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Chardon-Marie

Mis à jour : Lundi 18 Août 2014

Comme l’artichaut et les autres plantes dites « amères », le chardon-Marie est traditionnellement utilisé pour soulager les troubles digestifs liés à une insuffisance de production de bile. Récemment, l’efficacité des extraits de chardon-Marie a été étudiée dans le traitement des hépatites aiguës ou chroniques, d’origine toxique ou virale. Les résultats de ces études sont trop discordants pour qu’il soit possible d’en tirer des conclusions sur l’efficacité des extraits de chardon-Marie dans ces indications.

Décision des autorités de santé européennes

En 2012, les autorités de santé européennes (EFSA, European Food Safety Authority et la Commission européenne) se sont prononcées sur certaines allégations santé des produits contenant des extraits de graines de chardon-Marie (silymarine). Après examen des données scientifiques, elles ont estimé que les compléments alimentaires contenant de la silymarine ne peuvent PAS prétendre améliorer la production et la qualité du lait chez les femmes qui allaitent.

Cette revendication d’effet est désormais interdite pour les produits contenant de la silymarine.

Origine et usages du chardon-Marie

chardon-marie

Le chardon-Marie (Sylibum marianum) est une plante que l’on trouve couramment dans l’ensemble du Bassin méditerranéen et en Amérique du Nord. Haut d’environ 1,50 m, le chardon-Marie se caractérise par ses feuilles épineuses marbrées de blanc et par ses fleurs d’un rose intense. Autrefois, les feuilles et les boutons du chardon-Marie étaient utilisés dans l’alimentation.

En phytothérapie, on récolte ses fruits que l'on fait sécher (appelés improprement « graines »). Ils sont préconisés pour stimuler la production de bile par le foie dans le traitement des digestions difficiles et pour prévenir la formation de calculs biliaires. Depuis quelques années, des extraits standardisés de chardon-Marie sont proposés dans le traitement des maladies du foie (hépatites toxiques et virales, cirrhose), en complément des traitements classiques.

Les autres usages traditionnels du chardon-Marie
Le chardon-Marie est également proposé pour favoriser la montée de lait, pour régulariser les règles et pour soulager la constipation et les varices.

Comment le chardon-Marie agit-il ?

Les fruits séchés du chardon-Marie contiennent des flavonoïdes, des stérols et des huiles ; mais leur effet thérapeutique repose essentiellement sur leur concentration en silymarine, un mélange de flavonolignanes tels que les silybines, les isosilybines, la silychristine et la silydiamine.

Les effets de la sylimarine sur les cellules du foie sont multiples : elle change la structure de leur membrane, diminuant ainsi la pénétration de substances toxiques (alcool, médicaments, toxines végétales, poisons animaux, etc.) ; elle stimule la production de protéines, améliorant la régénération et la multiplication de ces cellules ; elle diminue certaines réactions inflammatoires provoquées par les cellules immunitaires présentes dans le foie. Récemment, ces effets ont également été observés sur des cellules de rein.

Quelques autres plantes utilisées pour le foie
La phytothérapie traditionnelle utilise également les plantes suivantes pour les problèmes de foie :
  • Artichaut (Cynara scolymus)
  • Boldo (Peumus boldus)
  • Fumeterre (Fumaria officinalis)
  • Gentiane jaune (Gentiana lutea)
  • Pissenlit (Taraxacum officinale)
  • Romarin (Rosmarinus officinalis)

Quelle efficacité pour le chardon-Marie ?

Les études cliniques sur le chardon-Marie ont utilisé des extraits standardisés contenant au moins 70 % de silymarine. L’usage des fruits séchés dans les troubles de la digestion n’a fait l’objet d’aucune étude.

L’efficacité et la sécurité des extraits de chardon-Marie ont été évaluées chez des patients souffrant de troubles hépatiques divers : hépatite et cirrhose alcooliques, intoxication par des produits chimiques, des médicaments ou un champignon vénéneux (l’amanite phalloïde), infections virales aiguës ou chroniques (hépatites A, B ou C).

Dans leur ensemble, et en dépit de l’utilisation d’un placebo, ces nombreuses études cliniques souffrent de lacunes méthodologiques : groupes de patients insuffisamment nombreux, troubles hépatiques mal définis, études de courte durée, etc. Une analyse croisée de treize études cliniques choisies pour leurs qualités méthodologiques, effectuée par la Cochrane Collaboration, a conclu qu’il était impossible en l’état de se prononcer sur l’efficacité (ou l’absence d’efficacité) des extraits de chardon-Marie dans le traitement des troubles du foie liés à une intoxication ou à une infection virale. Les avis de l’OMS et de la Commission E, favorables à l’usage du chardon-Marie dans ces indications, précèdent la publication de cette analyse croisée.

Malgré l’absence d’études, dans certains pays européens, des médicaments injectables contenant de la silymarine sont prescrits dans le traitement des intoxications par l’amanite phalloïde, un champignon mortel pour lequel il n’existe pas de traitement spécifique.

Ce qu’en pensent les autorités de santé

... l’EFSA

En 2012, l'EFSA (European Food Safety Authority) et la Commission européenne se sont prononcées sur certaines allégations santé des produits contenant des extraits de graines de chardon-Marie (silymarine). Après examen des données scientifiques, elles ont estimé que les compléments alimentaires contenant de la silymarine ne peuvent pas prétendre améliorer la production et la qualité du lait chez les femmes qui allaitent.

... l’OMS

En 2004, l’Organisation mondiale de la santé reconnaît comme « cliniquement validé » l’usage d’extraits standardisés de chardon-Marie comme « traitement complémentaire des hépatites aiguës et chroniques provoquées par l’abus d’alcool, certains médicaments et des substances toxiques ». Elle considère comme « traditionnel » l’usage des fruits séchés dans le « traitement des troubles digestifs et des calculs biliaires ».

... la Commission E

En 1998, la Commission E du ministère de la Santé allemand a reconnu l’usage des fruits de chardon-Marie dans le « traitement des troubles digestifs » et celui des extraits dosés à au moins 70 % de silymarine dans « les hépatites toxiques et le traitement complémentaire des hépatites chroniques et de la cirrhose hépatique ».

Comment utiliser le chardon-Marie ?

Formes et dosage du chardon-Marie

Moulus, les fruits séchés du chardon-Marie sont utilisés à la dose de 3,5 g pour 150 ml d’eau, en décoction d’une demi-heure, avec trois prises de 150 ml de décoction par jour. Les doses utilisées dans les études cliniques variaient de 140 à 210 mg d’extraits normalisés à 70 ou 80 % de silymarine, une à trois fois par jour avant les repas. Dans certains produits, ces extraits sont associés à de la phosphatidylcholine pour en améliorer l’absorption intestinale. Les maladies du foie (hépatite, cirrhose) ne doivent pas être traitées sans avis médical.

Contre-indications du chardon-Marie

Les personnes allergiques aux plantes de la famille des astéracées (anciennement composées : ambroisie, armoise, camomille, chrysanthème, échinacée, par exemple) doivent éviter de prendre du chardon-Marie. Celui-ci est déconseillé chez les personnes qui souffrent d’une crise aiguë d’obstruction des voies biliaires (crise de calculs).

Effets indésirables et surdosage du chardon-Marie

Les effets indésirables du chardon-Marie sont mineurs : troubles gastro-intestinaux légers, diarrhée passagère. Les personnes allergiques aux astéracées peuvent développer des symptômes allergiques : œdème, démangeaisons, etc.

Interactions du chardon-Marie avec d’autres substances

La silymarine ayant tendance à favoriser l’élimination des substances chimiques par le foie, certains médicaments pourraient voir leur concentration dans le sang baisser et donc leur efficacité diminuer. Si vous prenez un traitement, consultez votre médecin avant de prendre des produits à base de chardon-Marie.

Certaines interactions particulières ont été décrites entre la silymarine et des médicaments antiallergiques sédatifs (Phénergan, Primalan, Quitadril, Théralène, par exemple), le métronidazole (un anti-infectieux, par exemple dans Flagyl, Birodogyl ou Rodogyl), des médicaments antipsychotiques (par exemple Haldol ou Dipipéron) ou la yohimbine (Yocoral, Yohimbine Houdé).

Chardon-Marie, grossesse et allaitement

Selon l’Organisation mondiale de la santé, les femmes enceintes et celles qui allaitent ne devraient pas prendre de produits à base de chardon-Marie (même si ce dernier était autrefois utilisé pour favoriser la montée de lait).

Le chardon-Marie chez les enfants

L’usage du chardon-Marie chez les personnes de moins de dix-huit ans est déconseillé par l’Organisation mondiale de la santé.

L'avis du spécialiste sur le chardon-Marie

La silymarine est une substance intéressante pour ses propriétés protectrices sur les cellules du foie. Elle est populaire chez les personnes qui souffrent de troubles chroniques du foie, en particulier dans les pays anglo-saxons et germaniques. Il est regrettable que les études portant sur la silymarine soient entachées de lacunes méthodologiques. Espérons qu'une étude sérieuse viendra bientôt apporter des informations objectives sur son intérêt thérapeutique dans les maladies hépatiques.

Sources et références

  • EU Register on nutrition and health claims, EFSA, 2014
  • Guide des plantes qui soignent, Vidal, 2010
  • PDR for Herbal Medicines 4th edition, Thomson Healthcare, 2007
  • European Scientific Cooperative On Phytotherapy Monographs - The Scientific Foundation for Herbal Medicinal Products 2nd edition, ESCOP, 2003
  • PDR for Nutritional Supplements, Thomson Healthcare, 2001
  • The Complete German Commission E Monographs - Therapeutic Guide to Herbal Medicines, American Botanical Council, 1998

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