Le choix d'un traitement chez une femme enceinte ou qui allaite

Mis à jour : Lundi 01 Juin 2015

Si la grossesse est une période durant laquelle il est préférable d'éviter de prendre des médicaments, il arrive que cela soit nécessaire. Dans certains cas, une absence de traitement pourrait en effet entraîner un risque pour la mère mais aussi pour l'enfant. Devant chaque situation, le médecin doit évaluer si le bénéfice d'un traitement pour la mère et l'enfant est supérieur au risque de ne pas traiter et au risque médicamenteux pour le fœtus.

Dans quelles situations la prescription de médicaments est-elle nécessaire chez une femme enceinte ?

femme enceinte chez son médecin

Dans certains cas, il est nécessaire de prescrire des médicaments à une femme enceinte.

Pour traiter une maladie aiguë de la grossesse

C’est le cas par exemple des infections urinaires, fréquentes pendant cette période, mais aussi de maladies plus bénignes telles qu’un rhume, une allergie, un mal de dos, etc. Est-il nécessaire de prendre des médicaments ? Quels produits choisir ? Ce sont les deux questions majeures auxquelles votre médecin répondra.

Pour compenser un déficit liée à la grossesse

Si votre médecin a identifié un déficit en vitamines ou en minéraux grâce aux examens sanguins demandés à l’issue d’une consultation, il prescrira des compléments minéraux et vitaminiques. Les prescriptions les plus fréquentes concernent le fer et la vitamine B9 (acide folique). Si vous êtes en bonne santé et que vous avez une alimentation équilibrée, un supplément en vitamines n’est, habituellement, pas indispensable.

Pour éviter les contractions précoces de l'utérus

Des médicaments peuvent vous être prescrits dans le cas d’une menace d’accouchement prématuré. Mais le repos reste indispensable dans ce cas.

Pour traiter une maladie chronique préexistante à la grossesse

La prise de médicaments peut s’avérer indispensable pour soigner une maladie chronique antérieure à votre grossesse, comme l’asthme, l’épilepsie, le diabète, etc. Si c’est votre cas, discutez de votre désir de grossesse avec le médecin qui vous suit pour votre maladie, afin de mesurer les risques pour vous et le bébé, ainsi que pour choisir le traitement le plus adapté. Il est possible qu’il vous conseille de reporter votre grossesse jusqu’à ce que votre maladie soit efficacement stabilisée par un traitement compatible avec la grossesse.

Il est également possible que le médecin décide d'interrompre votre traitement habituel. Par exemple, si vous preniez un traitement contre le cholestérol, il peut décider de le suspendre pendant la grossesse. En effet, un taux élevé de LDL-cholestérol (le « mauvais » cholestérol) ne représente un danger qu'après plusieurs années et ne justifie pas d'exposer le fœtus à un médicament. À l'inverse, il pourra décider de maintenir un traitement de fond contre l'asthme car une crise d'asthme peut être dangereuse pour le fœtus.

Le cas de l'homéopathie et de la phytothérapie pendant la grossesse
Pendant la grossesse, et pour les problèmes mineurs, les médicaments homéopathiques peuvent être une alternative sans danger, à l’exception des teintures mère et des dilutions 1 DH. La prudence reste donc de mise d’autant que certaines spécialités contiennent une association d’homéopathie et de substances relevant de la médecine classique. Dans tous les cas, assurez-vous auprès de votre pharmacien que cette association n’est pas contre-indiquée dans votre situation.
La phytothérapie n’est pas une thérapeutique anodine car les plantes peuvent avoir des effets négatifs sur le fœtus et aucune évaluation de ce type de produits n’a été faite à ce jour pendant la grossesse. N’utilisez des gélules à base de plantes qu’après avis médical.

Chez une femme enceinte, le médecin prend en compte la gravité de la maladie ; de plus, il évalue le risque de ne pas la soigner face aux risques de toxicité éventuelle des médicaments pour le fœtus.

Les critères de choix d'un médicament pendant la grossesse

Une fois que le médecin aura pris la décision de traiter, il effectuera le choix du ou des médicaments les plus efficaces parmi ceux qui sont connus pour être les moins risqués. Son choix se portera vers un médicament qui répondra aux caractéristiques suivantes :

  • avoir fait la preuve incontestable de son efficacité dans la maladie concernée ;
  • être commercialisé depuis longtemps ;
  • ne contenir, dans la mesure du possible, qu’un seul principe actif. En effet, il est plus difficile de prévoir la toxicité d’une association de principes actifs.

Les sources d'information du médecin pendant la grossesse

Votre médecin dispose de plusieurs sources d’information avant d’établir sa prescription. Les dictionnaires médicaux, comme le dictionnaire VIDAL, sont couramment utilisés. Les rubriques « Grossesse et allaitement » de chaque spécialité spécifient si le produit est autorisé, déconseillé ou contre-indiqué pendant ces périodes.

Il peut aussi contacter le Centre de renseignements sur les agents tératogènes (CRAT) ou le centre régional de pharmacovigilance (CRPV) le plus proche dont l’accès est réservé aux professionnels de santé. Cette démarche est nécessaire surtout lorsqu’une femme a pris des médicaments avant de savoir qu’elle était enceinte. Les centres de pharmacovigilance centralisent les données sur la toxicité des médicaments, en particulier pendant la grossesse. Ils donnent un avis écrit, fondé sur les données connues concernant le médicament pris.

Dans le cas le plus fréquent où la grossesse peut se poursuivre sans inquiétude, le médecin envoie ensuite au centre de pharmacovigilance un rapport sur le déroulement de la grossesse, de l’accouchement et sur l’état de santé du nouveau-né. C’est à partir de ces données qu’un médicament continue à être évalué après sa commercialisation. Les laboratoires pharmaceutiques ont aussi leur propre service de pharmacovigilance, et le médecin peut les contacter pour toute question sur un produit donné.

Les règles d'or de la prescription pendant la grossesse

  • Prescrire seulement lorsque le bénéfice attendu pour la mère est supérieur au risque encouru par le fœtus.
  • Le moins de principes actifs différents à la fois.
  • La posologie efficace la plus faible.
  • Le traitement le plus court.
  • Préférer les produits commercialisés de longue date.

Pendant l’allaitement, le bénéfice d’un traitement pour la mère doit être supérieur au risque encouru par le nouveau-né. En règle générale, le médicament est choisi parmi ceux dont le passage dans le lait est limité et dont l’élimination par la mère se fait le plus rapidement. Si le traitement peut être administré localement, ce mode d’administration est privilégié (plutôt qu’une prise de comprimés ou une injection).

Le médecin évalue la compatibilité entre la poursuite de l’allaitement et un traitement médicamenteux. La maladie permet-elle de continuer d’allaiter ? Si c’est le cas, un traitement est-il indispensable ? S’il faut avoir recours à des médicaments, quels sont ceux qui sont compatibles avec l’allaitement ? On peut distinguer trois types de situation.

Le médicament n'est pas contre-indiqué pendant l'allaitement.

femme qui allaite bébé

Il est néanmoins préférable de le prendre selon un horaire qui limite le plus possible sa présence dans le lait maternel au moment de la tétée. Le meilleur moment de prise se situe le plus souvent juste après une tétée, bien que cette règle ne soit valable que pour les médicaments d’élimination rapide. Il est parfois préférable de les prendre le soir après la dernière tétée, et de donner pour la nuit un biberon de votre propre lait que vous aurez prélevé dans la journée.

Votre médecin peut aussi vous conseiller une adaptation des horaires de tétée de façon à ce que votre enfant tète au moment où le médicament est le plus faiblement présent dans le lait. Malgré ces précautions, signalez tout de suite à votre médecin tout signe particulier qui vous semble inhabituel chez votre bébé : une baisse de tonus, une somnolence ou une hyperactivité, de l’irritabilité, de la diarrhée, une perte de poids ou un simple ralentissement de la prise de poids, ou encore une baisse du réflexe de succion.

La prise de médicaments contre-indiqués pendant l'allaitement ne peut être évitée.

Si le traitement est de courte durée, vous avez la possibilité de choisir un lait de substitution adapté à l’âge de votre enfant pendant la période d’interruption de l’allaitement. Pour maintenir la lactation, votre médecin pourra vous conseiller l’usage d’un tire-lait.

L'allaitement doit être définitivement arrêté.

Dans le cas d’une interruption après plusieurs semaines d’allaitement, l’arrêt progressif des tétées suffit habituellement à tarir le lait. Dans le cas d’un arrêt peu de temps après la naissance, un médicament inhibiteur de la lactation vous sera éventuellement prescrit.

Le rôle du pharmacien pendant la grossesse et l'allaitement
Pendant toute la période de votre grossesse et pendant l’allaitement, n’hésitez pas à solliciter le conseil de votre pharmacien. S’il le peut, il vous orientera vers des médicaments sans ordonnance et vous donner des conseils d’hygiène et de diététique. Si les symptômes persistent, par exemple une fièvre inexpliquée ou des douleurs abdominales, le pharmacien vous incitera à consulter votre médecin traitant au plus vite. Au vu de l’ordonnance de celui-ci, il vous donnera les conseils nécessaires au bon usage des médicaments prescrits.