Infection à cytomégalovirus (CMV)

Mis à jour : Vendredi 14 Décembre 2018

L'infection à cytomégalovirus (CMV) est due à un virus de la famille des Herpèsvirus. Chez la femme enceinte, cette infection est grave car elle peut affecter le développement du fœtus et entraîner des séquelles durables et handicapantes. La prévention de cette infection repose sur des mesures d'hygiène strictes.

L'infection à cytomégalovirus, qu'est-ce que c'est ?

cytomégalovirus

Le cytomégalovirus (CMV) est un virus de la famille des Herpèsvirus (une famille de virus comprenant également les virus responsables de l’herpès cutané (bouton de fièvre), de l’herpès génital, et de la varicelle). Le CMV est très contagieux mais peu résistant dans le milieu extérieur : il est détruit par le savon, l’eau de javel, les solutions désinfectantes et la chaleur (eau bouillante).

Le CMV n’existe que dans l’espèce humaine. Une personne infectée est contagieuse en raison de présence du CMV dans l’urine, la salive, les larmes, les sécrétions nasales ou vaginales, le sperme, le lait maternel et le sang.

Cette infection est le plus souvent bénigne. Les personnes dont le système immunitaire est affaibli par une maladie chronique ou par un traitement médicamenteux ont un risque plus élevé de développer des symptômes sévères d’infection à CMV.

L’infection à cytomégalovirus chez la femme enceinte peut entraîner des troubles du développement graves chez le fœtus, avec persistance de séquelles au niveau du système nerveux après la naissance.

Comment est-on contaminé par le cytomégalovirus ?

La contamination par le CMV se fait par contact avec des sécrétions contenant du virus : échange de salive, rapport sexuel ou dépôt sur les mains de gouttelettes contaminées (salive, éternuement, urine, larmes, etc.). Une personne souffrant d’infection aiguë par le CMV est contagieuse pendant plusieurs jours à plusieurs semaines.

La contamination d’une femme enceinte par le CMV n’a habituellement pas de conséquence pour la mère, mais celle-ci peut transmettre le virus au fœtus à travers le placenta si elle n’est pas immunisée. Cette transmission peut être responsable de séquelles graves chez le fœtus. Les enfants nés avec une infection à CMV peuvent sécréter du virus pendant plusieurs années. De fait, les enfants de moins de trois ans représentent la source d’infection la plus fréquente, par leur salive, leurs larmes, leur urine et leurs sécrétions nasales : selon les pays, on estime que 20 à 60 % des nourrissons en crèche excrètent du CMV, sans présenter de symptôme.

L'infection par le cytomégalovirus est-elle une maladie fréquente ?

De très nombreuses personnes ont souffert d’infection à cytomégalovirus au cours de leur vie, sans présenter de symptômes. En France, on estime qu’une femme en âge de procréer sur deux a été contaminée avant sa grossesse (une prise de sang permet de rechercher des anticorps contre le CMV, trace d’une infection passée).

Lorsqu’on est immunisé contre le CMV à la suite d’une première infection, le CMV reste dormant dans certaines cellules du système immunitaire. Une réactivation du virus est possible pendant la grossesse mais le risque de transmission au fœtus est alors minime car les anticorps de la mère neutralisent le CMV.

Chez les femmes enceintes non immunisées, une infection à CMV pendant la grossesse est observée dans environ 1 % des cas. Le risque de transmission du CMV de la mère au fœtus est d’environ 30 % après une infection aiguë ayant provoqué des symptômes chez la mère (ce qui est rare, l’infection étant sans symptôme la plupart du temps). Ce risque est plus élevé au cours des deux premiers trimestres de la grossesse.

Chaque année, en France, on observe environ 300 infections materno-fœtales par le cytomégalovirus, ce qui est très peu en regard des quelques 800 000 grossesses annuelles. Néanmoins, l’infection à CMV reste l’infection virale transmissible de la mère au futur nouveau-né la plus fréquente dans les pays industrialisés.


Quels sont les symptômes de l'infection à cytomégalovirus ?

Chez 90 % des personnes adultes non immunodéprimées, l’infection par le cytomégalovirus passe inaperçue. Lorsque des symptômes apparaissent, en général un mois après la contamination, la personne infectée souffre de fièvre et de fatigue pendant une période allant de deux à douze semaines, ainsi que de maux de tête, de douleurs musculaires, d’une perte de poids et, parfois, de pharyngite. Des examens sanguins mettent alors le CMV en évidence.

Chez la femme enceinte, les symptômes de l’infection à CMV sont généralement peu caractéristiques et évoquent une grippe légère : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires. Pour cette raison, toute fièvre inexpliquée chez une femme enceinte justifie une consultation médicale en urgence.

Lorsque le CMV traverse le placenta, le fœtus peut présenter ou non des symptômes. Dans 90 % des cas, l’infection est inapparente chez le fœtus, mais des séquelles peuvent néanmoins apparaître après la naissance (voir ci-dessous). C’est fréquemment le cas lorsque l’infection se produit au cours du troisième trimestre de grossesse.

Lorsque le fœtus présente des symptômes, ceux-ci sont sévères dans la moitié des cas environ : des anomalies du développement peuvent être décelées par échographie ou IRM. Dans un tiers des cas d’infection sévère du fœtus, une naissance prématurée ou une fausse couche peut se produire, ce dernier cas étant provoqué par son décès dans l’utérus.

Quelles sont les complications de l'infection à CMV pour le nouveau-né ?

Les enfants nés d’une mère contaminée par le cytomégalovirus pendant la grossesse peuvent souffrir de séquelles durables et handicapantes.

Lorsque le fœtus n'a souffert d'aucun symptôme lié au cytomégalovirus

Après la naissance, le nourrisson continue à excréter du CMV pendant quelques années, en particulier dans les urines. De plus, 5 à 15 % de ces enfants ont des séquelles tardives, le plus souvent une surdité, parfois un retard d’apprentissage.

Lorsque le fœtus a développé des symptômes liés au cutomégalovirus

Les nouveau-nés qui ont souffert d’une infection par le cytomégalovirus symptomatique pendant la grossesse présentent souvent des symptômes à la naissance : jaunisse, convulsions, paralysie, retard de croissance, etc. Lorsque ces symptômes sont importants, le risque de séquelles neurologiques durables est élevé (environ 60 %). Lorsque l’intensité des symptômes est modérée, des séquelles de type surdité ou retard psychomoteur peuvent être observées chez environ un tiers des enfants. Les deux autres tiers récupèrent de l’infection et ont un développement normal.

Ces enfants excrètent également du CMV pendant plusieurs années après la naissance, même après récupération complète.


Comment prévient-on l'infection à cytomégalovirus pendant la grossesse ?

Il n’existe pas de vaccin contre l’infection à CMV. Le dépistage systématique de l’infection à CMV n’est pas recommandé chez la femme enceinte. Considérant la gravité de cette infection pour le fœtus dans certains cas, il est légitime de se demander pourquoi. La raison de cette décision est l’absence de traitement antiviral sûr pour le fœtus (le traitement de référence pour les adultes entraîne des malformations fœtales). Des recherches sont en cours pour identifier un traitement sûr pour le fœtus mais, en attendant, les médecins considèrent qu’un dépistage systématique ne se justifie pas.

Cependant, il est possible de faire une prise de sang au début de la grossesse pour mesurer une éventuelle immunité préexistante contre le CMV. Cette prise de sang peut être particulièrement intéressante chez les femmes qui fréquentent des enfants en bas âge, ou chez celles issues de milieux défavorisés. Chez les femmes qui ne sont pas immunisées contre ce virus, il est alors essentiel de suivre des mesures de prévention simples :

  • si possible, éviter d’entrer en contact avec des enfants de moins de trois ans fréquentant une crèche, ou des personnes qui viennent de faire une infection à CMV ;
  • lorsqu’on est mère d’un ou de plusieurs enfants de moins de trois ans qui fréquentent une collectivité, mieux vaut (ainsi que son conjoint) :
    • éviter de les embrasser sur la bouche,
    • bien se laver les mains au savon après s’en être occupé (notamment après avoir changé les couches) ou utiliser une solution hydro-alcoolique,
    • laver régulièrement leurs jouets,
    • ne pas goûter les biberons ou sucer leurs couverts,
    • ne pas partager d’affaires de toilettes,
    • éviter de prendre un bain avec eux (risque de contamination par l’urine).

Pour les femmes enceintes non immunisées contre le CMV qui fréquentent des enfants en bas âge vivant en collectivité (les leurs ou ceux des autres), le médecin peut décider de contrôler l’absence d’infection par le CMV en faisant pratiquer une analyse de sang tous les mois. Cette précaution peut également être intéressante pour les femmes enceintes qui travaillent dans le monde de la santé et qui sont, de ce fait, plus exposées au risque de contamination par le CMV.

Que fait-on lorsqu'une femme enceinte attrape le cytomégalovirus ?

test de sang

Lorsque le médecin suspecte une infection par le cytomégalovirus, il confirme son diagnostic en recherchant le virus ou des anticorps anti-CMV sur une prise de sang.

L’état de santé du fœtus est suivi par des échographies régulières, à la recherche de symptômes de l’infection. Parfois, une amniocentèse est également prescrite. À la 32e semaine d’aménorrhée, une IRM est faite pour dépister d’éventuelles conséquences de l’infection à CMV sur le développement du fœtus.

En France, environ la moitié des 300 cas annuels de transmission materno-fœtale du CMV entraînent la décision d’interrompre la grossesse du fait des séquelles graves de cette infection sur le développement nerveux du fœtus.


Sources et références de l'article "Infection à cytomégalovirus (CMV)"