leurs proches, et sont agressives quand on leur parle de traitement. D’autres redoutent le prochain cycle et ont honte de leurs agissements. C’est avec culpabilité qu’elles réalisent les conséquences familiales et professionnelles de leur maladie.

Les associations de patients peuvent apporter une aide précieuse.

Aider la personne à se soigner

Les proches jouent un rôle essentiel dans la prise en charge médicale des troubles bipolaires. Ils peuvent convaincre la personne malade de consulter un spécialiste et aider au diagnostic en fournissant des indications sur les phases maniaques, souvent ignorées ou sous-estimées par le patient. Ils peuvent également constituer un soutien essentiel lors de la mise en place du traitement. Enfin, ils peuvent être vigilants sur l’apparition de signes maniaques annonçant une rechute.

Participer aux activités

Il est important que les proches participent aux activités psychoéducatives qui leur sont proposées. Ces activités améliorent leur connaissance de la maladie, proposent des attitudes à adopter pour aider le patient et leur fournissent l’opportunité d’échanger leur expérience avec d’autres familles touchées par les troubles bipolaires.


Sources et références de l'article "Troubles bipolaires"


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Brochure Patient « Troubles bipolaires » (GlaxoSmithKline)

Guide à l'usage des patients souffrant de troubles bipolaires et de leur entourage

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