Lutter contre les effets indésirables des chimiothérapies anticancéreuses

Mis à jour : Mercredi 21 Juin 2017

Les médicaments de chimiothérapie anticancéreuse sont redoutés pour leurs effets indésirables. Pourtant, de nombreux progrès ont été accomplis en terme de tolérance et une nouvelle génération de médicaments anticancéreux, les « thérapies ciblées », offre de nouvelles possibilités de traitement mieux tolérées.

Néanmoins, les chimiothérapies, qu’elles soient administrées par perfusion ou en comprimés, peuvent avoir un impact négatif sur la qualité de vie. La nature, l’intensité et la fréquence de leurs effets indésirables varient selon la substance utilisée, le dosage prescrit et la sensibilité de chaque patient. La présence ou l'absence d'effets indésirables n'est pas liée à l'efficacité du traitement.

Certains effets indésirables peuvent être limités ou évités grâce à des traitements préventifs ou des conseils pratiques. Parfois, ils nécessitent un changement de traitement anticancéreux ou l’administration d’un traitement destiné à les soulager. Dans tous les cas, il est essentiel d’en parler librement avec son équipe soignante.

Lutter contre les nausées et les vomissements liés aux chimiothérapies

eau citronnée

Le plus souvent, les nausées et les vomissements liés aux chimiothérapies débutent quelques heures après la perfusion. Ils persistent deux à trois jours.

Si vous ressentez cet effet indésirable, quelques mesures peuvent vous aider :

  • Vous pouvez boire de l’eau, une boisson gazeuse (les colas semblent soulager un peu les nausées) ou de l’eau citronnée bien fraîche, mais toujours à petites gorgées. En effet, la prise d’une grande quantité de liquide en une seule fois risque de provoquer un vomissement.
  • Les tisanes de gingembre frais pourraient aider à soulager les nausées. Certains patients recommandent les bonbons et les gommes à mâcher au menthol.
  • Prenez des repas légers et rapprochés ; mangez plutôt froid que chaud. Buvez entre les repas pour éviter de trop surcharger votre estomac.
  • Évitez les aliments gras ou épicés, les boissons alcoolisées, le café et le tabac.
  • Si vous vomissez à répétition, veillez à un apport suffisant de liquide et de sels minéraux, car les vomissements provoquent des pertes de liquide et même, dans certains cas, de la déshydratation. Les bouillons clairs sont une bonne manière de se réhydrater.
  • Après avoir vomi, rincez-vous la bouche avec un bain de bouche et ménagez votre estomac ; n’absorbez pas d’aliments solides pendant quelques heures.
  • Si vous ressentez des nausées après chaque cure de chimiothérapie (voire même juste avant une cure, du fait de l’anxiété), votre médecin pourra vous prescrire un traitement dit « antiémétique » (contre les vomissements).
  • Pour lutter contre les nausées liées à l’anxiété, les techniques de relaxation peuvent apporter un bénéfice.

Lutter contre les diarrhées liées aux chimiothérapies

La diarrhée est un effet indésirable fréquent lors de traitement par chimiothérapie anticancéreuse, quelle que soit la substance utilisée. Si vous ressentez ce type d’effet indésirable, voici quelques conseils pour essayer de réduire sa sévérité :

  • Mangez et buvez fréquemment de petites quantités d’aliments et de liquides. Faites attention à ne pas vous déshydrater. Il est parfois nécessaire de boire jusqu’à trois litres par jour (demandez conseil à votre médecin traitant). Alternez les différents types de liquides : eau, bouillons, tisanes, sodas un peu dégazéifiés, par exemple. Ne consommez pas de boissons caféinées qui accélèrent le transit intestinal : café, thé, colas, boissons énergisantes.
  • Évitez les plats épicés, gras ou frits. Vous pouvez adopter un régime dit « antidiarrhéique » : pâtes, riz, bananes bien mûres, compote de pommes, gelée de coing, pain grillé ou biscottes.
  • Attention aux aliments contenant du lactose, même si vous n’êtes pas intolérant à ce sucre du lait. Lisez la notice des aliments pour y rechercher cet ingrédient. Préférez les produits laitiers fermentés (yaourts, crème, fromages).
  • Évitez les plats à base de chou, de choux de Bruxelles ou de brocoli.
  • Un médicament antidiarrhéique de type lopéramide (qui ralentit le transit) pourra vous être prescrit par votre médecin, parfois à des doses plus élevées que celles indiquées sur la notice.
  • Si la diarrhée est accompagnée de fièvre ou de vomissements, consultez rapidement votre médecin.

Parfois, la diarrhée entraîne une irritation de l’anus. Dans ce cas :

  • nettoyez-le avec un savon doux et de l’eau tiède après chaque selle ;
  • appliquez ensuite une crème protectrice, de type crème pour les mains ;
  • parfois, un bain de siège tiède peut soulager les douleurs.

Parce que certains médicaments de chimiothérapie agissent en inhibant la multiplication cellulaire (pour lutter contre la croissance des tumeurs), ils ont également tendance à inhiber la multiplication d’autres cellules indispensables de notre corps : globules rouges et blancs, plaquettes sanguines, cellules de la peau et des muqueuses, cellules des bulbes pileux, par exemple.

Avant chaque cure de chimiothérapie, des prises de sang permettent de vérifier les concentrations sanguines de globules blancs, de globules rouges et de plaquettes. En dessous d'un certain seuil, la séance de chimiothérapie peut être remise à plus tard. On parle d’ « aplasie » lorsque se produit, une à trois semaines après une chimiothérapie, une baisse importante et simultanée du nombre de globules blancs, de globules rouges et de plaquettes.

Lutter contre l'anémie liée aux chimiothérapies

Lorsqu’un traitement de chimiothérapie bloque ou ralentit la production de nouveaux globules rouges, le patient souffre d’anémie. Parce que les globules rouges sont chargés de transporter l’oxygène depuis les poumons jusqu’aux organes, l’anémie se traduit par de la fatigue (qui n’est pas soulagée par le repos), un essoufflement à l’effort et une pâleur des muqueuses.

Si vous ressentez ce type de symptômes, il est important de consulter rapidement votre médecin traitant. Il pourra décider de vous prescrire des injections d’érythropoïétine, un facteur de croissance qui stimule la production de globules rouges par la moelle osseuse. Dans certains cas particulièrement graves, une transfusion sanguine peut être nécessaire.

Lutter contre l'effet de la chimiothérapie sur les globules blancs (leucopénie)

Lorsque la multiplication des globules blancs est inhibée par les médicaments de chimiothérapie, on parle de « leucopénie » ou de « neutropénie ». La leucopénie augmente le risque d’infection, les globules blancs étant impliqués dans la réponse immunitaire. Elle survient le plus souvent entre le huitième et le douzième jour qui suit la chimiothérapie.

En cas de fièvre (plus de 38,5°C ou plus de 38°C pendant plus de six heures) ou si vous ne vous sentez pas bien (frissons, diarrhées ou vomissements importants), mieux vaut consulter immédiatement votre médecin traitant. Si vous souffrez de leucopénie, il sera peut-être nécessaire de vous prescrire des injections de facteurs de croissance destinés à stimuler la production des globules blancs par le moelle osseuse.

Lutter contre l'effet de la chimiothérapie sur les plaquettes sanguines (thrombopénie)

Comme les globules rouges et blancs, le nombre de plaquettes sanguines dans le sang peut diminuer lors de chimiothérapie anticancéreuse. On parle alors de « thrombopénie ». Parce que les plaquettes sanguines sont un élément essentiel de la coagulation sanguine, leur diminution en deçà d’une certaine concentration sanguine augmente le risque de saignements, d’ecchymoses (« bleus »), d’hématomes (poche de sang sous la peau ou dans un organe), voire d’hémorragie.

Si vous avez l’impression de saigner plus longtemps ou d’avoir fréquemment des bleus, parlez-en rapidement avec votre médecin traitant. Parfois, il est nécessaire de pratiquer une transfusion de sang ou de plaquettes.


Lutter contre la chute des cheveux liée aux chimiothérapies

perte de cheveux après chimio

La chute des cheveux (ou « alopécie ») est l’un des effets indésirables des chimiothérapies les plus redoutés par les patients. Pourtant, elle n’est pas toujours présente. En effet, le risque de perdre ses cheveux varie selon les médicaments utilisés et la dose administrée, ainsi que la nature des cheveux. Cet effet indésirable est temporaire : les cheveux repoussent six à huit semaines après la fin de la chimiothérapie, parfois avec une structure légèrement différente.

Lorsqu’elle survient, la perte de cheveux débute deux à trois semaines après la première perfusion. Elle peut être progressive ou brutale, et affecter les cils, les sourcils et les poils pubiens. L’alopécie est due à l’effet inhibiteur des médicaments de chimiothérapie sur la multiplication des cellules des bulbes pileux.

De plus en plus fréquemment, l’usage d’un casque réfrigérant pendant la perfusion du traitement parvient à prévenir la chute des cheveux. En effet, ce casque provoque une réduction du diamètre des vaisseaux sanguins du cuir chevelu ce qui réduit la diffusion locale du médicament et protège les cellules des bulbes pileux.

De la même manière, pour protéger ses cils et ses sourcils, il peut être utile de placer sur les yeux un pain de glace enveloppé dans une charlotte. Ce pain de glace n'étant pas fourni par l'hôpital, il faudra l'apporter de chez soi dans une glacière.

D’une manière générale, il est recommandé de prendre les mesures pour ne pas trop agresser les cheveux avant, pendant et après une chimiothérapie. Pour cela, il est conseillé de :

  • se laver les cheveux la veille de la séance de chimiothérapie, puis ne plus les laver pendant trois à huit jours après la séance ;
  • ne pas se laver les cheveux trop fréquemment ;
  • utiliser un shampoing doux et une brosse douce ;
  • éviter de vous sécher les cheveux avec un séche-cheveux trop chaud ;
  • éviter les bigoudis chauffants, brushing, teintures, balayages et permanentes.

Lutter contre les problèmes d'ongles liés à la chimiothérapie

Comme les cheveux, les ongles peuvent être le siège d’effets indésirables liés à la chimiothérapie. Ils deviennent cassants, striés et ondulés et finissent parfois par tomber.

Lors de la perfusion, il est possible d’enfiler des moufles et des chaussettes réfrigérantes qui limiteront la diffusion du médicament dans les extrémités. De plus, la pose d’un vernis au silicium (deux couches, vernis disponible en pharmacie) peut empêcher les ongles de devenir cassants. Les changements de coloration peuvent être dissimulés par deux couches d’un vernis opaque foncé.

Quelques mesures de prévention peuvent également être bénéfiques :

  • utiliser des gants pour faire les travaux ménagers ou le jardinage ;
  • appliquer une crème hydratante protectrice sur les mains et les protéger du froid ;
  • couper ses ongles court afin d'éviter qu'ils se fissurent ou se soulèvent.

Lutter contre les problèmes de peau liés aux chimiothérapies

crème hydratante

Les chimiothérapies anticancéreuses peuvent parfois entraîner l’apparition de rougeurs, de plaques, un dessèchement de la peau (qui provoque des démangeaisons ou des tiraillements) ou de l’acné.

La prévention et les soins reposent sur des mesures simples :

  • appliquez une crème hydratante (« émolliente ») deux fois par jour, dont une fois après la toilette ;
  • évitez les savons agressifs (préférez un pain surgras) et séchez-vous en tapotant la peau avec une serviette en coton ;
  • l’exposition de la peau à la chaleur est déconseillée : ne prenez pas de bains chauds ;
  • l’application d’un écran solaire total sur les parties exposées au soleil est préférable ;
  • portez des vêtements amples. Préférez des matières douces comme le coton ou la soie plutôt que le synthétique. Les pansements adhésifs ou les bandages serrés sont à éviter.

Lutter contre les lésions de la bouche liées aux chimiothérapies (mucite)

Les muqueuses (surfaces internes) de la bouche peuvent être fragilisées par la chimiothérapie. Des lésions peuvent apparaître (rougeurs, aphtes) qui sont douloureuses. Cet effet indésirable est appelé « mucite » (inflammation d'une muqueuse) ou « stomatite » (inflammation de la muqueuse de la bouche).

Il est possible de réduire leur sévérité, voire de prévenir leur apparition :

  • des bains de bouche peuvent être prescrits par le médecin, à faire après chaque repas (de préférence sans alcool pour ne pas dessécher la muqueuse) ;
  • l’usage d’une brosse à dents souple (comme celle prescrite après une chirurgie de la bouche) et d’un dentifrice peu abrasif est préférable ;
  • pour soulager la douleur, il est possible de sucer de la glace, de manger des sorbets ou de sucer des pastilles à la lidocaïne (contre les maux de gorge) ;
  • prévenir la sécheresse de la bouche est essentiel : buvez suffisamment ;
  • si vous avez l’impression de ne pas saliver suffisamment, demandez à votre médecin de vous prescrire un substitut salivaire (en pharmacie) ;
  • préparez-vous des aliments moelleux et riches en eau faciles à avaler (attention aux biscuits, chips, noix, gruyère, ananas, vinaigrette, citron, etc.) ;
  • évitez le tabac et les boissons alcoolisées ;
  • protégez également vos lèvres avec un stick adapté.

Qu'est-ce que le syndrome main-pied ?

Le syndrome main-pied se caractérise par des rougeurs, un gonflement (œdème), de la sécheresse, voire des cloques au niveau de la paume des mains et de la plante des pieds.

Pour prévenir ce syndrome, il peut être utile de prévoir une manucure et une pédicure avant de commencer le traitement, en particulier si de la corne est déjà présente sur les mains et les pieds. Attention aux activités qui entraînent des frottements répétés sur la peau ou une pression sur les mains comme les activités ménagères, la conduite, le jardinage, etc. La course à pied ou la marche prolongée sont déconseillés en cas de syndrome main-pied.

Si vous souffrez du syndrome main-pied, appliquez régulièrement une crème hydratante sur la peau des mains et des pieds.

Lutter contre les fourmillements dans les pieds et les mains

Certains médicaments de chimiothérapie ont un effet toxique sur les nerfs des extrémités (mains, pieds, jambes). Ils peuvent entraîner des troubles de la sensibilité, appelés « paresthésies » ou « neuropathies périphériques », qui se manifestent par des sensations d'engourdissement, de fourmillement, de ruissellement, de picotement, voire de décharge électrique, parfois douloureuses.

Il n’existe pas de moyens de prévenir ou de traiter ces troubles de la sensibilité. S'ils entraînent un handicap (difficulté à saisir un objet, difficultés à marcher, par exemple), le médecin peut décider d’arrêter le traitement et de le remplacer par d'autres médicaments. Dans les cas les moins sévères, il existe des crèmes localement anesthésiantes à base de capsaïcine (la substance responsable du piquant des piments) qui peuvent apporter un soulagement temporaire.


Lutter contre la fatigue liée aux chimiothérapies

Pendant le traitement d’un cancer, la fatigue est fréquente. Il est souvent difficile d’en distinguer les causes, entre la maladie elle-même, les traitements, l’anxiété voire la dépression, les nausées et la perte d’appétit, les douleurs, les troubles du sommeil, etc. De plus, une éventuelle anémie, même modérée, peut contribuer à cette sensation de fatigue qui n’est pas soulagée par le repos.

La fatigue ne doit pas être considérée comme une fatalité. Mieux vaut en parler avec son médecin traitant, pour être certain que toutes les causes possibles et les options de traitement ont été envisagées. Pour la soulager, la fatigue est souvent prise en charge par une équipe pluridisciplinaire : kinésithérapeutes, ergothérapeutes, diététiciens, etc.

De nombreux patients signalent qu’une activité physique régulière, adaptée aux capacités de chacun, contribue à soulager la fatigue. De nombreux centres de traitement anticancéreux proposent des ateliers adaptés, ainsi que certaines associations sportives. Pour celles et ceux qui le préfèrent ou qui n’ont pas accès aux activités organisées, la marche (une demi-heure par jour), la natation ou le vélo peuvent également soulager la fatigue.

Mieux vaut discuter avec son équipe soignante de la reprise d’une activité sportive, afin de vérifier qu’elle est compatible avec la maladie et ses traitements, notamment pour le tennis, le golf et les sports de combat.

D’autres mesures peuvent aider les personnes qui souffrent de fatigue :

  • établir des priorités en terme d’activités (par nécessité ou par plaisir) ;
  • prévoir des moments de repos dans la journée ;
  • accepter de se faire aider pour les tâches quotidiennes (ménage, cuisine, courses, etc.) : l’assistante sociale de l’hôpital pourra vous conseiller pour trouver des aides financières.

Lutter contre les troubles de la sexualité liés aux chimiothérapies

Les personnes atteintes de cancer, dont celles qui reçoivent une chimiothérapie, se plaignent souvent de l’impact de leur maladie sur la qualité de leur vie sexuelle. Comme pour la fatigue, il existe de nombreuses causes aux troubles de la sexualité lors de cancer : anxiété, perturbation de l’image de soi, fatigue, nausées et vomissements, douleurs, troubles de la sensibilité cutanée, dépression, mais aussi troubles de l’érection et sécheresse vaginale.

Pour retrouver une sexualité satisfaisante, une approche multidisciplinaire est nécessaire : médecin, psychologue, gynécologue ou urologue, éventuellement sexologue. Des crèmes, des gels ou des lubrifiants peuvent soulager les problèmes de sécheresse vaginale et diminuer la douleur lors des rapports sexuels. De plus, les troubles de l’érection peuvent être traités par des traitements appropriés.

Chez les femmes non ménopausées, une irrégularité voire un arrêt des règles est parfois observé lors de chimiothérapie. Il peut persister plusieurs mois après la fin des traitements. Dans certains cas, une ménopause peut être induite par la chimiothérapie. Ce risque existe à partir de 40 ans et augmente avec l'âge.

Attention, chez les femmes en âge de procréer, une contraception non hormonale (stérilet au cuivre, préservatifs) est nécessaire pendant toute la durée de la chimiothérapie à cause des risques de malformations et de fausses couches que peut provoquer la chimiothérapie pendant le premier trimestre de grossesse.


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