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Ail

Mis à jour : Mercredi 01 Août 2012

Depuis des siècles, l'ail est à la fois un aliment essentiel dans de nombreuses traditions culinaires et une plante utilisée en phytothérapie. Proposé principalement pour préserver la santé des vaisseaux sanguins en luttant contre l'excès de cholestérol et l'hypertension artérielle, l'ail n'a pour l'instant montré qu'une activité modeste dans ce domaine.

Origine et usages de l'ail

ail

Originaire d’Asie centrale ou du Caucase, l’ail (Allium sativum) est une plante cultivée et consommée depuis plus de 5 000 ans. De tout temps, il a été considéré comme une panacée : dans la Rome antique, Pline l’Ancien dénombrait soixante et une maladies soignées par l’ail. Avant la découverte des antibiotiques, les gousses d’ail écrasées étaient utilisées comme antiseptique dans le traitement des plaies.

Aujourd'hui, les gousses d'ail sont proposées pour prévenir les maladies cardiovasculaires, en particulier en fluidifiant le sang et en luttant contre l'excès de cholestérol et l'hypertension artérielle.

Les autres usages traditionnels de l’ail
Traditionnellement, l'ail est employé par voie orale dans le traitement des rhumes et des infections respiratoires, ainsi que pour l'élimination des vers intestinaux. En application locale, il est proposé pour brûler les verrues et pour traiter les mycoses de la peau (infections dues à des champignons microscopiques).

Comment l'ail agit-il ?

Les gousses d’ail contiennent des acides phénols (responsables de leurs propriétés antiseptiques) et des flavonoïdes. Mais leur composé le plus important est l’alliine qui, une fois l’ail broyé, est transformée en allicine sous l’action d’une enzyme présente dans les gousses. En présence d’oxygène, l’allicine se transforme ensuite en composés soufrés (di- et trisulfure d’allyle, trisulfure de méthyle, ajoènes, etc.) qui semblent être les principes actifs responsables des effets thérapeutiques de l’ail. Le mécanisme d’action de ces composés soufrés reste mal connu.

Quelques autres plantes utilisées pour réduire les taux de cholestérol
La phytothérapie traditionnelle utilise également les plantes suivantes pour lutter contre l’excès de cholestérol :
  • Artichaut (Cynara scolymus)
  • Avoine (Avena sativa)
  • Canneberge (Vaccinium macrocarpon)
  • Guggul (Commiphora wightii)
  • Soja (Glycine soja)

Quelle efficacité pour l'ail ?

L’ail est une plante qui a fait l’objet d’un très grand nombre d’études chez l’homme : plus de deux mille ! Globalement, ces études cliniques (qui ont porté sur l’ail frais ou sur des extraits standardisés) n’ont montré qu’une efficacité modeste dans le contrôle du cholestérol sanguin ou de la pression artérielle.

Plusieurs analyses croisées (méta-analyses) ont porté sur les essais cliniques les plus rigoureux sur le plan scientifique. Elles révèlent que l'administration quotidienne d'ail ne semble réduire les taux de cholestérol total et de cholestérol LDL (le « mauvais » cholestérol) que de 4 à 6 %, ce qui semble insuffisant pour entraîner un bénéfice dans la prévention des maladies cardiovasculaires. Les effets de l'ail sur la pression artérielle semblent également modestes.

Les effets anticoagulants de l’ail ont été confirmés expérimentalement. Ces effets, ajoutés à ceux observés sur le cholestérol et la pression artérielle, pourraient contribuer à la prévention de certaines maladies vasculaires comme les accidents vasculaires cérébraux (les « attaques cérébrales »). Mais les études confirmant cette hypothèse restent à mener.

Des études épidémiologiques ont montré que les personnes qui consomment de grandes quantités d’ail ont un risque plus faible de développer un cancer de l’estomac, du côlon ou de la prostate. Néanmoins, il est probable que cette observation soit plutôt liée à leur comportement alimentaire dans son ensemble (les gros consommateurs d’ail sont souvent végétariens).

Les usages de l’ail contre les infections respiratoires, les vers intestinaux et les problèmes de peau reposent sur la tradition, sans étude clinique pour les évaluer.

Ce qu'en pensent les autorités de santé

... l'OMS

L’Organisation mondiale de la santé considère comme « cliniquement établi » l’usage de l’ail comme un « traitement adjuvant [complémentaire] aux mesures alimentaires destinées à diminuer les taux de lipides dans le sang (cholestérol et triglycérides) » et admet que l’ail « peut être utile lors d’hypertension artérielle modérée ». L’OMS considère comme « traditionnel » l’usage de l’ail dans « le traitement des infections respiratoires, des vers intestinaux, des troubles digestifs et de l’arthrose ».

... la Commission E

La Commission E du ministère de la Santé allemand reconnaît l’usage de l’ail dans « le traitement adjuvant des régimes destinés à diminuer les lipides du sang, et dans la prévention des modifications vasculaires liées à l’âge ».

... l'ESCOP

La Coopération européenne en phytothérapie reconnaît l’usage de l’ail « dans la prévention de l’athérosclérose (le dépôt de cholestérol sur la paroi des artères), dans le traitement des excès de lipides dans le sang non contrôlés par un régime alimentaire, et dans le traitement des infections respiratoires (sans preuve clinique) ».

... le NIH

Les Instituts nationaux de la santé américains considèrent comme « fondé sur de bonnes évidences scientifiques » l’usage de l’ail pour « diminuer modérément les taux sanguins de cholestérol (total et LDL) sur une durée de quatre à douze semaines ». Ils relèvent que peu de données existent sur un effet plus durable ou sur un effet positif de l’ail sur le cholestérol HDL (le « bon » cholestérol).

Comment utiliser l'ail ?

Formes et dosage de l'ail

Les doses quotidiennes d'ail frais conseillées aux personnes souhaitant protéger leurs vaisseaux sanguins varient selon les sources. L'OMS recommande une consommation quotidienne de quatre gousses d'ail frais alors que la Commission E penche plutôt pour une gousse d'ail frais par jour.

Dans les produits manufacturés, l’ail se présente souvent sous la forme d’ail séché ou « vieilli » (fermenté). On trouve également des extraits d’ail. Des produits à base d’ail dit « désodorisé » existent, mais leur taux de substances actives est plus faible. Pour l’ensemble de ces produits, il convient de respecter les doses conseillées par les fabricants.

Dans tous les cas, il est préférable d’ingérer les produits à base d’ail pendant les repas pour prévenir les irritations de l’estomac. En application locale sur la peau (ail frais broyé ou en tranche, jus ou huile d’ail), il convient de rester prudent : l’ail peut provoquer des brûlures.

Contre-indications de l'ail

La seule contre-indication de l’ail concerne les personnes qui souffrent de porphyrie, une maladie génétique rare.

Effets indésirables et surdosage de l'ail

L’ail doit être consommé avec modération, car il peut être irritant pour l’estomac et l’appareil urinaire. De plus, l’élimination par la bouche et les poumons des composés soufrés est responsable de l’haleine caractéristique du mangeur d’ail. Pour masquer ces mauvaises odeurs, il est possible de mâcher des feuilles de persil, un chewing-gum mentholé, de la réglisse, de l’anis vert ou un grain de café.

L’application d’ail sur la peau peut entraîner des brûlures et des réactions allergiques.

Interactions de l'ail avec d'autres substances

Parce que l’ail inhibe partiellement la coagulation sanguine, les personnes qui prennent des médicaments anticoagulants (fluidifiants du sang) devraient s’abstenir de consommer de grandes quantités d’ail, ainsi que celles qui vont subir une intervention chirurgicale.

De plus, il est préférable de ne pas prendre d'ail avec d'autres plantes anticoagulantes (par exemple, le ginkgo, le ginseng, l'éleuthérocoque, le saule blanc, le kava, la fève tonka, etc.) ou avec des huiles de poisson (qui sont parfois prescrites aux personnes qui présentent un excès de triglycérides).

De plus, à des doses thérapeutiques, l’ail pourrait interagir avec les médicaments des troubles de la thyroïde, avec certains traitements contre l’infection par le VIH/sida (saquinavir et ritonavir) et avec un médicament contre l’hyperplasie bénigne de la prostate (Permixon, qui contient du palmier nain, Serenoa repens). L’ail pourrait également déséquilibrer un traitement contre le diabète jusque-là efficace.

Ail, grossesse et allaitement

Si la consommation d’ail à des fins alimentaires ne pose aucun problème pendant la grossesse, son usage thérapeutique est déconseillé du fait de ses propriétés anticoagulantes.

Les femmes qui allaitent doivent garder à l'esprit que les substances qui donnent à l'ail son odeur passent dans le lait maternel. Un essai clinique contrôlé avec placebo a montré que les nourrissons allaités par des mères consommant de grandes quantités d'ail ont tendance à s'alimenter davantage, mais certains nourrissons semblent néanmoins ne pas connaître les résultats de cette étude...

L'ail chez les enfants

La consommation d’ail ne pose pas de problème chez l’enfant, mais son usage thérapeutique par voie orale n’a pas d’intérêt à cet âge. Attention, l’application locale d’ail sur la peau des enfants peut causer de sérieuses brûlures, en particulier chez les nourrissons. Mieux vaut s’en abstenir.

L'avis du spécialiste sur l'ail

Les produits manufacturés à base d’ail sont extrêmement variés dans leur composition. Alliine, allicine, ail vieilli, ail désodorisé... il est difficile de s’y retrouver. Mieux vaut enrichir son alimentation en ail, à condition de penser à laisser l’ail émincé ou écrasé reposer au moins une demi-heure à l’air libre avant de le cuisiner, afin que les composés soufrés bénéfiques aient le temps de se former.

Sources et références

  • Guide des plantes qui soignent, Vidal, 2010
  • PDR for Herbal Medicines 4th edition, Thomson Healthcare, US 2007
  • European Scientific Cooperative On Phytotherapy Monographs - The Scientific Foundation for Herbal Medicinal Products 2nd edition, ESCOP, UK 2003
  • PDR for Nutritional Supplements, Thomson PDR, US 2001
  • The Complete German Commission E Monographs - Therapeutic Guide to Herbal Medicines, American Botanical Council, US 1998

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