En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts. En savoir plus et gérer ces paramètres.x

Dépression : étude française du risque d’hypertension artérielle sous inhibiteur de la recapture de la sérotonine

1
2
3
4
5
(aucun avis)
vu par 5123 lecteurs
Deux antidépresseurs inhibant la recapture de la sérotonine, la paroxétine et la sertraline, ont un risque d’hypertension mentionné dans leurs mentions légales. Qu’en est-il des autres médicaments de cette classe ?
 
Le Dr Xavier Humbert et ses collaborateurs de 4 centres régionaux de pharmacovigilance français ont procédé, pour le déterminer, à l’analyse des données en vie réelle de la base française de pharmacovigilance (FPVDB) et celle de l’OMS (VigiBase).
 
Les résultats de cette analyse, publiés dans 
Fundamental & Clinical Pharmacology le 29 novembre 2018 1, montrent un signal significatif de pharmacovigilance associant les 6 inhibiteurs de la recapture de la sérotonine étudiés et le développement ou l’aggravation d’une hypertension artérielle.

Une personne sur 5 a souffert ou souffrira d'une dépression au cours de sa vie (illustration).

 
L'hypertension artérielle, un effet secondaire possible de nombreux médicaments
Plusieurs médicaments exposent à des risques d'augmentation de la tension artérielle, dont les antidépresseurs tricycliques, les inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO), mais aussi AINS, vasoconstricteurs nasaux, etc.
 
Un tel risque est également mentionné dans les RCP (résumé des caractéristiques du produit) de la paroxétine et la sertraline, inhibiteurs de la recapture de la sérotonine.
 
Voici un tableau proposé par la Revue Médicale Suisse en 2014 2 (libre accès) et regroupant les médicaments pour lesquels un tel effet indésirable a été décrit :
 


Analyse des données en vie réelle en France et dans le monde des patients prenant des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine
Afin de déterminer si cet effet indésirable a été éprouvé par des patients sous paroxétine ou sertraline, mais aussi sous quatre inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (citalopram, escitalopram, fluoxétine, flucoxamine), le Dr Xavier Humbert et ses collaborateurs des centres régionaux de pharmacovigilance de Caen, Dijon, Nice et Toulouse ont analysé les données en vie réelle de la base française de pharmacovigilance (FPVDB).
 
Cette base de données, qui existe depuis 1985, note les effets indésirables notifiés selon 5 niveaux de causalité : exclue, douteuse, plausible, probable, très probable. Les auteurs ont cherché les signalements spontanés soumis entre janvier 1985 et janvier 2018 d'hypertension artérielle survenant chez des patients prenant un des 6 inhibiteurs de la recapture de la sérotonine mentionnés ci-dessus.
 
Ils ont aussi analysé les données des patients prenant un de ces 6 antidépresseurs issues de la base de l'OMS (VigiBase), qui collige les signalements effectués par 120 pays et les classe en "graves" ou "non graves". Ils ont comparé ces données à celles de patients sous célécoxib, un AINS connu pour pouvoir provoquer une hypertension.
 
Dans le monde, un surrisque moyen d'hypertension de 71 % sous inhibiteur de la recapture de la sérotonine
Les auteurs ont retrouvé 1  595 856 signalements liés aux 6 inhibiteurs de la recapture de la sérotonine.
 
Parmi ces cas, 14 824 présentaient une hypertension artérielle (2,5 % du total). Cela représente un surrisque moyen significatif de 71 % (ROR [reported odds ratio] = 1,71 ; IC 95 % de 1,68 à 1,74) par rapport au patients ne prenant pas d'inhibiteur de la recapture de la sérotonine.
 
Voici les surrisques retrouvés médicament par médicament, tous significatifs statistiquement :
  • 3 879 patients (26,2 %) sous sertraline : ROR = 1,65 ; IC 95 % de 1,59 à 1,72 ;
  • 3 118 (21 %) sous fluoxétine : ROR = 1,91 ; IC 95 % de 1,85 à 1,97 ;
  • 2 725 (18,4 %) sous paroxétine : ROR = 1,63 ; IC 95 % de 1,57 à 1,69 ;
  • 2 570 (17,3 %) sous citalopram : ROR = 1,16 ; IC 95 % de 1,02 à 1,32 ;
  • 2 295 (15,5 %) sous escitalopram: ROR = 1,92 ; IC 95 % de 1,85 à 2,01 ;
  • 237 (1,6 %) sous fluvoxamine : ROR = 1,80 ; IC 95 % de 1,73 à 1,87.
 
A titre de comparaison, le surrisque retrouvé avec le célécoxib était de 252 % (ROR = 2,52 ; IC 95 % de 2,44 à 2,6).
 
Cette hypertension était plus fréquente chez les femmes (69,1 %), l'âge moyen était de 54,3 ans. Près de la moitié (41,5 %) prenaient des antihypertenseurs.
 
En France, 24 cas notifiés, imputabilité forte pour 4 des 6 inhibiteurs de la recapture de la sérotonine
Les auteurs ont relevé 5 863 notifications d'hypertension dans la base française, dont 24 concernaient des patients prenant un des 6 inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (causalité "plausible" pour 17 cas, "probable" pour 13 cas).
 
Ils ont constaté que l'imputabilité était forte pour 4 de ces 6 antidépresseurs : paroxétine, fluoxétine, citalopram et sertraline.
 
L'hypertension était également  plus fréquente chez les femmes (67 %) et l'âge moyen était de 57,8 ans. Cette hypertension survenait en moyenne au bout de 6 jours, mais les écarts variaient de 1 jour à 4 mois.
 
Une grande partie de ces cas d'hypertension étaient considérés comme sévères (n=15, 62,5 %), mais l'évolution a été favorable pour la plupart (23 cas sur 24).  
 
Dans 10 cas (42 %), les patients avaient des antécédents d'hypertension.
 
En synthèse : un effet de classe plausible
Cette étude, analysant les données de vie réelle, a donc confirmé l'existence d'un signal de pharmacovigilance associant l'utilisation de médicaments de la classe des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine à un surrisque d'hypertension.
 
Ce surrisque est plus fréquent chez les femmes et les personnes ayant des antécédents d'hypertension.
 
Pourquoi un tel surrisque ?
Les auteurs mentionnent deux études in vitro et in vivo suggérant qu'une augmentation des concentrations extracellulaires de sérotonine pourrait induire une vasoconstriction artérielle (Stein D.J. et al., Curr. Med. Res. Opin. 2007 3) et modifier l'absorption de la sérotonine par les plaquettes (Fuller R.W. et al., Life Sci. 1979 4).
 
D'autres études suggèrent également que ces médicaments pourraient inhiber la synthèse de l'oxyde nitrique, vasodilatateur physiologique jouant un rôle majeur sur le tonus et la réactivité des vaisseaux sanguins (Visser M et al., Obes. Res. 1994 5).
 
En conclusion : un risque d'hypertension à prendre en compte
Cette étude a été effectuée en excluant au maximum les mauvaises données, les imputabilités douteuses et les erreurs. Néanmoins, il faut tenir compte des limitations dues à ces bases, en particulier la sous-notification des effets secondaires.
 
Elle montre que cet effet secondaire est donc possible avec les 6 inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, mais aussi qu'il est relativement rare.
 
En pratique, les auteurs considèrent que pour les patients présentant une dépression et sous inhibiteur de la sérotonine, les médecins doivent connaître ce risque d'augmentation de la tension artérielle.
 
En savoir plus :
  1. Xavier Humbert, Sophie Fedrizzi, Basile Chrétien, Marion Sassier, Haleh Bagheri, Sandrine Combret, Milou-Daniel Drici, François Le Bas, Paolo E. Puddu et Joachim Alexandre, Hypertension induced by serotonin reuptake inhibitors: Analysis of two pharmacovigilance databases, Fundamental & Clinical Pharmacology, 29 novembre 2018.
  2. Marianne Serveaux, Menno Pruijm, Michel Burnier. Médicaments : une cause sous-estimée d'hypertension artérielle, Rev Med Suisse 2014; volume 10. 1661-1665
  3. Stein D.J., Andersen E.W., Tonnoir B., Fineberg N. Escitalopram in obsessivecompulsive disorder: a randomized, placebo-controlled, paroxetine-referenced, fixeddose, 24-week study. Curr. Med. Res. Opin. (2007) 23 701-711
  4. Fuller R.W., Holland D.R., Yen T.T., Bemis K.G., Stamm N.B. Antihypertensive effects of fluoxetine and L-5-hydroxytryptophan in rats. Life Sci. (1979) 25 1237-1242
  5. Visser M., Seidell J.C., Koppeschaar H.P., Smits P. No specific effect of fluoxetine treatment on fasting glucose, insulin, lipid levels, and blood pressure in healthy men with abdominal obesity. Obes. Res. (1994) 2 152-159
 

Commentaires (1)

Le 14/12/2018 à 14:43
avatar Effelle
Effelle Profession non médicale / Autre
Je prends de l'Effexor 75 LP(2xJ) depuis 20 ans. Ma tension est un peu plus élevée maintenant (à 74 ans) qu'auparavant. Mais je prends aussi du Levothyrox depuis 4 ans, qui a eu au début des effets désagréables sur le rythme cardiaque. Pourriez-vous me dire si l'Effexor fait partie des médicaments remarqués pour augmenter la tension sanguine ? Y a -t-il un effet conjugué en cas de prise de Lévothyrox ?
Merci beaucoup d'avance.

3 0
Le 18/12/2018 à 19:11
avatar Modérateur
Modérateur
Bonsoir,

L'Effexor est effectivement un inhibiteur de la recapture de la sérotonine (et de la noradrénaline), donc de la classe des médicaments analysés par les auteurs de l'étude faisant l'objet de cet article.

Des cas d'hypertension artérielle ont été signalés sous ce médicament, c'est d'ailleurs mentionné dans la notice et les mentions légales : https://eurekasante.vidal.fr/...

Maintenant plusieurs causes peuvent expliquer une élévation de la tension (le Levothyrox ne l'augmente pas par contre, mais l'équilibre thyroïdien influe notamment sur la fréquence cardiaque).

Si votre tension est trop élevée, il faudrait faire le point avec votre médecin traitant sur les causes possibles de cette augmentation et surtout la prendre en charge, si besoin bien sûr.

Bien à vous

1 0